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Unecure de une Ă six ampoules par jour est indiquĂ©e en cas de surmenage physique ou psychique, de stress infectieux, de sport intensif ou de spasmophilie. Commencez par de lâeau de mer nature pendant une Ă deux semaines (nommĂ©e "hypertonique", sa concentration en sel est de trente-trois grammes par litre).
Lacure thermale est une alternative naturelle qui a su dĂ©montrer son efficacitĂ©. VĂ©ritable prise en charge globale durant 3 semaines, la cure thermale est un lieu relaxant permettant aux curistes dâĂ©changer sur leurs propres expĂ©riences et ressentis tout en bĂ©nĂ©ficiant des bienfaits de lâeau thermale minĂ©rale.
Lelivre des eaux minérales - Jean-Claude Lambard. L'eau minérale, qui était un produit magique, voire miraculeux, puis thérapeutique, est devenue un produit de
Bienque les cures thermales soient fortement prisĂ©es par les cinquantenaires et plus, les maladies liĂ©es au dĂ©veloppement de lâenfant peuvent se soigner grĂące aux sources dâeaux chlorurĂ©es, tout comme les pathologies nerveuses. Vous pouvez les retrouver dans la plupart des zones montagneuses françaises telles que les Alpes, le Jura, la Savoie ou les
Uneprise en charge thermale afin de rĂ©duire la consommation de benzodiazĂ©pine. Les Ă©tudes STOP TAG en 2006 et SPECTh en 2015 ont dĂ©montrĂ© lâefficacitĂ© de la cure thermale dans le sevrage aux benzodiazĂ©pines. Des cures thermales conventionnĂ©es de 3 semaines ont Ă©tĂ© mises en place par des Ă©tablissements thermaux.
IdĂ©e Cadeau Anniversaire De Rencontre Pour Homme. Are you looking for an answer to the topic ârosĂ©e de la reine eauâ? We answer all your questions at the website in category Top 731 tips update new. You will find the answer right below. OĂč trouver de lâeau RosĂ©e de la Reine ?Quelles sont les eaux les moins minĂ©ralisĂ©es ?Quelles sont les eaux de source ?Comment se forme la rosĂ©e du matin ?Quelle est la particularitĂ© de lâeau minĂ©rale naturelle Mont Roucous ?Quelle est lâeau la plus faible en minĂ©raux ?Quelle eau est faible en minĂ©raux ?Quelle marque dâeau est la moins minĂ©ralisĂ©e ?Quelle est la meilleure eau de source ?Quelle est la meilleure eau de source pour la santĂ© ?Pourquoi boire de lâeau peu minĂ©ralisĂ©e ?Quelles marque dâeau est bonne pour les reins ?Quâest-ce quâune eau faiblement minĂ©ralisĂ©e ?Quelle eau pour la prostate ?Usine dâembouteillage de lâEau de Source RosĂ©e de la ReineSee some more details on the topic rosĂ©e de la reine eau herecomposition de lâeauMaison des Eaux MinĂ©rales NaturellesQuelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ?Information related to the topic rosĂ©e de la reine eau OĂč trouver de lâeau RosĂ©e de la Reine ? Lâeau de source RosĂ©e de la Reine est prĂ©levĂ©e dans une nappe souterraine qui lui permet dâĂȘtre microbiologiquement saine comme exigĂ© par la rĂ©glementation et Ă lâabri des risques de pollution grĂące Ă la composition des sols de la source Ă Lacaune. Quelles sont les eaux les moins minĂ©ralisĂ©es ? Choisir une eau faiblement minĂ©ralisĂ©e Mont Roucous 22 mg, Wattwiller 155 mg par litre, Evian 345 mg par litre. Quelles sont les eaux de source ? Les eaux de source sont Ă©galement des eaux dâorigine souterraine. Elles sont potables Ă lâĂ©tat naturel et embouteillĂ©es Ă la source. En revanche, Ă la diffĂ©rence des eaux minĂ©rales naturelles, les eaux de source ne sont pas tenues Ă une stabilitĂ© de leur composition minĂ©rale . Comment se forme la rosĂ©e du matin ? La chaleur emmagasinĂ©e pendant le jour monte du sol et diffuse dans la couche dâair voisine. Cette couche dâair est froide, plus froide que le sol, du fait de lâabsence de nuage pendant la nuit, ce qui dĂ©clenche la condensation de la vapeur dâeau. Le brouillard rĂ©sulte du mĂȘme phĂ©nomĂšne ou presque. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? Au matin, aprĂšs une nuit froide et claire, les plants et la terre se couvrent de rosĂ©e. La chaleur emmagasinĂ©e Pendant le jour monte du sol et diffuse dans la couche dâair voisine. Cette couche dâair est froide, plus froide que le sol, du fait de lâabsence de nuage pendant la nuit, ce qui dĂ©clenche lacondensation de la vapeur dâeau. Le brouillard result du meme phenomene ou presque. Si la couche dâair humide is au contact du sol, la condensation ne se se produit quâen surface et ne donne que de la rosĂ©e. Si cette couche dâairhumide sâĂ©paissit, le brouillard apparait. Ainsi, il peut y avoir de la rosĂ©e sans brouillard mais pas de brouillard sans rosĂ©e. Quelle est la particularitĂ© de lâeau minĂ©rale naturelle Mont Roucous ? La composition de lâeau minĂ©rale naturelle Mont Roucous est unique. Mont Roucous est une eau minĂ©rale naturelle trĂšs faiblement minĂ©ralisĂ©e. Avec 29mg/L de rĂ©sidu sec Ă 180°C, lâeau minĂ©rale naturelle Mont Roucous est une des eaux minĂ©rales naturelles les moins minĂ©ralisĂ©es du marchĂ© français. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? La Composition de lâEau MinĂ©rale Naturelle Mont Roucous is unique. Mont Roucous is a natural mineral water, trĂšs faiblement mineralalisĂ©e. With 29 mg/l residue at 180°C, Mont Roucous Natural Mineral Water is a natural mineral water from French Minerals. Elle rĂ©pond aux critĂšres strictes de lâArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel du 14 March 2007, modified by lâAnnexe II de lâArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel du 28 December 2010 and convient donc particuliĂšrement Ă lâalimentation des nourrissons. Voici quelques critĂšres Ă respecter Quelle est lâeau la plus faible en minĂ©raux ? Volvic pour toute la famille Lâeau plate de Volvic compte parmi les eaux faiblement minĂ©ralisĂ©es, avec un apport de minĂ©raux de 130 mg/L. Ses teneurs en calcium, magnĂ©sium, sodium, autour de 10 mg/L, sont nĂ©gligeables. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? 15 eaux minerales naturelles au banc dâessai 95% of the Foyer Français consomment des eaux en bouteille, eaux de source or eaux minerales naturelles1. Ces deux types se distinguished par leur composition celle des eaux de sources est variable des eaux provenant de sources diffĂ©rentes peuvent ĂȘtre commercialisĂ©es sous la mĂȘme marque, celle des eaux minerales naturelles est constante. La composition en sels minĂ©raux et oligo-Ă©lĂ©ments de ces derniĂšres leur confĂšre leur saveur caractĂ©ristique, ainsi que des propriĂ©tĂ©s pour la santĂ© validĂ©es par lâAcadĂ©mie de mĂ©decine. Il existe un bige choix parmi ces eaux minerales plates ou gazeuses, faiblement mineralalisĂ©es moins de 500 mg de mineralaux/L or fortement mineralalisĂ©es plus de 1500 mg/L. Laquelle is rich in calcium or magnesium? Laquelle est recommended aux sportifs ou les endemains de fĂȘte? Doctissimo a testĂ© et decryptĂ© pour vous les 15 eaux minerales les plus vendues en France2. Florence Daine Cree in January 2016 Sources 1- Kantar WorldPanel 2015 2- Panel Distributor 2014 Notre dossier pour en savoir plus Eaux mineralales MinĂ©raux Discuss on our forums Forum Nutrition and Health Forum Vitamines et minĂ©raux Sommaire du diaporama Quelle eau est faible en minĂ©raux ? Il est alors possible de classer les eaux en fonction de leur minĂ©ralisation RĂ©sidu sec Ă 180°C at 1500 mg/L = natural mineral water Eau Riche en Sels MinĂ©raux. Dans le detail, lorsque lâon Considere la Composition en MinĂ©raux, il est possible de distinguishing plusieurs catĂ©gories dâeaux minerales Bicarbonate teneur in bicarbonate > Ă 600mg/L Teneur and Bicarbonate > Ă 600mg/L Calciques Teneur and Calcium > Ă 150mg/L Teneur and Calcium > Ă 150mg/L MagnĂ©siennes Teneur and Magnesium > Ă 50mg/L Teneur and Magnesium > Ă 50mg/L Pauvres en Sodium Teneur and Sodium Ă 200 mg/L Teneur and Sodium > at 200 mg/L Sulfates Teneur and Sulfates > at 200 mg/L teneur in sulphates > Ă 200 mg/L FluorĂ©e teneur in fluorine > 1 mg/L Quelle marque dâeau est la moins minĂ©ralisĂ©e ? Il existe aussi un grand choix dâeaux faiblement minĂ©ralisĂ©es Evian, Mont Roucous, Mont Blanc, Thonon, Valvert, Volvic⊠Elles peuvent ĂȘtre bues par toute la famille et sont notamment conseillĂ©es aux personnes souffrant de calculs rĂ©naux. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? Eaux riches in calcium, in magnesium, in sodium, in fluor⊠vous ne savez quelles eaux minerales chosen for your consumption quotidienne ? Plates ou gazeuses, ces eaux on a composition MinĂ©rale Constante et sont approuvĂ©es par lâAcadĂ©mie Nationale de MĂ©decine. Quand sont-elles prĂ©conisĂ©es ? Quand sontelles Ă limiter ? Sortez la tĂȘte de lâeau et suivez nos conseils pour adapter votre consommation Ă vos besoins ! Les Eaux Riches en Calcium Ca Une eau est dite âriche en calciumâ with a content of 120 mg calcium per liter. Calcium is essential for the stability of the body and dents, for muscle contraction and for blood clotting. Selon lâĂąge, les besoins en calcium varient et doivent ĂȘtre importants Ă certaines pĂ©riodes de la vie chez les enfants et les adolescents en pĂ©riode de croissance, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes ĂągĂ©es. Les eaux riches en calcium sont Courmayeur 576 mg/l, HĂ©par 549 mg/l, Contrex 468 mg/l, Rozana 301 mg/l, Vittel 240 mg/l, Saint Amand 176 mg/l, Quezac 165 mg/l, San Pellegrino 164 mg/l, Salvetat 160 mg/l, Badoit 153 mg/l, Perrier 150 mg/l⊠Le + des eaux minerales riches en calcium les personnes ne consommant pas, ou peu, de laitiers de produits peuvent se tourner verse des eaux riches en calcium pour complĂ©ter leurs apports journaliers. Cependant, chez les personnes ĂągĂ©es ou souffrant dâostĂ©oporosis, il est conseillĂ© de ne pas avoir uniquement lâeau comme source de calcium. Pensez also aux graines et fruits secs, au soja, aux poissons, crustaces et fruits de mer, aux fruits et lĂ©gumes⊠Le â des eaux minerales riches en calcium elles sont dĂ©conseillĂ©es aux personnes souffrant de calculs rĂ©naux. Les eaux riches en sodium Na One eau est dite âriche en sodiumâ si elle content plus de 360 ââmg de sodium per lit tissus et les liquides corporels, limite lâapparition des crampes musculaires et rĂ©duit le risque de dysfonctionnements rĂ©naux ou dâhypotonie. Les eaux riches en sodium sont St. Yorre 1708 mg/l, Vichy Celestins 1172 mg/l, Rozana 493 mg/l⊠Le + des eaux minerales riches en sodium elles facilitent the digestion aprĂšs un repas lourd. Le â des eaux minerales riches en natrium elles sont dĂ©conseillĂ©es aux personnes astreintes Ă un rĂ©gime pauvre en sel, ayant tendance Ă faire de la rĂ©tention dâeau formation dâĆdĂšmes, souffrant dâhypertension artĂ©rielle, dâinsuffisance rĂ©nale ou artĂ©rielle⊠Pour toutes ces personnes, la consumption dâeaux pauvres en Natrum tells que Salvetat, Perrier, San Pellegrino est recommended. Les eaux riches en magnesium Mg One eau est dite âriche en magnesiumâ si elle content plus de 56 mg de magnesium par liter. Le magnĂ©sium participe Ă la regulation du rythme cardiaque et Ă la transmission de lâinflux nerveux. Il contribue Ă©galement Ă lutter against the tired passenger, le stress, lâanxiĂ©tĂ© et la constipation. Les eaux riches en magnĂ©sium Rozana 160 mg/l, Hepar 119 mg/l, Badoit 80 mg/l, Contrex mg/l, QuĂ©zac 69 mg/l, Courmayeur 52mg/l⊠Le + des eaux minerales riches en magnĂ©sium lorsquâun bĂ©bĂ© ou un enfant souffre de constipation, votre mĂ©decin ou pĂ©diatre pourra recommend la consommation dâun biberon Ă lâeau riche en magnesium. Ces eaux ne conviennent pas Ă lâalimentation quotidienne des plus petits mais peuvent favoriser leur transit. Demandez conseil a votre medicine. Le â des eaux minerales riches en magnesium consommĂ© en excĂšs, le magnesium est responsable de diarrhĂ©es. If your food is equilibrated, it should be normal for journalists to recommend and magnĂ©sium. La Consommation Exzessive dâeaux riches en magnĂ©sium may be the cause of the problems intestinal. Les eaux riches en bicarbonates de sodium One eau est dite âriche en natriumbicarbonateâ is elle comporte plus 600 mg de natriumbicarbonate NaHCO3 per liter. Le Bicarbonate de Sodium permet de rĂ©duire lâaciditĂ© de lâorganisme particuliĂšrement recommended chez les sportifs, amĂ©liore lâhydration et diminue the tired muscles. Les Eaux Riches en Bicarbonates de Sodium Sont St Yorre 4368 mg/l, Vichy Celestins 2989 mg/l, Rozana 1837 mg/l, Badoit 1250 mg/l, QuĂ©zac 1000 mg/l. Le + des eaux minerales riches en bicarbonates de natrium contrairement aux idĂ©es reçues, une eau riche en bicarbonates de natrium nâest pas comme une eau riche en natrium. Elle peut ĂȘtre bue par tous, meme par les personnes Ă©tant astreintes Ă un rĂ©gime pauvre en sel, souffrant dâhypertension artĂ©rielle, ayant tendance Ă la rĂ©tention dâeau⊠Le â des eaux minerales riches en bicarbonates de sodium il nây a pas dâinconvĂ©nients Ă la consumption dâeaux riches en bicarbonates de sodium. Les eaux riches en fluor F One eau est dite âriche en fluorâ si elle comporte plus de mg de fluor par liter dâeau. Le Fluor is an essential mineral for the solidity of the os et des bulges. Parmi les eaux riches en fluor, on retrouve QuĂ©zac mg/l. Le + des eaux minerales riches en fluor a faible consumption dâeaux riches en fluor permet facilement de couvrir les apports journalistiers recommended en fluor 2 mg chez les adultes. Le â des eaux minerales riches en fluor consommer plus de 4 Ă 5 mg de fluor par jour peut ĂȘtre toxic pour lâorganisme. Equally, the excess of fluor is responsible for the appearance of the taches on the dents and the fragility. Quelle est la meilleure eau de source ? Dans le cas de la marque Cristaline par exemple, la meilleure eau de source est la Source Metzeral avec une teneur en minĂ©raux de seulement 30 mg/ L. et un pH lĂ©gĂšrement acide Ă 6,5. La pire eau Cristaline est a priori la Source Sainte-Sophie avec un taux record de 564 mg/L. et un pH alcalin de 7,4. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? En depit du marketing, les meilleures eaux ne sont pas force celles que lâon croit. So what are the parameters of the meilleures eaux minerales et des meilleures eaux de source ? Et si, dans la comparison eau ou pour retrouver le plaisir de boire, nous devions changer de paramĂštres qualitatifs? Surprises et solutions Ă©cologiques avec lâauteur du livre La QualitĂ© de lâeau ed. MĂ©dicis, 2020 Sources that are meilleures of eaux minerales or from the source ? Et si la solution Ă©tait ailleurs⊠âLa perfection est comme lâeauâ a dit Lao Tseu, et il faisait force rĂ©fĂ©rence Ă lâeau de source, celle de nos mythologies et de nos fantasmes, lâeau âpureâ de toutes les traditions spirituales, lâeau Nature», au vrai goĂ»t de la vie! CĂŽtĂ© administration, une eau de source est âune eau dâorigine basement, micro-biologiquement saine et protected against les risques de pollutionâ. Elle se distinction des meilleures eaux minerales par une teneur en minĂ©raux pas forcĂ©ment stable et donc lâabsence possible dâallĂ©gation santĂ©. Via le matraquage du marketing et lâaval en France de lâAcadĂ©mie Nationale de MĂ©decine, les eaux minĂ©rales apparaissent comme les eaux de santĂ© par excellence. Comme leur nom lâIndique, ces eaux ne sont toutefois pas pures â aucune eau en fait ne lâest â mais charged en minĂ©raux, et dans des proportions trĂšs variables, jusquâĂ plus de 4 700 mg ! LâidĂ©e, en cure thermale, est dâen faire beneficier son organisme il assimilera ce dont il a besoin â dâautant plus facilement que ces minĂ©raux sont encore Ă lâĂ©tat de colloĂŻdes â et Ă©liminera le trop-plein. Buvez, Ă©liminez ! » Eh oui, nous sommes heterotrophes et incapables dâassimiler correctement les minĂ©raux des eaux ! Nos minĂ©raux assimilables provided des vegetaux. Selon lâOMS, les eaux minerales naturelles doivent ainsi âĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des boissons plutĂŽt que comme de lâeau potable au sens habituel du termeâ, sous peine, pour les plus charged en minĂ©raux, dâĂ©puiser lâorganisme via un surtravail des reins, voire dâentraĂźner des calculs rĂ©naux ! Vaudrait-il mieux du coup sâĂ©pancher avec des eaux de source, associĂ©es Ă une plus faible mineralitĂ©? Câest oublier la definition administrative une eau de source peut trĂšs bien ĂȘtre Ă©galement trop mineralalisĂ©e⊠selon la source utilisĂ©e, meme sous une meme mark ! Comme avec la malbouffe, viewer les ingredients ne devrait pas ĂȘtre facultatif. Lâinformation la plus importante de lâĂ©tiquette est la teneur en rĂ©sidus Ă sec, qui devrait selon les medecins ĂȘtre infĂ©rieure Ă 500 mg/l â ce qui exclut dĂ©jĂ la majoritĂ© des eaux minerales â selon les naturopathes infĂ©rieure Ă 200 mg et selon Les Adeptes de la BiolĂ©lectronique de Vincent BEV infĂ©rieure Ă 50mg/l. A ce level, bien infĂ©rieur, Ă ce qui est par example recommended pour les nourrissons, il ne reste plus que quelques marques distribuĂ©es gĂ©nĂ©ralement en magasins bio. Sources other than the meilleures eaux de source ? En matiĂšre de comparaison eau, la meilleure eau de source est celle qui possĂšde 3 characteristics 1. Une faible mineralitĂ©, infĂ©rieure Ă 200 mg / liter idealement moins de 50 mg/L 2. Un pH le moins alcalin possible idealement lĂ©gĂšrement acid with pH 150 mg/l permet de contribuer Ă la couverture des besoins journaliers en calcium, en complĂ©ment des produits laitiers, notamment chez les adolescents. adult Lâadulte en bonne santĂ© peut consommer indiffĂ©remment des eaux faiblement, moyennement ou fortement mineralalisĂ©es, adaptĂ©es Ă ses besoins et Ă son goĂ»t. Certains Ă©tats de tired passagers peuvent ĂȘtre rĂ©vĂ©lateurs dâun lĂ©ger dĂ©ficit en magnesium. Dans ce cas, boire une eau minerale naturelle magnĂ©sienne HĂ©par ou Contrex. LâAgence EuropĂ©enne de SĂ©curitĂ© des Aliments EFSA reconnait que âle magnesium contribue Ă rĂ©duire la tiredâ. en bicarbonate comme Vichy cĂ©lestins ou St. Yorre, QuĂ©zac ou Badoit En cas dâhypertension ou de problems cardiovasculaire, privileged les eaux pauvres en natrium Thonon, Courmayeur, Evian, Vittel, Contrex, Volvic, HĂ©par, Salvetat or Perrier menopause A calcium-enriched water plus 150 mg/L helps maintain bone density Contrex, HĂ©par, Vittel, Courmayeur. CĂŽtĂ© eau gazeuse San Pellegrino, Badoit, Rozana, Quezac, Arvie, Salvetat. Personnes ages La sensation de soif diminuant avec lâĂąge, une hydration rĂ©guliĂšre et de qualitĂ©Ì est fondamentale chez un senior en bonne santĂ©. Il faut apprendre Ă boire sans soif pour prevent le risque de dĂ©shydratation. Une bonne hydration aid Ă maintenir memoire, concentration et vigilance. Ainsi, lâAgence EuropĂ©enne de SĂ©curitĂ© des Aliments EFSA a reconnu le rĂŽle de lâeau comme contribuant au maintien dâune fonction cognitive normal. Certaines eaux minerales âcalciquesâ or âmagnĂ©siennesâ permettent de contribuer Ă la couverture des besoins journaliers recommends en ces minĂ©raux et ainsi dâaider Ă diminuer les risques de dĂ©minĂ©ralisation osseuse liĂ©e Ă lâĂąge, comme lâostĂ©oporosis. Femmes enceintes Les besoins en eau augmentent lors de la grossesse augmentation du volume sanguine et lâallaitement. Les femmes enceintes ou allaitantes doivent sâhydrater plus pour rĂ©pondre Ă ces besoins. LâAgence EuropĂ©enne de SĂ©curitĂ© Sanitaire des Aliments EFSA recommends an intake of liters for all women and liters for all women[4]. Les besoins en calcium and magnesium augmentant Ă cette lifespan, les eaux âcalciquesâ > 150 mg/l and âmagnĂ©siennesâ > 50 mg/l peuvent ĂȘtre recommended HĂ©par, Contrex or Courmayeur. sportive Dans le cadre dâune activitĂ© sportive, mĂȘme modĂ©rĂ©e, il faut sâassurer de boire avant, pendant et aprĂšs lâeffort. A cet Ă©gard, lâAgence EuropĂ©enne de SĂ©curitĂ© des Aliments EFSA a reconnu le rĂŽle de lâeau comme contribuant au maintien de la thermoregulation. En cas dâexercise sportif intensive et prolongĂ©, la transpiration est accrue, entrainant une perte dâeau et eventuellement de natrium. Câest pourquoi, il convient de prĂ©fĂ©rer une eau minerale naturelle riche en minĂ©raux, bicarbonate > 1500 mg/liter and sodique teneur en natrium > 200 mg/l. regime Chez les personnes souhaitant maintenir leur poids ou perdre du poids, une hydration sans aucun apport calorique est essential la consommation dâeau est donc Ă privileged par rapport Ă dâautres boissons. Les personnes suivant un rĂ©gime amaigrissant peuvent parfois sâexposer Ă des apports insuffisants en ma Gnesium and Calcium. Dans ce cas, il peut ĂȘtre recommended de consommer des eaux minerales naturelles magnĂ©siennes > 50 mg/L and/or calciques > 150 mg/l pour contribuer Ă la bonne couverture de leurs besoins quotidiens. Contrex, Hepar. La Courmayeur et Vittel Le rĂ©sidu sec câest quoi? Pour savoir si une eau est peu ou fortement minĂ©ralisĂ©e, il faut viewer son rĂ©sidu sec. Si le taux de minĂ©raux est supĂ©rieur Ă 1 500 mg / L, lâeau is dite riche en minĂ©raux calcium, magnesium and/or sodium. Sâil est comprises between 500 and 1 500 mg / L, il nây a pas dâappellation spĂ©cifique, lâeau est moyennement mineralalisĂ©e. Sâil est infĂ©rieur Ă 500 mg / L, is an eau faiblement mineralalisĂ©e. Sâil est infĂ©rieur Ă 50 mg/L, câest une eau trĂšs faiblement mineralalisĂ©e. Quelles marque dâeau est bonne pour les reins ? La meilleure eau pour les reins Une eau faiblement minĂ©ralisĂ©e si votre alimentation est Ă©quilibrĂ©e Evian, Volvic, Cristaline, Mont Roucous⊠Une eau riche en calcium si vous ne consommez pas assez de produits laitiers Contrex, HĂ©par, Courmayeur⊠Une eau riche en magnĂ©sium en cas de constipation HĂ©par⊠Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? Quand il sâagit dâhydration, les reins font la loi. Leur rĂŽle est dâassurer un Ă©quilibre constant de la quantity dâeau dans le corps, un processus appelĂ© homeostasie. Les reins rĂ©agissent au quart de tour en cas de dĂ©sĂ©quilibre hydrique. En moins de 40 seconds, ils effectuent des adjustments au level molĂ©culaire pour corriger un excĂšs ou un manque dâeau. Prendre soin de ses reins est donc capital pour la santĂ©. Lâimportance dâune bonne hydration pour les reins Lâeau est la meilleure boisson pour la santĂ© des reins. The official recommendation is to 2 liters per day. Câest lâequivalent de 8 verres dâeau par jour. Les other boisson qui content de lâeau sont aussi Ă prendre en compte lait, cafĂ©, thĂ©, tisanes, soupe, jus defruits⊠mais lâeau doit ĂȘtre la boisson principale. Les Ă©tudes scientifiques semblent indiquer que boire environ deux liters dâeau par jour rĂ©duit la formation de calculs rĂ©naux et diminue le nombre dâinfections de la vessie chez les personnes qui y sont sujettes. Les calculs urinaires sont des petits amas de cristaux qui se formment dans le systĂšme urinaire. La forme la plus courante est celle des calculs rĂ©naux, qui se forment dans les reins. đĄ Certaines tisanes permettent dâĂ©liminer plus facilement lâacide urique pour soulager les problĂšmes de vessie. La meilleure eau pour les reins Toutes les eaux sont benefiques pour les reins. Source soit plate ou gazeuse, cela ne fait aucune difference. You should choose the meilleure water for you in the function of your global health A weak mineral water for your food needs Evian, Volvic, Cristaline, Mont Roucous⊠Une eau riche en calcium si vous ne consommez pas assez de laitiers Contrex, HĂ©par, Courmayeur⊠Une eau riche en magnĂ©sium en cas de constipation Hepar⊠Une eau riche en bicarbonate pour mieux digĂ©rer et calmer les brulures dâestomac St Yorre⊠đ Saviez-vous que la tisane de bruyĂšre est benĂ©fique pour les reins ? DĂ©couvrez pourquoi ici. Quels aliments sont-ils benefiques pour les reins ? Les rosins, les cacahuĂštes et certaines baies content uncomposĂ© vegetal benĂ©fique pour les reins appelĂ© resvĂ©ratrol. Dans une Ă©tude 1 sur des animaux, les chercheurs ont constatĂ© quâun traitement au resvĂ©ratrol permettait de rĂ©duire lâinflammation des reins chez the rat atteints de polykystosis rĂ©nale. Les canneberges presented also des bienfaits sur la santĂ© de la vessie. Un essai clinique 2 indique que les femmes qui avaient consommĂ© quotidiennement des canneberges sĂ©chĂ©es pendant deux semaines ont connu une diminution de lâincidence desfections urinaires. Les jus de citron, dâorange corn also de melon content de lâacide citrique, ou citrat. Le citrat aide Ă prevent the formation de calculs rĂ©naux en se fixant au calcium present in the urine. Cela empĂȘche la croissance des cristaux de calcium, qui peuvent entraĂźner des calculs rĂ©naux. Les algues brunes ont also Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es pour leurs effets benĂ©fiques sur le pancrĂ©as, les reins et le foie. Un essai 3 rĂ©alisĂ© sur des rats nourris dâalgues pendant 22 jours ont montrĂ© une rĂ©duction des lĂ©sions rĂ©nales et hepatiques dues au diabetes. Une Ă©tude menĂ©e sur des animaux 4 a rĂ©vĂ©lĂ© que des extraits dâhortensia paniculĂ© Hydrangea paniculata administrĂ©s pendant 3 jours apportaient un effet protecteur contre les lĂ©sions rĂ©nales. đ Discover the meilleures tisanes pour les reins et validĂ©es scientifiquement Les bons reflexes pour protector ses reins Il faut Ă©viter de manger trop salĂ©. Un excĂšs de sel ponctuel est bien gerĂ© par les reins. Par contre, une alimentation trop salĂ©e rĂ©guliĂšre provoque unecumulation de sel dans le sang. Result le sang est trop charge en eau ce qui contribue Ă augmenter la pression artĂ©rielle et a dĂ©tĂ©riorer progression les reins. It is also recommended to marcher chaque jour au moins 6000 to 7000 pas avec au moins une sĂ©ance de sport hebdomadaire. Pendant lâexerce, le sang des organes et des reins est mieux renouvelĂ©. En cas de risque de dehydration en raison de forte chaleur, de forte sudation, de diarrhĂ©es, de vissements, il faut boire davantage dâeau pour les reins. Ătudes citĂ©es 1 Ming Wu, Junhui Gu, Shuqin Mei, Decao Xu, Ying Jing, Qing Yao, Meihan Chen, Ming Yang, Sixiu Chen, Bo Yang, Na Qi, Huimin Hu, Rudolf P. Wuthrich, Changlin Mei, Resveratrol delayed polycystic Kidney Disease Progression through Attenuation of Nuclear Factor ÎșB-Induced Inflammation, Nephrology Dialysis Transplantation, Vol. 31, Issue 11, November 2016, pages 1826-1834, https//academic. 2 Burleigh AE, Benck SM, McAchran SE, Reed JD, Krueger CG, Hopkins WJ. Eating sweetened, dried cranberries may reduce the incidence of UTIs in susceptible women â a modified observational study. Nutr J. 2013;121139. Published October 18, 2013. doi 3 Motshakeri, M., Ebrahimi, M., Goh, Othman, Hair-Bejo, M., & Mohamed, S. 2014. Effects of brown algae Sargassum polycystum extracts on the kidney, liver and pancreas of the rat model of type 2 diabetes. Evidence-based Complementary and Alternative Medicine eCAM, 2014, 379407. 4 Zhang, Sen et al. âTotal coumarins from Hydrangea paniculata demonstrate renal protective effects in lipopolysaccharide-induced acute kidney injury through anti-inflammatory and antioxidant activities.â Frontiers of Pharmacology vol. 8 872. 14 Dec 2017, doi Quâest-ce quâune eau faiblement minĂ©ralisĂ©e ? Si le taux de minĂ©raux est supĂ©rieur Ă 1 500 mg / L, lâeau est âriche en minĂ©rauxâ calcium, magnĂ©sium et/ou sodium. Sâil est compris entre 500 et 1 500 mg / L, lâeau est moyennement minĂ©ralisĂ©e. Sâil est infĂ©rieur Ă 500 mg / L, câest une eau faiblement minĂ©ralisĂ©e. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? Released September 26, 2017 Il est primordial de fournir Ă notre corps des minĂ©raux et oligo-Ă©lĂ©ments en quantitĂ© suffisante car il est dans lâincapacitĂ© dâen fabriquer. Calcium, magnesium, sulphates, sodium,⊠the water consists of an excellent vecteur dâapport en minĂ©raux. Il faut donc bien viewer les Ă©tiquettes des bouteilles et les teneurs indiquĂ©es afin de trouver une eau qui rĂ©ponde aux besoins de votre organisme. RĂ©sidu sec, an indication of the mineralization Dans leur parcours naturel, au contact des sols et des roches, les eaux minerales are charged in sels minĂ©raux et oligo-Ă©lĂ©ments Ă lâabri de toute pollution. Pour savoir si une eau est peu ou fortement mineralalisĂ©e, il suffit de viewer son ârĂ©sidu secâ. Cet indicates permet de determiner le taux de minĂ©raux recueillis aprĂšs evaporation dâ1 liter dâeau soumis Ă 180°C. En dâautres termes, on apprĂ©cie la quantity de minĂ©raux solides qui sâest formĂ©e aprĂšs avoir fait chauffer 1 liter dâeau at 180°C. Plus une eau est minerale, plus son rĂ©sidu sec est Ă©levĂ©. The water content is higher than 1,500 mg / L, the water is rich in minerals calcium, magnesium and/or sodium. Calcium, Magnesium and/or Sodium. Sâil est includes between 500 and 1 500 mg / L, lâeau est moyennement mineralalisĂ©e. Sâil est infĂ©rieur Ă 500 mg / L, is an eau faiblement mineralalisĂ©e. Sâil est infĂ©rieur Ă 50 mg/L, câest une eau trĂšs faiblement mineralalisĂ©e. Les minĂ©raux a la Lupe Calcium Ca++ Le Calcium is a mineral necessary for the maintenance of bone density and dents. Lâapport journalist recommended en calcium est de 800 mg/day. Ces besoins varient avec lâĂąge et sont particuliĂšrement importants chez les enfants et adolescents en pĂ©riode de croissance, les femmes enceintes ou allaitantes et chez les seniors et personnes ĂągĂ©es. Une eau est dite âcalciqueâ contains plus 150 mg/l calcium. Les eaux minĂ©rales calciques tells que lâeau de Velleminfroy component aujourdâhui la seconde source importante de calcium. The absorption of the calcium from the mineral waters is equivalent to that of the calcium produced by the laitiers. Magnesium Mg++ Le magnĂ©sium participe au bon fonctionnement de lâorganisme. Ce mineral contribue Ă prĂ©server lâequilibre nerveux et musculaire. Les apports journaliers recommended in magnesium sont evaluated in moyenne at 375 mg/day. Ces besoins variant en fonction de lâĂąge et du sexe. Le magnĂ©sium is indispensable for more and more and especially recommended for young people, women and people with magnĂ©ficiency. One eau est dite âmagnĂ©sienneâ is elle content plus de 50mg/l de magnesium. La consommation dâune eau riche en magnĂ©sium comme Velleminfroy permet de traiter les problems du transit intestinal example constipation, de diminuer lâanxiĂ©tĂ© et le stress mais Ă©galement de lutter contre la tired. sulfates SO 4 Les sulfates are not naturally present in various minerals. Le Sulfate de Calcium is the form of plus souvent retrouvĂ©e dans les resssources en eau. Aucun apport journalier recommends ensulfate nâa Ă©tĂ© dĂ©fini. Le sulfate is a major part of the physiology and the health, it is the control of the hormones, the synthesis of the components that are essential or the elimination of the toxic substances of the body. Une eau is dite âsulphateâ and contains 200 mg/l sulphates. With 1190 mg/l, Velleminfroy fait partie des eaux les plus riches en sulphates. GrĂące Ă cette concentration, elle est diuretique et aide Ă lutter contre les problems du transit intestinal. Elle est donc particuliĂšrement recommandĂ©e pour les populations suivantes femmes enceintes, personnes presentant des problems du transit ou souffrant de constipation chronique. Speaking of sodium Na+ Le sodium is an essential element that contributes to the maintenance of a bonne hydration du corps en retenant lâeau dans les tissus. Il limite Ă©galement lâapparition des crampes musculaires et reduit le risque de dysfonctionnements rĂ©naux ou dâhypotension. Il est donc indispensable dâen consommer en quantity suffisante, mais sans excĂšs. Aucun apport journalier recommends en sodium nâa Ă©tĂ© dĂ©fini. Toutefois, lâOMS Organization Mondiale de la SantĂ© recommends a consumption journaliĂšre de 5 g de sel soit around 2500 mg de sodium. Nos apports habituels couvrant trĂšs largement nos besoins, il est donc prĂ©fĂ©rable dâĂ©viter le sel ajoutĂ© dans la cuisine et dâopter pour une eau pauvre en natrium, câest-Ă -dire une eau dont la teneur en natrium est infĂ©rieure Ă 20mg/l. Ă note Une eau streches en natrium si elle content plus de 200mg/l de natrium. La consumption dâune eau pauvre en sodium est particuliĂšrement recommended aux populations sivantes toutes personnes souffrant dâhypertension artĂ©rielle, dâinsuffisance cardiaque ou rĂ©nale ou ayant tendance Ă faire de la rĂ©tention dâeau. Pour sây retrouver, il suffit de chercher sur lâĂ©tiquette la mentions âconvient pour un rĂ©gime pauvre en sodiumâ. Quelle eau pour la prostate ? Quelle eau boire pour la prostate ? Les problĂšmes de prostate ou urinaires chez les hommes nĂ©cessitent de boire une eau peu minĂ©ralisĂ©e qui favorise le rejet des toxines. Câest notamment le cas de lâeau Volvic. Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? Eau quelle eau boire selon ses problems de santĂ© ? Verified on 05/04/2022 by Passeport SantĂ© Lâeau que lâon consomme a des consĂ©quences directes sur notre santĂ© et notre bien-ĂȘtre. Si vous avez des problems de constipation, dâinfection urinaire, des crampes, ou encore si vous souhaitez maigrir ou entamer une grossesse sereinement, des eaux specifiques sont plus ou moins sensitives de vous faire du bien. Leurs bienfaits sont liĂ©s aux minĂ©raux quâelles content et qui procurent des effets positifs ou nĂ©gatifs en fonction de ce que lâon Attend. Source eau faut-il choisir en fonction de ses problems de santĂ© ? Eau du robinet vs Eau minerale which choice in case of problems de santĂ©? Lâeau du robinet is sans doute la plus controlee de toutes les eaux. Sa consumption quotidienne ne pose donc aucun problem. Si son taste ne vous convient pas ou si lâodeur du chlore est trop prononcĂ©e, ou si vous souhaitez la filtrer dans tous les cas, il existe des carafes filtrantes efficaces. En cas dâabsence pendant plusieurs jours, faites couler lâeau quelques instants avant de la boire, pour Ă©viter de consommer une eau stagnante. NĂ©anmoins, si vous avez des problems de santĂ©, vous pouvez privileged une eau mineralalisĂ©e plus adaptĂ©ee. Source eau boire en cas dâinfection urinaire ? Avoir assume a urinary infection, de boire beaucoup dâeau pour eliminer toutes les toxines de la vessie. Et pour cela, vous avez le choix! Aucune eau specifique nâest Ă privileged, tant quâelle vous convient et que vous pouvez en boire au moins liters dans la journĂ©e. Dans tous les cas, an infection urinaire doit ĂȘtre traitĂ©e par un mĂ©decin. En function de son diagnostic, il pourra vous conseiller une eau en particulier. Source eau consommer en cas de constipation ? En cas de constipation, des moyens naturels pour essayer dâĂ©liminer sont gĂ©nĂ©ralement efficaces. The main liquefier is the sale and the hydrating agent with une eau bien mineralalisĂ©e. Pour cela lâeau Hepar, riche en magnesium 119 mg/l, est recommended, tout comme la Rozana qui bat tous les records 160 mg/l. Cependant, cela ne sera pas suffisant pour amĂ©liorer immediately votre transit intestinal. Completing the effect of the mineral water by the consumption of fibers and not allowing it to be practiced and sported. La sĂ©dentaritĂ© peut en effet conduire au ralentissement du transit. Ă lâinverse, en cas de diarrhee, il est de boire de lâeau indispensable, little importe sa source, pour Ă©viter la dehydration. Lâeau minerale sây prete nĂ©anmoins particuliĂšrement. Vous pouvez Ă©galement consommer des soupes, des bouillons et des tisanes. Source eau boire lorsque lâon est enceinte ? Les femmes enceintes ont le choix des eaux quâelles peuvent boire. Elles doivent boire relativement beaucoup, just 2 liters per day pour rĂ©pondre Ă leurs besoins et Ă ceux de leur bĂ©bĂ©. NĂ©anmoins, vous pouvez privilĂ©gier Certaines eaux en fonction des problems que vous pouvez connaĂźtre pendant votre Grossesse. Si vous avez des difficult digestives, des Ballononnements, Ă©vitez les eaux gazeuses, de mĂȘme que les eaux aromatisĂ©es et acids. Si vous avez besoin de calcium, privilĂ©giez lâeau Hepar 549 mg/L; Courmayeur 576 mg/L; Contrex 468mg/l. Pour le magnĂ©sium, lâeau HĂ©par or lâeau naturellement gazeuse Rozana are very interesting. Bien sĂ»r, cette consommation dâeau doit sâaccompagner dâune alimentation Ă©quilibrĂ©e. Source eau peut soulager les crampes ? Les crampes, quâelles surviennent pendant une sĂ©ance de sport ou au milieu de la nuit, sont particuliĂšrement douloureuses et intensives. Pour les Ă©viter, il est important de consommer du magnĂ©sium, not seulement Ă travers lâalimentation banana, chocolate noir, etc., mais aussi en buvant une eau suffisamment mineralalisĂ©e. Riches in magnesium, les eaux HĂ©par et Rozana peuvent vous soulager. Boire de lâeau pour maigrir laquelle choisir ? Contrairement Ă ce que lâon pourrait croire, il nâexiste pas dâeau spĂ©cifique pour maigrir. Lorsque lâon fait un rĂ©gime ou bien que lâon essaie dâamĂ©liorer son alimentation, il faut bien sĂ»r sâhydrater. Lâeau doit ĂȘtre suffisamment mineralalisĂ©e pour rĂ©pondre Ă ses besoins en matiĂšre de calcium, magnesium et other minerals. Vous avez finalement le choix entre toutes les marks qui existent. Il est par ailleurs important de boire de lâeau tout au long de la journĂ©e, mais pas en grande quantity Ă chaque fois. Lâeau, quelle quâelle soit, also la facultĂ© de service de coupe-faim, ce qui est interesting, par example, avant un grand repas pour Ă©viter de manger plus que nĂ©cessaire. Source eau consommer en cas de crise de goutte ? La crisis de goutte est causĂ©e par lâacide urique accumulĂ© dans le sang. Le choice dâune eau alkaline, gazeuse, de type Vichy CĂ©lestins ou Saint-Yorre, est recommended. Your medical treatment of aiguillera in all of the cases that are different and adapted to your situation. Dans le mĂȘme temps, vous devrez opter pour une alimentation plus lĂ©gĂšre et ne pas boire dâalcool, qui est un facteur aggravant de la crisis de goutte. Usine dâembouteillage de lâEau de Source RosĂ©e de la Reine Usine dâembouteillage de lâEau de Source RosĂ©e de la Reine Usine dâembouteillage de lâEau de Source RosĂ©e de la Reine See some more details on the topic rosĂ©e de la reine eau here composition de lâeau Quâest ce quâune eau de source? Une Eau de Source is a category of Eau EmbouteillĂ©e. It is a basement Eau dâorigine, pure, protected and microbiological saine comme lâexige la regimentation. La Composition dâune Eau de Source may vary. Pour sâassurer de sa qualitĂ©, RosĂ©e de la Reine au quotidien, rĂ©alise plusieurs analyzes mais mais also des analyzes sont rĂ©alisĂ©es par des laboratoiresexternes. Ainsi nous essayons de vous faire beneficier de la meilleure eau possible. La composition de lâeau, un cadeau de la nature que nous vous transmettons The water from the RosĂ©e de la Reine spring is contained in a basement ceiling protected by microbiology comme exigĂ© par la rĂ©glementation and in the composition of the brine of the Lacaune spring. Nous vous rĂ©vĂ©lons the Composition de lâEau RosĂ©e de la Reine in mg/L -Calcium -Sodium -Sulfates -nitrates -Residu Ă sec Ă 180° Lâeau de source RosĂ©e de la Reine is pauvre en sodium. Satisfactory in nitrates in lingerie of the European directives which imposes a teneur in nitrates inferior to 50 mg/l of water. Bien plus quâune eau, un secret de la nature Lâeau de source possĂšde de nombreux atouts qui lui valent de pouvoir ĂȘtre bue par tous et Ă volontĂ©. The nitrates presented in the eau de source RosĂ©e de la Reine are naturally presented in the eau. Itâs sont dus Ă la dĂ©composition de la matiĂšre organique appelĂ©e âhumusâ. Elle ne content pas de plomb. Lâeau de source RosĂ©e de la Reine est ideal pour une consommation au quotidien grace Ă cette Composition de lâeau. Selon lâadage bien connu, âlâeau est plus prĂ©cieuse par ce quâelle emporte que par ce quâelle apporteâ. Et nous sommes engagĂ©s Ă respecter lâenvironnement dans les different Ă©tapes de la production de notre bouteille dâeau depuis son embouteillage jusquâĂ sa sortie de lâusine. SâHydrater rĂ©guliĂšrement is important for your sports activities, choose the detox program or add it for the rest of every day. Maison des Eaux MinĂ©rales Naturelles Le nouveau-nĂ© a des besoins en eau spĂ©cifiques son corps est composĂ© Ă 75% dâeau, proportion nettement plus importante que chez les adultes 60%, qui le rend sensitive de se dĂ©shydrater plus rapidement. Ses reins ne sont pas encore matures and excrĂštent une urin moins concentrĂ©e. Câest pourquoi ses besoins en eau sont comparment plus importants que ceux dâun adulte. Pour aider les young parents Ă bien choisir lâeau pour leur bĂ©bĂ©, lâAFSSA Agence française de sĂ©curitĂ© sanitaire des aliments a formula in 2003 of recommendations portant sur 42 critĂšres qui sont repris dans la rĂ©glementation arrĂȘtĂ© du 14 mars 2007 et ArrĂȘtĂ© du 28 December 2010 Choisir une eau faiblement mineralalisĂ©e LâAFSSA recommends preparing Biberons des Nourrissons with a water that is not the total mineralization, it is Ă©gale ou infĂ©rieure Ă 1 000 mg/liter. The quantity of fluor is also a criterion of choice. Certain pĂ©diatres prescrivent une supplĂ©mentation en fluor, il convient alors dâutiliser une eau nâen contenant pas plus de mg per liter, contra mg per liter pour les enfants ne recevant aucune supplementation. Dans all cas, les nitrates ne doivent pas depasser 10 mg per liter. Plusieurs rĂ©pondent parfaitement Ă ces critĂšres et conviennent Ă la confection des biberons et Ă lâhydration de tous les bĂ©bĂ©s Mont Roucous 22 mg, Wattwiller 155 mg per liter, Evian 345 mg per liter. LâAFSSA rappelle Ă©galement les prĂ©cautions Ă prendre au moment de la preparation du biberon rĂ©aliser le mĂ©lange entre lâeau et le lait en poudre au dernier moment, ne le conserver que peu de temps ensuite, ne pas sĂ©cher le biberon au Torchon etc . Fiez-vous aux Ă©tiquettes Les Ă©tiquettes des eaux minĂ©rales et de source vous indiquently precise leur composition et les teneurs en minĂ©raux, pour vous permettre de choisir la plus adaptĂ©e. Pour les biberons et plus gĂ©nĂ©ralement, pour lâhydratation des bĂ©bĂ©s de moins dâun an, il faut rechercher la mentions âConvient Ă lâalimentation du nourrissonâ. Elle est rĂ©servĂ©e aux eaux embouteillĂ©es qui respectent des critĂšres de qualitĂ© Ă©tablis par la regulation. LâarrĂȘtĂ© du 14 Mars 2007 1 et celui du 28 December 2010 2 fixent des critĂšres de qualitĂ© microbiologiques et des valeurs limites strictes, et prĂ©cise que la mentioned ne peut ĂȘtre apposĂ©e que âsur la base dâanalyses physico- chimiques officiellement reconnues » No. 81 of April 5, 2007. 1 ArrĂȘtĂ© du 14 Mars 2007 relative to aux critĂšres de qualitĂ© des eaux conditionnĂ©es, aux traitements et reviews dâĂ©tiquetage particuliers des eaux minerales naturelles et de source conditionnĂ©es. 2 ArrĂȘtĂ© du 28 December 2010 modified lâarrĂȘtĂ© du 14 March 2007 relative to aux critĂšres de qualitĂ© des eaux conditionnĂ©es Quelle est la diffĂ©rence entre une eau minĂ©rale et une eau de source ? Les eaux minerales naturelles et les eaux de source sont des eaux qui rĂ©pondent Ă des requirements differentes defined par les lĂ©gislations europĂ©enne et française. Les eaux minerales naturelles provided by sources basements uniques preserved de toute pollution humaine. Elles ne subissent aucun traitement de disinfection. Everything is microbiological and it is characterized by pure originality. The quality of the eaux minerales naturelles et leur composition is a guarantee par leur stability in the temps. Les eaux minerales naturelles sont Ă©galement les seules eaux Ă pouvoir beneficier de vertus favors Ă la santĂ©. Les eaux de source sont Ă©galement des eaux dâorigine basement. Elles sont potables Ă lâĂ©tat naturel et embouteillĂ©es Ă la source. En revanche, Ă la difference des eaux minerales naturelles, les eaux de source ne sont pas tenues Ă une stabilitĂ© de leur Composition MinĂ©rale . Related searches to rosĂ©e de la reine eau Information related to the topic rosĂ©e de la reine eau Here are the search results of the thread rosĂ©e de la reine eau from Bing. You can read more if you want. You have just come across an article on the topic rosĂ©e de la reine eau. If you found this article useful, please share it. Thank you very much.
Qu'est-ce qu'une cure thermale ?Une cure thermale est un traitement curatif qui se base sur les bienfaits de l'eau. Cependant, contrairement Ă la thalassothĂ©rapie, les soins en cure thermale se rĂ©alisent avec de l'eau provenant d'une source naturelle. La cure thermale peut soulager et traiter des problĂšmes de santĂ© et certaines pathologies. Une cure thermale se rĂ©alise dans une station thermale oĂč sont effectuĂ©s les soins Ă base d'eau thermale, de boue thermale ou encore de gaz sont les indications pour une cure thermale ?Les cures thermales sont prescrites aux personnes ayant des problĂšmes cutanĂ©s comme l'eczĂ©ma, des troubles respiratoires, ou encore des douleurs articulaires. Il existe diffĂ©rents soins en fonction des besoins des curistes, par exemple la cure de boisson d'eau minĂ©rale, ou encore l'hydrothĂ©rapie interne ou externe. Les longs sĂ©jours sont prĂ©conisĂ©s pour les pathologies, alors que les courts sĂ©jours sont orientĂ©s sur la relaxation et la sont les bienfaits d'une cure thermale ?L'eau thermale possĂšde de nombreuses vertus thĂ©rapeutiques grĂące Ă sa richesse en minĂ©raux. Ainsi, les cures thermales sont reconnues pour aider Ă rĂ©duire les maux de dos, tels que les douleurs lombaires, l'arthrose, l'arthrite, les troubles articulaires. Les soins des cures thermales sont bĂ©nĂ©fiques pour diminuer les douleurs liĂ©es Ă l'accouchement, ou pour traiter l'insuffisance cardiaque chronique. Les varices peuvent ĂȘtre Ă©galement soulagĂ©es grĂące aux soins. Les troubles de la peau, comme le psoriasis, sont bien traitĂ©s en cure sont les prĂ©cautions Ă prendre lors d'une cure thermale ?En plus de veiller aux Ă©ventuelles contre-indications des cures thermales, il faut prendre quelques prĂ©cautions avant de se lancer. En effet, dans le cas de sĂ©jours longs entre 15 et 18 jours de soins, la cure thermale est remboursĂ©e par la SĂ©curitĂ© sociale, car elle est gĂ©nĂ©ralement prescrite par un mĂ©decin dans un but thĂ©rapeutique. Les sĂ©jours courts, de quelques jours, ne sont, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, pas remboursĂ©s, car ils ne traitent pas les pathologies. Ils sont effectuĂ©s dans le cadre de la dĂ©tente.
MĂ©rimĂ©e Colomba CHAPITRE I. PĂš far la to vendetta Sta sigur', vasta anche ella. - Vocero du Niolo. Dans les premiers jours du mois d'octobre 181., le colonel sir Thomas Nevil, Irlandais, officier distinguĂ© de l'armĂ©e anglaise, descendit avec sa fille Ă l'hĂÂŽtel Beauveau, Ă Marseille, au retour d'un voyage en Italie. L'admiration continue des voyageurs enthousiastes a produit une rĂ©action, et, pour se singulariser, beaucoup de touristes aujourd'hui prennent pour devise le nil admirari d'Horace. C'est Ă cette classe de voyageurs mĂ©contents qu'appartenait miss Lydia, fille unique du colonel. La Transfiguration lui avait paru mĂ©diocre, le VĂ©suve en Ă©ruption Ă peine supĂ©rieur aux cheminĂ©es des usines de Birmingham. En somme, sa grande objection contre l'Italie Ă©tait que ce pays manquait de couleur locale, de caractĂšre. Explique qui pourra le sens de ces mots, que je comprenais fort bien il y a quelques annĂ©es, et que je n'entends plus aujourd'hui. D'abord, miss Lydia s'Ă©tait flattĂ©e de trouver au-delĂ des Alpes des choses que personne n'aurait vues avant elle, et dont elle pouvait parler avec les honnĂÂȘtes gens, comme dit M. Jourdain. Mais bientĂÂŽt, partout devancĂ©e par ses compatriotes, et dĂ©sespĂ©rant de rencontrer rien d'inconnu, elle se jeta dans le parti de l'opposition. Il est bien dĂ©sagrĂ©able, en effet, de ne pouvoir parler des merveilles de l'Italie sans que quelqu'un ne vous dise Ă Vous connaissez sans doute ce RaphaĂl du palais ***, Ă ***? C'est ce qu'il y a de plus beau en Italie. Ă» - Et c'est justement ce qu'on a nĂ©gligĂ© de voir. Comme il est trop long de tout voir, le plus simple c'est de tout condamner de parti pris. Ă⏠l'hĂÂŽtel Beauveau, miss Lydia eut un amer dĂ©sappointement. Elle rapportait un joli croquis de la porte pĂ©lasgique ou cyclopĂ©enne de Segni, qu'elle croyait oubliĂ©e par les dessinateurs. Or lady Frances Fenwich, la rencontrant Ă Marseille, lui montra son album, oĂÂč, entre un sonnet et une fleur dessĂ©chĂ©e, figurait la porte en question, enluminĂ©e Ă grand renfort de terre de Sienne. Miss Lydia donna la porte de Segni Ă sa femme de chambre, et perdit toute estime pour les constructions pĂ©lasgiques. Ces tristes dispositions Ă©taient partagĂ©es par le colonel Nevil, qui, depuis la mort de sa femme, ne voyait les choses que par les yeux de miss Lydia. Pour lui, l'Italie avait le tort immense d'avoir ennuyĂ© sa fille, et par consĂ©quent, c'Ă©tait le plus ennuyeux pays du monde. Il n'avait rien Ă dire, il est vrai, contre les tableaux et les statues; mais ce qu'il pouvait assurer, c'est que la chasse Ă©tait misĂ©rable dans ce pays-lĂ , et qu'il fallait faire dix lieues au grand soleil dans la campagne de Rome pour tuer quelques mĂ©chantes perdrix rouges. Le lendemain de son arrivĂ©e Ă Marseille, il invita Ă dĂner le capitaine Ellis, son ancien adjudant, qui venait de passer six semaines en Corse. Le capitaine raconta fort bien Ă miss Lydia une histoire de bandits qui avait le mĂ©rite de ne ressembler nullement aux histoires de voleurs dont on l'avait si souvent entretenue sur la route de Rome Ă Naples. Au dessert, les deux hommes, restĂ©s seuls avec des bouteilles de vin de Bordeaux, parlĂšrent chasse, et le colonel apprit qu'il n'y a pas de pays oĂÂč elle soit plus belle qu'en Corse, plus variĂ©e, plus abondante. Ă On y voit force sangliers, disait le capitaine Ellis, et il faut apprendre Ă les distinguer des cochons domestiques, qui leur ressemblent d'une maniĂšre Ă©tonnante; car, en tuant des cochons, l'on se fait une mauvaise affaire avec leurs gardiens. Ils sortent d'un taillis qu'ils nomment maquis, armĂ©s jusqu'aux dents, se font payer leurs bĂÂȘtes et se moquent de vous. Vous avez encore le mouflon, fort Ă©trange animal qu'on ne trouve pas ailleurs, fameux gibier, mais difficile. Cerfs, daims, faisans, perdreaux, jamais on ne pourrait nombrer toutes les espĂšces de gibier qui fourmillent en Corse. Si vous aimez Ă tirer, allez en Corse, colonel; lĂ , comme disait un de mes hĂÂŽtes, vous pourrez tirer sur tous les gibiers possibles, depuis la grive jusqu'Ă l'homme. Ă» Au thĂ©, le capitaine charma de nouveau miss Lydia par une histoire de vendette transversale 1 encore plus bizarre que la premiĂšre, et il acheva de l'enthousiasmer pour la Corse en lui dĂ©crivant l'aspect Ă©trange, sauvage du pays, le caractĂšre original de ses habitants, leur hospitalitĂ© et leurs moeurs primitives. Enfin, il mit Ă ses pieds un joli petit stylet, moins remarquable par sa forme et sa monture en cuivre que par son origine. Un fameux bandit l'avait cĂ©dĂ© au capitaine Ellis, garanti pour s'ĂÂȘtre enfoncĂ© dans quatre corps humains. Miss Lydia le passa dans sa ceinture, le mit sur sa table de nuit, et le tira deux fois de son fourreau avant de s'endormir. De son cĂÂŽtĂ©, le colonel rĂÂȘva qu'il tuait un mouflon et que le propriĂ©taire lui en faisait payer le prix, Ă quoi il consentait volontiers, car c'Ă©tait un animal trĂšs curieux, qui ressemblait Ă un sanglier, avec des cornes de cerf et une queue de faisan. - 1 C'est la vengeance que l'on fait tomber sur un parent plus ou moins Ă©loignĂ© de l'auteur de l'offense. - Ellis conte qu'il y a une chasse admirable en Corse, dit le colonel, dĂ©jeunant tĂÂȘte Ă tĂÂȘte avec sa fille; si ce n'Ă©tait pas si loin, j'aimerais Ă y passer une quinzaine. - Eh bien! rĂ©pondit miss Lydia, pourquoi n'irions-nous pas en Corse? Pendant que vous chasseriez, je dessinerais; je serais charmĂ©e d'avoir dans mon album la grotte dont parlait le capitaine Ellis, oĂÂč Bonaparte allait Ă©tudier quand il Ă©tait enfant. C'Ă©tait peut-ĂÂȘtre la premiĂšre fois qu'un dĂ©sir manifestĂ© par le colonel eĂ»t obtenu l'approbation de sa fille. EnchantĂ© de cette rencontre inattendue, il eut pourtant le bon sens de faire quelques objections pour irriter l'heureux caprice de miss Lydia. En vain il parla de la sauvagerie du pays et de la difficultĂ© pour une femme d'y voyager elle ne craignait rien; elle aimait par-dessus tout Ă voyager Ă cheval; elle se faisait une fĂÂȘte de coucher au bivouac; elle menaçait d'aller en Asie Mineure. Bref, elle avait rĂ©ponse Ă tout, car jamais Anglaise n'avait Ă©tĂ© en Corse; donc elle devait y aller. Et quel bonheur, de retour dans Saint-James's-Place, de montrer son album! Ă Pourquoi donc, ma chĂšre, passez-vous ce charmant dessin? - 0h! ce n'est rien. C'est un croquis que j'ai fait d'aprĂšs un fameux bandit corse qui nous a servi de guide. - Comment! vous avez Ă©tĂ© en Corse?... Ă» Les bateaux Ă vapeur n'existant point encore entre la France et la Corse, on s'enquit d'un navire en partance pour l'Ăle que miss Lydia se proposait de dĂ©couvrir. DĂšs le jour mĂÂȘme, le colonel Ă©crivit Ă Paris pour dĂ©commander l'appartement qui devait le recevoir, et fit marchĂ© avec le patron d'une goĂlette corse qui allait faire voile pour Ajaccio. Il y avait deux chambres telles quelles. On embarqua des provisions; le patron jura qu'un vieux sien matelot Ă©tait un cuisinier estimable et n'avait pas son pareil pour la bouille-abaisse; il promit que mademoiselle serait convenablement, qu'elle aurait bon vent, belle mer. En outre, d'aprĂšs les volontĂ©s de sa fille, le colonel stipula que le capitaine ne prendrait aucun passager et qu'il s'arrangerait pour raser les cĂÂŽtes de l'Ăle de façon qu'on pĂ»t jouir de la vue des montagnes. CHAPITRE II. Au jour fixĂ© pour le dĂ©part, tout Ă©tait emballĂ©, embarquĂ© dĂšs le matin la goĂlette devait partir avec la brise du soir. En attendant, le colonel se promenait avec sa fille sur la CanebiĂšre, lorsque le patron l'aborda pour lui demander la permission de prendre Ă son bord un de ses parents, c'est-Ă -dire le petit-cousin du parrain de son fils aĂnĂ©, lequel retournant en Corse, son pays natal, pour affaires pressantes, ne pouvait trouver de navire pour le passer. - C'est un charmant garçon, ajouta le capitaine Matei, militaire, officier aux chasseurs Ă pied de la garde, et qui serait dĂ©jĂ colonel si l'Autre Ă©tait encore empereur. Puisque c'est un militaire, dit le colonel... il allait ajouter Je consens volontiers Ă ce qu'il vienne avec nous... mais miss Lydia s'Ă©cria en anglais - Un officier d'infanterie!... son pĂšre ayant servi dans la cavalerie, elle avait du mĂ©pris pour toute autre arme un homme sans Ă©ducation peut-ĂÂȘtre, qui aura le mal de mer, et qui nous gĂÂątera tout le plaisir de la traversĂ©e! Le patron n'entendait pas un mot d'anglais, mais il parut comprendre ce que disait miss Lydia Ă la petite moue de sa jolie bouche, et il commença un Ă©loge en trois points de son parent, qu'il termina en assurant que c'Ă©tait un homme trĂšs comme il faut, d'une famille de Caporaux, et qu'il ne gĂÂȘnerait en rien monsieur le colonel, car lui, patron, se chargeait de le loger dans un coin oĂÂč l'on ne s'apercevrait pas de sa prĂ©sence. Le colonel et miss Nevil trouvĂšrent singulier qu'il y eĂ»t en Corse des familles oĂÂč l'on fĂ»t ainsi caporal de pĂšre en fils mais, comme ils pensaient pieusement qu'il s'agissait d'un caporal d'infanterie, ils conclurent que c'Ă©tait quelque pauvre diable que le patron voulait emmener par charitĂ©. S'il se fĂ»t agi d'un officier, on eĂ»t Ă©tĂ© obligĂ© de lui parler, de vivre avec lui mais avec un caporal, il n'y a pas Ă se gĂÂȘner et c'est un ĂÂȘtre sans consĂ©quence, lorsque son escouade, n'est pas lĂ , baĂÂŻonnette au bout du fusil, pour vous mener oĂÂč vous n'avez pas envie d'aller. - Votre parent a-t-il le mal de mer? demanda miss Nevil d'un ton sec. - Jamais, mademoiselle; le coeur ferme comme un roc, sur mer comme sur terre. - Eh bien! vous pouvez l'emmener, dit-elle. - Vous pouvez l'emmener, rĂ©pĂ©ta le colonel, et ils continuĂšrent leur promenade. Vers cinq heures du soir, le capitaine Matei vint les chercher pour monter Ă bord de la goĂlette. Sur le port, prĂšs de la yole du capitaine, ils trouvĂšrent un grand jeune homme vĂÂȘtu d'une redingote bleue boutonnĂ©e jusqu'au menton, le teint basanĂ©, les yeux noirs, vifs, bien fendus, l'air franc et spirituel. Ă⏠la maniĂšre dont il effaçait les Ă©paules, Ă sa petite moustache frisĂ©e, on reconnaissait facilement un militaire; car, Ă cette Ă©poque, les moustaches ne couraient pas les rues, et la garde nationale n'avait pas encore introduit dans toutes les familles la tenue avec les habitudes du corps de garde. Le jeune homme ĂÂŽta sa casquette en voyant le colonel, et le remercia sans embarras et en bons termes du service qu'il lui rendait. - CharmĂ© de vous ĂÂȘtre utile, mon garçon, dit le colonel en lui faisant un signe de tĂÂȘte amical. Et il entra dans la yole. - Il est sans gĂÂȘne votre Anglais, dit tout bas en italien le jeune homme au patron. Celui-ci plaça son index sous son oeil gauche et abaissa les deux coins de la bouche. Pour qui comprend le langage des signes, cela voulait dire que l'Anglais entendait l'italien et que c'Ă©tait un homme bizarre. Le jeune homme sourit lĂ©gĂšrement, toucha son front en rĂ©ponse au signe de Matei, comme pour lui dire que tous les Anglais avaient quelque chose de travers dans la tĂÂȘte, puis il s'assit auprĂšs du patron, et considĂ©ra avec beaucoup d'attention, mais sans impertinence, sa jolie compagne de voyage. - Ils ont bonne tournure, ces soldats français, dit le colonel Ă sa fille en anglais; aussi en fait-on facilement des officiers. Puis, s'adressant en français au jeune homme - Dites-moi, mon brave, dans quel rĂ©giment avez-vous servi? Celui-ci donna un lĂ©ger coup de coude au pĂšre du filleul de son petit-cousin, et, comprimant un sourire ironique, rĂ©pondit qu'il avait Ă©tĂ© dans les chasseurs Ă pied de la garde, et que prĂ©sentement il sortait du 7e lĂ©ger. - Est-ce que vous avez Ă©tĂ© Ă Waterloo? Vous ĂÂȘtes bien jeune. - Pardon, mon colonel; c'est ma seule campagne. - Elle compte double, dit le colonel. Le jeune Corse se mordit les lĂšvres. - Papa, dit miss Lydia en anglais, demandez-lui donc si les Corses aiment beaucoup leur Bonaparte? Avant que le colonel eĂ»t traduit la question en français, le jeune homme rĂ©pondit en assez bon anglais, quoique avec un accent prononcĂ© - Vous savez, mademoiselle, que nul n'est prophĂšte en son pays. Nous autres, compatriotes de NapolĂ©on, nous l'aimons peut-ĂÂȘtre moins que les Français. Quant Ă moi, bien que ma famille ait Ă©tĂ© autrefois l'ennemie de la sienne, je l'aime et l'admire. - Vous parlez anglais! s'Ă©cria le colonel. - Fort mal, comme vous pouvez vous en apercevoir. Bien qu'un peu choquĂ©e de son ton dĂ©gagĂ©, miss Lydia ne put s'empĂÂȘcher de rire en pensant Ă une inimitiĂ© personnelle entre un caporal et un empereur. Ce lui fut comme un avant-goĂ»t des singularitĂ©s de la Corse, et elle se promit de noter le trait sur son journal. - Peut-ĂÂȘtre avez-vous Ă©tĂ© prisonnier en Angleterre? demanda le colonel. - Non, mon colonel, j'ai appris l'anglais en France, tout jeune, d'un prisonnier de votre nation. Puis, s'adressant Ă miss Nevil - Matei m'a dit que vous reveniez d'Italie. Vous parlez sans doute le pur toscan, mademoiselle; vous serez un peu embarrassĂ©e, je le crains, pour comprendre notre patois. - Ma fille entend tous les patois italiens, rĂ©pondit le colonel; elle a le don des langues, ce n'est pas comme moi. - Mademoiselle comprendrait-elle, par exemple, ces vers d'une de nos chansons corses? C'est un berger qui dit Ă une bergĂšre S'entrassi 'adru Paradisu santu, santu, E nun travassi a tia, mi n'esciria 1. - 1 Ă Si j'entrais dans le paradis saint, saint, et si je ne t'y trouvais pas, j'en sortirais. Ă» Serenata di Zicavo. Miss Lydia comprit. et trouvant la citation audacieuse, et plus encore le regard qui l'accompagnait, elle rĂ©pondit en rougissant Ă Capisco. Ă» - Et vous retournez dans votre pays en semestre? demanda le colonel. - Non, mon colonel. Il m'ont mis en demi-solde, probablement parce que j'ai Ă©tĂ© Ă Waterloo et que je suis compatriote de NapolĂ©on. Je retourne chez moi, lĂ©ger d'espoir, lĂ©ger d'argent, comme dit la chanson. Et il soupira en regardant le ciel. Le colonel mit la main Ă sa poche, et, retournant entre ses doigts une piĂšce d'or, il cherchait une phrase pour la glisser poliment dans la main de son ennemi malheureux. - Et moi aussi, dit-il d'un ton de bonne humeur, on m'a mis en demi-solde; mais... avec votre demi-solde vous n'avez pas de quoi vous acheter du tabac. Tenez, caporal. Et il essaya de faire entrer la piĂšce d'or dans la main fermĂ©e que le jeune homme appuyait sur le bord de la yole. Le jeune Corse rougit, se redressa, se mordit les lĂšvres et paraissait disposĂ© Ă rĂ©pondre avec emportement, quand tout Ă coup, changeant d'expression, il Ă©clata de rire. Le colonel, sa piĂšce Ă la main, demeurait tout Ă©bahi. - Colonel, dit le jeune homme reprenant son sĂ©rieux, permettez-moi de vous donner deux avis le premier, c'est de ne jamais offrir de l'argent Ă un Corse, car il y a de mes compatriotes assez impolis pour vous le jeter Ă la tĂÂȘte; le second, c'est de ne pas donner aux gens des titres qu'ils ne rĂ©clament point. Vous m'appelez caporal et je suis lieutenant. Sans doute, la diffĂ©rence n'est pas bien grande, mais... - Lieutenant! s'Ă©cria sir Thomas, lieutenant! mais le patron m'a dit que vous Ă©tiez caporal, ainsi que votre pĂšre et tous les hommes de votre famille. Ă⏠ces mots le jeune homme, se laissant aller Ă la renverse, se mit Ă rire de plus belle, et de si bonne grĂÂące, que le patron et ses deux matelots Ă©clatĂšrent en choeur. - Pardon, colonel, dit enfin le jeune homme; mais le quiproquo est admirable, je ne l'ai compris qu'Ă l'instant. En effet, ma famille se glorifie de compter des caporaux parmi ses ancĂÂȘtres; mais nos caporaux corses n'ont jamais eu de galons sur leurs habits. Vers l'an de grĂÂące 1100, quelques communes, s'Ă©tant rĂ©voltĂ©es contre la tyrannie des grands seigneurs montagnards, se choisiront des chefs qu'elles nommĂšrent caporaux. Dans notre Ăle, nous tenons Ă honneur de descendre de ces espĂšces de tribuns. - Pardon, monsieur! s'Ă©cria le colonel, mille fois pardon. Puisque vous comprenez la cause de ma mĂ©prise, j'espĂšre que vous voudrez bien l'excuser. Et il lui tendit la main. - C'est la juste punition de mon petit orgueil, colonel, dit le jeune homme riant toujours et serrant cordialement la main de l'Anglais; je ne vous en veux pas le moins du monde. Puisque mon ami Matei m'a si mal prĂ©sentĂ©, permettez-moi de me prĂ©senter moi-mĂÂȘme je m'appelle Orso della Rebbia, lieutenant en demi-solde, et si, comme je le prĂ©sume en voyant ces deux beaux chiens, vous venez en Corse pour chasser, je serai trĂšs flattĂ© de vous faire les honneurs de nos maquis et de nos montagnes... si toutefois je ne les ai pas oubliĂ©s, ajouta-t-il en soupirant. En ce moment la yole touchait la goĂlette. Le lieutenant offrit la main Ă miss Lydia, puis aida le colonel Ă se guinder sur le pont. LĂ , sir Thomas, toujours fort penaud de sa mĂ©prise, et ne sachant comment faire oublier son impertinence Ă un homme qui datait de l'an 1100, sans attendre l'assentiment de sa fille, le pria Ă souper en lui renouvelant ses excuses et ses poignĂ©es de main. Miss Lydia fronçait bien un peu le sourcil, mais, aprĂšs tout, elle n'Ă©tait pas fĂÂąchĂ©e de savoir ce que c'Ă©tait qu'un caporal; son hĂÂŽte ne lui avait pas dĂ©plu, elle commençait mĂÂȘme Ă lui trouver un certain je ne sais quoi aristocratique; seulement il avait l'air trop franc et trop gai pour un hĂ©ros de roman. - Lieutenant della Rebbia, dit le colonel en le saluant Ă la maniĂšre anglaise, un verre de vin de MadĂšre Ă la main, j'ai vu en Espagne, beaucoup de vos compatriotes c'Ă©tait de la fameuse infanterie en tirailleurs. - Oui, beaucoup sont restĂ©s en Espagne, dit le jeune lieutenant d'un air sĂ©rieux. - Je n'oublierai jamais la conduite d'un bataillon corse Ă la bataille de Vittoria, poursuivit le colonel. Il doit m'en souvenir, ajouta-t-il en se frottant la poitrine. Toute la journĂ©e ils avaient Ă©tĂ© en tirailleurs dans les jardins, derriĂšre les haies, et nous avaient tuĂ© je ne sais combien d'hommes et de chevaux. La retraite dĂ©cidĂ©e, ils se ralliĂšrent et se mirent Ă filer Ă grand train. En plaine, nous espĂ©rions prendre notre revanche, mais mes drĂÂŽles... excusez, lieutenant, braves gens, dis-je, s'Ă©taient formĂ©s en carrĂ©, et il n'y avait pas moyen de les rompre. Au milieu du carrĂ©, je crois le voir encore, il y avait un officier montĂ© sur un petit cheval noir; il se tenait Ă cĂÂŽtĂ© de l'aigle, fumant son cigare comme s'il eĂ»t Ă©tĂ© au cafĂ©. Parfois, comme pour nous braver, leur musique nous jouait des fanfares... Je lance sur eux mes deux premiers escadrons... Bah! au lieu de mordre sur le front du carrĂ©, voilĂ mes dragons qui passent Ă cĂÂŽtĂ©, puis font demi-tour. et reviennent fort en dĂ©sordre et plus d'un cheval sans maĂtre... et toujours la diable de musique! Quand la fumĂ©e qui enveloppait le bataillon se dissipa, je revis l'officier Ă cĂÂŽtĂ© de l'aigle, fumant encore son cigare. EnragĂ©, je me mis moi-mĂÂȘme Ă la tĂÂȘte d'une derniĂšre charge. Leurs fusils, crassĂ©s Ă force de tirer, ne partaient plus, mais les soldats Ă©taient formĂ©s sur six rangs, la baĂÂŻonnette au nez des chevaux, on eĂ»t dit un mur. Je criais, j'exhortais mes dragons, je serrais la botte pour faire avancer mon cheval, quand l'officier dont je vous parlais, ĂÂŽtant enfin son cigare, me montra de la main Ă un de ses hommes, J'entendis quelque chose comme Al capello bianco! J'avais un plumet blanc. Je n'en entendis pas davantage, car une balle me traversa la poitrine. - C'Ă©tait un beau bataillon, monsieur della Rebbia. Le premier du 18e lĂ©ger, tous Corses, Ă ce qu'on me dit depuis. - Oui, dit Orso dont les yeux brillaient pendant ce rĂ©cit, ils soutinrent la retraite et rapportĂšrent leur aigle; mais les deux tiers de ces braves gens dorment aujourd'hui dans la plaine de Vittoria. - Et par hasard! sauriez-vous le nom de l'officier qui les commandait? - C'Ă©tait mon pĂšre. Il Ă©tait alors major au 18e, et fut fait colonel pour sa conduite dans cette triste journĂ©e. - Votre pĂšre! Par ma foi, c'Ă©tait un brave! J'aurais du plaisir Ă le revoir, et je le reconnaĂtrais, j'en suis sĂ»r. Vit-il encore? - Non, colonel, dit le jeune homme pĂÂąlissant lĂ©gĂšrement. - Ăâ°tait-il Ă Waterloo? - Oui, colonel, mais il n'a pas eu le bonheur de tomber sur un champ de bataille... Il est mort en Corse... il y a deux ans... Mon Dieu! que cette mer est belle! il y a dix ans que je n'ai vu la MĂ©diterranĂ©e. - Ne trouvez-vous pas la MĂ©diterranĂ©e plus belle que l'OcĂ©an, mademoiselle? - Je la trouve trop bleue... et les vagues manquent de grandeur. - Vous aimez la beautĂ© sauvage, mademoiselle? Ă⏠ce compte, je crois que la Corse vous plaira. - Ma fille, dit le colonel, aime tout ce qui est extraordinaire; c'est pourquoi l'Italie ne lui a guĂšre plu. - Je ne connais de l'Italie, dit Orso, que Pise, oĂÂč j'ai passĂ© quelque temps au collĂšge; mais je ne puis penser sans admiration au Campo-Santo, au DĂÂŽme, Ă la Tour penchĂ©e... au Campo-Santo surtout. Vous vous rappelez la Mort, d'Orcagna... Je crois que je pourrais la dessiner, tant elle est restĂ©e dans ma mĂ©moire. Miss Lydia craignit que monsieur le lieutenant ne s'engageĂÂąt dans une tirade d'enthousiasme. - C'est trĂšs joli, dit-elle en bĂÂąillant. Pardon, mon pĂšre, j'ai un peu mal Ă la tĂÂȘte, je vais descendre dans ma chambre. Elle baisa son pĂšre sur le front, fit un signe de tĂÂȘte majestueux Ă Orso et disparut. Les deux hommes causĂšrent alors chasse et guerre. Ils apprirent qu'Ă Waterloo, ils Ă©taient en face l'un de l'autre, et qu'ils avaient dĂ» Ă©changer bien des balles. Leur bonne intelligence en redoubla. Tour Ă tour ils critiquĂšrent NapolĂ©on, Wellington et BlĂÂŒcher, puis ils chassĂšrent ensemble le daim, le sanglier et le mouflon. Enfin, la nuit Ă©tant dĂ©jĂ trĂšs avancĂ©e, et la derniĂšre bouteille de bordeaux finie, le colonel serra de nouveau la main au lieutenant et lui souhaita le bonsoir, en exprimant l'espoir de cultiver une connaissance commencĂ©e d'une façon si ridicule. Ils se sĂ©parĂšrent et chacun fut se coucher. CHAPITRE III. La nuit Ă©tait belle, la lune se jouait sur les flots, le navire voguait doucement au grĂ© d'une brise lĂ©gĂšre. Miss Lydia n'avait point envie de dormir, et ce n'Ă©tait que la prĂ©sence d'un profane qui l'avait empĂÂȘchĂ©e de goĂ»ter ces Ă©motions qu'en mer et par un clair de lune tout ĂÂȘtre humain Ă©prouve quand il a deux grains de poĂ©sie dans le coeur. Lorsqu'elle jugea que le jeune lieutenant dormait sur les deux oreilles, comme un ĂÂȘtre prosaĂÂŻque qu'il Ă©tait, elle se leva, prit une pelisse, Ă©veilla sa femme de chambre et monta sur le pont. Il n'y avait personne, qu'un matelot au gouvernail, lequel chantait une espĂšce de complainte dans le dialecte corse, sur un air sauvage et monotone. Dans le calme de la nuit, cette musique Ă©trange avait son charme. Malheureusement miss Lydia ne comprenait pas parfaitement ce que chantait le matelot. Au milieu de beaucoup de lieux communs, un vers Ă©nergique excitait vivement sa curiositĂ©, mais bientĂÂŽt, au plus beau moment, arrivaient quelques mots de patois dont le sens lui Ă©chappait. Elle comprit pourtant qu'il Ă©tait question d'un meurtre. Des imprĂ©cations contre les assassins, des menaces de vengeance, l'Ă©loge du mort, tout cela Ă©tait confondu pĂÂȘle-mĂÂȘle. Elle retint quelques vers; je vais essayer de les traduire ... Ni les canons, ni les baĂÂŻonnettes - n'ont fait pĂÂąlir son front, - serein sur un champ de bataille - comme un ciel d'Ă©tĂ©. - il Ă©tait le faucon ami de l'aigle - miel des sables pour ses amis, - pour ses ennemis la mer en courroux. - Plus haut que le soleil, - plus doux que la lune. - Lui que les ennemis de la France - n'attendirent jamais, - des assassins de son pays - l'ont frappĂ© par derriĂšre, - comme Vitiolo tua Sampiero Corso 1. - Jamais ils n'eussent osĂ© la regarder en face. - ... Placez sur la muraille, devant mon lit, - ma croix d'honneur bien gagnĂ©e. - Rouge en est le ruban. - Plus rouge ma chemise. - Ă⏠mon fils, mon fils en lointain pays, - gardez ma croix et ma chemise sanglante. - Il y verra deux trous. Pour chaque trou, un trou dans une autre chemise. Mais la vengeance sera-t-elle faite alors? - Il me faut la main qui a tirĂ©, - l'oeil qui a visĂ©, - le coeur qui a pensĂ©... Ă» - 1 Voyez Filippini, liv. XI, - Le nom de Vittolo est encore en exĂ©cration parmi les Corses. C'est aujourd'hui un synonyme de traĂtre. Le matelot s'arrĂÂȘta tout Ă coup. - Pourquoi ne continuez-vous pas, mon ami? demanda miss Nevil. Le matelot, d'un mouvement de tĂÂȘte, lui montra une figure qui sortait d'un grand panneau de la goĂlette c'Ă©tait Orso qui venait jouir du clair de lune. - Achevez donc votre complainte, dit Miss Lydia, elle me faisait grand plaisir. Le matelot se pencha vers elle et dit fort bas - je ne donne le rimbecco Ă personne. - Comment? le... ? Le matelot, sans rĂ©pondre, se mit Ă siffler. - Je vous prends Ă admirer notre MĂ©diterranĂ©e, miss Nevil, dit Orso s'avançant vers elle. Convenez qu'on ne voit point ailleurs cette lune-ci. - Je ne la regardais pas. J'Ă©tais tout occupĂ©e Ă Ă©tudier le corse. Ce matelot, qui chantait une complainte des plus tragiques, s'est arrĂÂȘtĂ© au plus beau moment. Le matelot se baissa comme pour mieux lire sur la boussole, et tira rudement la pelisse de miss Nevil. Il Ă©tait Ă©vident que sa complainte ne pouvait ĂÂȘtre chantĂ©e devant le lieutenant Orso. - Que chantais-tu lĂ , Paolo FrancĂš? dit Orso; est-ce une ballata? un vocero 1? Mademoiselle te comprend et voudrait entendre la fin. - 1 Lorsqu'un homme est mort, particuliĂšrement lorsqu'il a Ă©tĂ© assassinĂ©, on place son corps sur une table, et les femmes de sa famille, Ă leur dĂ©faut, des amies, ou mĂÂȘme des femmes Ă©trangĂšres connues pour leur talent poĂ©tique, improvisent devant un auditoire nombreux des complaintes en vers dans le dialecte du pays. On nomme ces femmes voceratrici, ou, suivant la prononciation corse, buceratrici, et la complainte s'appelle vocero, buceru, buceratu, sur ta cĂÂŽte orientale; ballata, sur la cĂÂŽte opposĂ©e. Le mot vocero, ainsi que ses dĂ©rivĂ©s vocerar, voceratrice, vient du latin vociferare. Quelquefois, plusieurs femmes improvisent tour Ă tour, et souvent la femme ou la fille du mort chante elle-mĂÂȘme la complainte funĂšbre. Je l'ai oubliĂ©e, Ors' Anton', dit le matelot. Et sur-le-champ il se mit Ă entonner Ă tue-tĂÂȘte un cantique Ă la Vierge. Miss Lydia Ă©couta le cantique avec distraction et ne pressa pas davantage le chanteur, se promettant bien toutefois de savoir plus tard le mot de l'Ă©nigme. Mais sa femme de chambre, qui, Ă©tant de Florence, ne comprenait pas mieux que sa maĂtresse le dialecte corse, Ă©tait aussi curieuse de s'instruire; s'adressant Ă Orso avant que celle-ci pĂ»t l'avertir par un coup de coude - Monsieur le capitaine, dit-elle, que veut dire donner le rimbecco 1? - 1 Rimbeccare, en italien, signifie renvoyer, riposter, rejeter. Dans le dialecte corse, cela veut dire adresser un reproche offensant et public. - On donne le rimbecco au fils d'un homme assassinĂ© en lui disant que son pĂšre n'est pas vengĂ©. Le rimbecco est une espĂšce de mise en demeure pour l'homme qui n'a pas encore lavĂ© une injure dans le sang. - La loi gĂ©noise punissait trĂšs sĂ©vĂšrement l'auteur d'un rimbecco... - Le rimbecco! dit Orso; mais c'est faire la plus mortelle injure Ă un Corse c'est lui reprocher de ne pas s'ĂÂȘtre vengĂ©. Qui vous a parlĂ© de rimbecco? - C'est hier Ă Marseille, rĂ©pondit miss Lydia avec empressement, que le patron de la goĂlette s'est servi de ce mot. - Et de qui parlait-il? demanda Orso avec vivacitĂ©. - Oh! il nous contait une vieille histoire... du temps de... oui, je crois que c'Ă©tait Ă propos de Vannina d'Ornano? - La mort de Vannina, je le suppose, mademoiselle, ne vous a pas fait beaucoup aimer notre hĂ©ros, le brave Sampiero? - Mais trouvez-vous que ce soit bien hĂ©roĂÂŻque? - Son crime a pour excuse les moeurs sauvages du temps; et puis Sampiero faisait une guerre Ă mort aux GĂ©nois quelle confiance auraient pu avoir en lui ses compatriotes, s'il n'avait pas puni celle qui cherchait Ă traiter avec GĂÂȘnes? - Vannina, dit le matelot, Ă©tait partie sans la permission de son mari; Sampiero a bien fait de lui tordre le cou. - Mais, dit miss Lydia, c'Ă©tait pour sauver son mari, c'Ă©tait par amour pour lui, qu'elle allait demander sa grĂÂące aux GĂ©nois. - Demander sa grĂÂące, c'Ă©tait l'avilir! s'Ă©cria Orso. - Et la tuer lui-mĂÂȘme! poursuivit miss Nevil. Quel monstre ce devait ĂÂȘtre! - Vous savez qu'elle lui demanda comme une faveur de pĂ©rir de sa main. Othello, mademoiselle, le regardez-vous aussi comme un monstre? - Quelle diffĂ©rence! il Ă©tait jaloux; Sampiero n'avait que de la vanitĂ©. - Et la jalousie, n'est-ce pas aussi de la vanitĂ©? C'est la vanitĂ© de l'amour, et vous l'excuserez peut-ĂÂȘtre en faveur du motif? Miss Lydia lui jeta un regard plein de dignitĂ©, et, s'adressant au matelot, lui demanda quand la goĂlette arriverait au port. - AprĂšs-demain, dit-il, si le vent continue. - Je voudrais dĂ©jĂ voir Ajaccio, car ce navire m'excĂšde. Elle se leva, prit le bras de sa femme de chambre et fit quelques pas sur le tillac. Orso demeura immobile auprĂšs du gouvernail, ne sachant s'il devait se promener avec elle ou bien cesser une conversation qui paraissait l'importuner. - Belle fille, par le sang de la Madone! dit le matelot; si toutes les puces de mon lit lui ressemblaient, je ne me plaindrais pas d'en ĂÂȘtre mordu! Miss Lydia entendit peut-ĂÂȘtre cet Ă©loge naĂÂŻf de sa beautĂ© et s'en effaroucha, car elle descendit presque aussitĂÂŽt dans sa chambre. BientĂÂŽt aprĂšs Orso se retira de son cĂÂŽtĂ©. DĂšs qu'il eut quittĂ© le tillac, la femme de chambre remonta, et, aprĂšs avoir fait subir un interrogatoire au matelot, rapporta les renseignements suivants Ă sa maĂtresse la ballata interrompue par la prĂ©sence d'Orso avait Ă©tĂ© composĂ©e Ă l'occasion de la mort du colonel della Rebbia, pĂšre du susdit, assassinĂ© il y avait deux ans. Le matelot ne doutait pas qu'Orso ne revĂnt en Corse pour faire la vengeance, c'Ă©tait son expression, et affirmait qu'avant peu on verrait de la viande fraĂche dans le village de Pietranera. Traduction faite de ce terme national, il rĂ©sultait que le seigneur Orso se proposait d'assassiner deux ou trois personnes soupçonnĂ©es d'avoir assassinĂ© son pĂšre, lesquelles, Ă la vĂ©ritĂ©, avaient Ă©tĂ© recherchĂ©es en justice pour ce fait, mais s'Ă©taient trouvĂ©es blanches comme neige, attendu qu'elles avaient dans leur manche juges, avocats, prĂ©fet et gendarmes. - Il n'y a pas de justice en Corse, ajoutait le matelot, et je fais plus de cas d'un bon fusil que d'un conseiller Ă la cour royale. Quand on a un ennemi, il faut choisir entre les trois S 1. - 1 Expression nationale, c'est-Ă -dire schioppetto, stiletto, strada, fusil, stylet, fuite. Ces renseignements intĂ©ressants changĂšrent d'une façon notable les maniĂšres et les dispositions de miss Lydia Ă l'Ă©gard du lieutenant della Rebbia. DĂšs ce moment il Ă©tait devenu un personnage aux yeux de la romanesque Anglaise. Maintenant cet air d'insouciance, ce ton de franchise et de bonne humeur, qui d'abord l'avaient prĂ©venue dĂ©favorablement, devenaient pour elle un mĂ©rite de plus, car c'Ă©tait la profonde dissimulation d'une ĂÂąme Ă©nergique, qui ne laisse percer Ă l'extĂ©rieur aucun des sentiments qu'elle renferme. Orso lui parut une espĂšce de Fiesque, cachant de vastes desseins sous une apparence de lĂ©gĂšretĂ©; et, quoiqu'il soit moins beau de tuer quelques coquins que de dĂ©livrer sa patrie, cependant une belle vengeance est belle; et d'ailleurs les femmes aiment assez qu'un hĂ©ros ne soit pas homme politique. Alors seulement miss Nevil remarqua que le jeune lieutenant avait de fort grands yeux, des dents blanches, une taille Ă©lĂ©gante, de l'Ă©ducation et quelque usage du monde. Elle lui parla souvent dans la journĂ©e suivante, et sa conversation l'intĂ©ressa. Il fut longuement questionnĂ© sur son pays, et il en parlait bien. La Corse, qu'il avait quittĂ©e fort jeune, d'abord pour aller au collĂšge, puis Ă l'Ă©cole militaire, Ă©tait restĂ©e dans son esprit parĂ©e de couleurs poĂ©tiques. Il s'animait en parlant de ses montagnes, de ses forĂÂȘts, des coutumes originales de ses habitants. Comme on peut le penser, le mot de vengeance se prĂ©senta plus d'une fois dans ses rĂ©cits, car il est impossible de parler des Corses sans attaquer ou sans justifier leur passion proverbiale. Orso surprit un peu miss Nevil en condamnant d'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale les haines interminables de ses compatriotes. Chez les paysans, toutefois, il cherchait Ă les excuser, et prĂ©tendait que la vendetta est le duel des pauvres. Ă Cela est si vrai, disait-il, qu'on ne s'assassine qu'aprĂšs un dĂ©fi en rĂšgle. Ă Garde-toi, je me garde, Ă» telles sont les paroles sacramentelles qu'Ă©changent deux ennemis avant de se tendre des embuscades l'un Ă l'autre. Il y a plus d'assassinats chez nous, ajoutait-il, que partout ailleurs; mais jamais vous ne trouverez une cause ignoble Ă ces crimes. Nous avons, il est vrai, beaucoup de meurtriers, mais pas un voleur. Ă» Lorsqu'il prononçait les mots de vengeance et de meurtre, miss Lydia le regardait attentivement, mais sans dĂ©couvrir sur ses traits la moindre trace d'Ă©motion. Comme elle avait dĂ©cidĂ© qu'il avait la force d'ĂÂąme nĂ©cessaire pour se rendre impĂ©nĂ©trable Ă tous les yeux, les siens exceptĂ©s, bien entendu, elle continua de croire fermement que les mĂÂąnes du colonel della Rebbia n'attendraient pas longtemps la satisfaction qu'elles rĂ©clamaient. DĂ©jĂ la goĂlette Ă©tait en vue de la Corse. Le patron nommait les points principaux de la cĂÂŽte, et, bien qu'ils fussent tous parfaitement inconnus Ă miss Lydia, elle trouvait quelque plaisir Ă savoir leurs noms. Rien de plus ennuyeux qu'un paysage anonyme. Parfois la longue-vue du colonel faisait apercevoir quelque insulaire, vĂÂȘtu de drap brun, armĂ© d'un long fusil, montĂ© sur un petit cheval, et galopant sur des pentes rapides. Miss Lydia, dans chacun, croyait voir un bandit, ou bien un fils allant venger la mort de son pĂšre, mais Orso assurait que c'Ă©tait quelque paisible habitant du bourg voisin voyageant pour ses affaires; qu'il portait un fusil moins par nĂ©cessitĂ© que par galanterie, par mode, de mĂÂȘme qu'un dandy ne sort qu'avec une canne Ă©lĂ©gante. Bien qu'un fusil soit une arme moins noble et moins poĂ©tique qu'un stylet, miss Lydia trouvait que, pour un homme, cela Ă©tait plus Ă©lĂ©gant qu'une canne, et elle se rappelait que tous les hĂ©ros de lord Byron meurent d'une balle et non d'un classique poignard. AprĂšs trois jours de navigation, on se trouva devant les Sanguinaires, et le magnifique panorama du golfe d'Ajaccio se dĂ©veloppa aux yeux de nos voyageurs. C'est avec raison qu'on le compare Ă la baie de Naples; et au moment oĂÂč la goĂlette entrait dans le port, un maquis en feu, couvrant de fumĂ©e la Punta di Girato, rappelait le VĂ©suve et ajoutait Ă la ressemblance. Pour qu'elle fĂ»t complĂšte, il faudrait qu'une armĂ©e d'Attila vĂnt s'abattre sur les environs de Naples; car tout est mort et dĂ©sert autour d'Ajaccio. Au lieu de ces Ă©lĂ©gantes fabriques qu'on dĂ©couvre de tous cĂÂŽtĂ©s depuis Castellamare jusqu'au cap MisĂšne, on ne voit, autour du golfe d'Ajaccio, que de sombres maquis, et derriĂšre, des montagnes pelĂ©es. Pas une villa, pas une habitation. Seulement, çà et lĂ , sur les hauteurs autour de la ville, quelques constructions blanches se dĂ©tachent isolĂ©es sur un fond de verdure; ce sont des chapelles funĂ©raires, des tombeaux de famille. Tout, dans ce paysage, est d'une beautĂ© grave et triste. L'aspect de la ville, surtout Ă cette Ă©poque, augmentait encore l'impression causĂ©e par la solitude de ses alentours. Nul mouvement dans les rues, oĂÂč l'on ne rencontre qu'un petit nombre de figures oisives, et toujours les mĂÂȘmes. Point de femmes, sinon quelques paysannes qui viennent vendre leurs denrĂ©es. On n'entend point parler haut, rire, chanter, comme dans les villes italiennes. Quelquefois, Ă l'ombre d'un arbre de la promenade, une douzaine de paysans armĂ©s jouent aux cartes, ou regardent jouer. Ils ne crient pas, ne se disputent jamais; si le jeu s'anime, on entend alors des coups de pistolet, qui toujours prĂ©cĂšdent la menace. Le Corse est naturellement grave et silencieux. Le soir, quelques figures paraissent pour jouir de la fraĂcheur, mais les promeneurs du Cours sont presque tous des Ă©trangers. Les insulaires restent devant leurs portes; chacun semble aux aguets comme un faucon sur son nid. CHAPITRE IV. AprĂšs avoir visitĂ© la maison oĂÂč NapolĂ©on est nĂ©, aprĂšs s'ĂÂȘtre procurĂ© par des moyens plus ou moins catholiques un peu du papier de la tenture, miss Lydia, deux jours aprĂšs ĂÂȘtre dĂ©barquĂ©e en Corse, se sentit saisir d'une tristesse profonde, comme il doit arriver Ă tout Ă©tranger qui se trouve dans un pays dont les habitudes insociables semblent le condamner Ă un isolement complet. Elle regretta son coup de tĂÂȘte; mais partir sur-le-champ, c'eĂ»t Ă©tĂ© compromettre sa rĂ©putation de voyageuse intrĂ©pide; miss Lydia se rĂ©signa donc Ă prendre patience et Ă tuer le temps de son mieux. Dans cette gĂ©nĂ©reuse rĂ©solution, elle prĂ©para crayons et couleurs, esquissa des vues du golfe, et fit le portrait d'un paysan basanĂ©, qui vendait des melons, comme un maraĂcher du continent, mais qui avait une barbe blanche et l'air du plus fĂ©roce coquin qui se pĂ»t voir. Tout cela ne suffisant point Ă l'amuser, elle rĂ©solut de faire tourner la tĂÂȘte au descendant des caporaux, et la chose n'Ă©tait pas difficile, car, loin de se presser pour revoir son village, Orso semblait se plaire fort Ă Ajaccio, bien qu'il n'y vĂt personne. D'ailleurs miss Lydia s'Ă©tait proposĂ© une noble tĂÂąche, celle de civiliser cet ours des montagnes, et de le faire renoncer aux sinistres desseins qui le ramenaient dans son Ăle. Depuis qu'elle avait pris la peine de l'Ă©tudier, elle s'Ă©tait dit qu'il serait dommage de laisser ce jeune homme courir Ă sa perte, et que pour elle il serait glorieux de convertir un Corse. Les journĂ©es pour nos voyageurs se passaient comme il suit le matin, le colonel et Orso allaient Ă la chasse; miss Lydia dessinait ou Ă©crivait Ă ses amies, afin de pouvoir dater ses lettres d'Ajaccio; vers six heures, les hommes revenaient chargĂ©s de gibier; on dĂnait, miss Lydia chantait, le colonel s'endormait, et les jeunes gens demeuraient fort tard Ă causer. Je ne sais quelle formalitĂ© de passe-port avait obligĂ© le colonel Nevil Ă faire une visite au prĂ©fet; celui-ci, qui s'ennuyait fort, ainsi que lĂ plupart de ses collĂšgues, avait Ă©tĂ© ravi d'apprendre l'arrivĂ©e d'un Anglais, riche, homme du monde et pĂšre d'une jolie fille; aussi il l'avait parfaitement reçu et accablĂ© d'offres de services; de plus, fort peu de jours aprĂšs, il vint lui rendre sa visite. Le colonel, qui venait de sortir de table, Ă©tait confortablement Ă©tendu sur le sofa, tout prĂšs de s'endormir; sa fille chantait devant un piano dĂ©labrĂ©; Orso tournait les feuillets de son cahier de musique, et regardait les Ă©paules et les cheveux blonds de la virtuose. On annonça M. le prĂ©fet; le piano se tut, le colonel se leva, et prĂ©senta le prĂ©fet Ă sa fille - Je ne vous prĂ©sente pas monsieur della Rebbia, dit-il, car vous le connaissez sans doute? - Monsieur est le fils du colonel della Rebbia? demanda le prĂ©fet d'un air lĂ©gĂšrement embarrassĂ©. - Oui, monsieur, rĂ©pondit Orso. - J'ai eu l'honneur de connaĂtre monsieur votre pĂšre. Les lieux communs de conversation s'Ă©puisĂšrent bientĂÂŽt. MalgrĂ© lui, le colonel bĂÂąillait assez frĂ©quemment; en sa qualitĂ© de libĂ©ral, Orso ne voulait point parler Ă un satellite du pouvoir; Miss Lydia soutenait toute la conversation. De son cĂÂŽtĂ©, le prĂ©fet ne la laissait pas languir, et il Ă©tait Ă©vident qu'il avait un vif plaisir Ă parler de Paris et du monde Ă une femme qui connaissait toutes les notabilitĂ©s de la sociĂ©tĂ© europĂ©enne, De temps en temps, et tout en parlant, il observait Orso avec une curiositĂ© singuliĂšre. - C'est sur le continent que vous avez connu monsieur della Rebbia? demanda-t-il Ă miss Lydia. Miss Lydia rĂ©pondit avec quelque embarras qu'elle avait fait sa connaissance sur le navire qui les avait amenĂ©s en Corse. - C'est un jeune homme trĂšs comme il faut, dit le prĂ©fet Ă demi-voix. Et vous a-t-il dit, continua-t-il encore plus bas, dans quelle intention il revient en Corse? Miss Lydia prit son air majestueux - Je ne le lui ai point demandĂ©, dit-elle; vous pouvez l'interroger. Le prĂ©fet garda le silence; mais, un moment aprĂšs, entendant Orso adresser au colonel quelques mots en anglais - Vous avez beaucoup voyagĂ©, monsieur, dit-il, Ă ce qu'il parait. Vous devez avoir oubliĂ© la Corse... et ses coutumes. - Il est vrai, j'Ă©tais bien jeune quand je l'ai quittĂ©e. - Vous appartenez toujours Ă l'armĂ©e? - Je suis en demi-solde, monsieur. - Vous avez Ă©tĂ© trop longtemps dans l'armĂ©e française, pour ne pas devenir tout Ă fait Français, je n'en doute pas, monsieur. Il prononça ces derniers mots avec une emphase marquĂ©e. Ce n'est pas flatter prodigieusement les Corses, que leur rappeler qu'ils appartiennent Ă la grande nation. Ils veulent ĂÂȘtre un peuple Ă part, et cette prĂ©tention, ils la justifient assez bien pour qu'on la leur accorde. Orso, un peu piquĂ©, rĂ©pliqua - Pensez-vous, monsieur le prĂ©fet, qu'un Corse, pour ĂÂȘtre homme d'honneur, ait besoin de servir dans l'armĂ©e française? - Non, certes, dit le prĂ©fet, ce n'est nullement ma pensĂ©e je parle seulement de certaines coutumes de ce pays-ci, dont quelques-unes ne sont pas telles qu'un administrateur voudrait les voir. Il appuya sur ce mot de coutumes, et prit l'expression la plus grave que sa figure comportait. Bien tĂÂŽt aprĂšs, il se leva et sortit, emportant la promesse que miss Lydia irait voir sa femme Ă la prĂ©fecture. Quand il fut parti - Il fallait, dit miss Lydia, que j'allasse en Corse pour apprendre ce que c'est qu'un prĂ©fet. Celui-ci me paraĂt assez aimable. - Pour moi, dit Orso, je n'en saurais dire autant, et je le trouve bien singulier avec son air emphatique et mystĂ©rieux. Le colonel Ă©tait plus qu'assoupi; miss Lydia jeta un coup d'oeil de son cĂÂŽtĂ©, et baissant la voix - Et moi, je trouve, dit-elle, qu'il n'est pas si mystĂ©rieux que vous le prĂ©tendez, car je crois l'avoir compris. - Vous ĂÂȘtes, assurĂ©ment, bien perspicace, miss Nevil; et, si vous voyez quelque esprit dans ce qu'il vient de dire, il faut assurĂ©ment que vous l'y ayez mis. - C'est une phrase du marquis de Mascarille, monsieur della Rebbia, je crois; mais, ... voulez-vous que je vous donne une preuve de ma pĂ©nĂ©tration? Je suis un peu sorciĂšre, et je sais ce que pensent les gens que j'ai vus deux fois. - Mon Dieu! vous m'effrayez. Si vous saviez lire dans ma pensĂ©e, je ne sais si je devrais en ĂÂȘtre content ou affligĂ©... - Monsieur della Rebbia, continua miss Lydia en rougissant, nous ne nous connaissons que depuis quelques jours; mais en mer, et dans les pays barbares, - vous m'excuserez, je l'espĂšre, ... - dans les pays barbares, on devient ami plus vite que dans le monde... Ainsi ne vous Ă©tonnez pas si je vous parle en amie de choses un peu bien intimes, et dont peut-ĂÂȘtre un Ă©tranger ne devrait pas se mĂÂȘler. - Oh! ne dites pas ce mot-lĂ , miss Nevil; l'autre me plaisait bien mieux. - Eh bien! monsieur, je dois vous dire que, sans avoir cherchĂ© Ă savoir vos secrets, je me trouve les avoir appris en partie, et il y en a qui m'affligent. Je sais, monsieur, le malheur qui a frappĂ© votre famille; on m'a beaucoup parlĂ© du caractĂšre vindicatif de vos compatriotes et de leur maniĂšre de se venger... N'est-ce pas Ă cela que le prĂ©fet faisait allusion? - Miss Lydia peut-elle penser!... Et Orso devint pĂÂąle comme la mort. - Non, monsieur della Rebbia, dit-elle en l'interrompant; je sais que vous ĂÂȘtes un gentleman plein d'honneur. Vous m'avez dit vous-mĂÂȘme qu'il n'y avait plus dans votre pays que les gens du peuple qui connussent la vendette... qu'il vous plaĂt d'appeler une forme du duel... - Me croiriez-vous donc capable de devenir jamais un assassin? - Puisque je vous parle de cela, monsieur Orso, vous devez bien voir que je ne doute pas de vous, et si je vous ai parlĂ©, poursuivit-elle en baissant les yeux, c'est que j'ai compris que de retour dans votre pays, entourĂ© peut-ĂÂȘtre de prĂ©jugĂ©s barbares, vous seriez bien aise de savoir qu'il y a quelqu'un qui vous estime pour votre courage Ă leur rĂ©sister. - Allons, dit-elle en se levant, ne parlons plus de ces vilaines choses-lĂ elles me font mal Ă la tĂÂȘte, et d'ailleurs il est bien tard. Vous ne m'en voulez pas? Bonsoir, Ă l'anglaise. Et elle lui tendit la main. Orso la pressa d'un air grave et pĂ©nĂ©trĂ©. - Mademoiselle, dit-il, savez-vous qu'il y a des moments oĂÂč l'instinct du pays se rĂ©veille en moi. Quelquefois, lorsque je songe Ă mon pauvre pĂšre, ... alors d'affreuses idĂ©es m'obsĂšdent. GrĂÂące Ă vous, j'en suis Ă jamais dĂ©livrĂ©. Merci, merci! Il allait poursuivre; mais miss Lydia fit tomber une cuiller Ă thĂ©, et le bruit rĂ©veilla le colonel. - Della Rebbia, demain Ă cinq heures en chasse! Soyez exact. - Oui, mon colonel. CHAPITRE V. Le lendemain, un peu avant le retour des chasseurs, miss Nevil, revenant d'une promenade au bord de la mer, regagnait l'auberge avec sa femme de chambre, lorsqu'elle remarqua une jeune femme vĂÂȘtue de noir, montĂ©e sur un cheval de petite taille, mais vigoureux, qui entrait dans la ville. Elle Ă©tait suivie d'une espĂšce de paysan, Ă cheval aussi, en veste de drap brun trouĂ©e aux coudes, une gourde en bandouliĂšre, un pistolet pendant Ă la ceinture; Ă la main, un fusil, dont la crosse reposait dans une poche de cuir attachĂ©e Ă l'arçon de la selle; bref, en costume complet de brigand de mĂ©lodrame ou de bourgeois corse en voyage. La beautĂ© remarquable de la femme attira d'abord l'attention de miss Nevil. Elle paraissait avoir une vingtaine d'annĂ©es. Elle Ă©tait grande, blanche, les yeux bleu foncĂ©, la bouche rose, les dents comme de l'Ă©mail. Dans son expression on lisait Ă la fois l'orgueil, l'inquiĂ©tude et la tristesse. Sur la tĂÂȘte, elle portait ce voile de soie noire nommĂ© mezzaro, que les GĂ©nois ont introduit en Corse, et qui sied si bien aux femmes. De longues nattes de cheveux chĂÂątains lui formaient comme un turban autour de la tĂÂȘte. Son costume Ă©tait propre, mais de la plus grande simplicitĂ©. Miss Nevil eut tout le temps de la considĂ©rer, car la dame au mezzaro s'Ă©tait arrĂÂȘtĂ©e dans la rue Ă questionner quelqu'un avec beaucoup d'intĂ©rĂÂȘt, comme il semblait Ă l'expression de ses yeux; puis, sur la rĂ©ponse qui lui fut faite, elle donna un coup de houssine Ă sa monture, et, prenant le grand trot, ne s'arrĂÂȘta qu'Ă la porte de l'hĂÂŽtel oĂÂč logeaient sir Thomas Nevil et Orso. LĂ , aprĂšs avoir Ă©changĂ© quelques mots avec l'hĂÂŽte, la jeune femme sauta lestement Ă bas de son cheval et s'assit sur un banc de pierre Ă cĂÂŽtĂ© de la porte d'entrĂ©e, tandis que son Ă©cuyer conduisait les chevaux Ă l'Ă©curie. Miss Lydia passa avec son costume parisien devant l'Ă©trangĂšre sans qu'elle levĂÂąt les yeux. Un quart d'heure aprĂšs, ouvrant sa fenĂÂȘtre, elle vit encore la dame au mezzaro assise Ă la mĂÂȘme place et dans la mĂÂȘme attitude. BientĂÂŽt parurent le colonel et Orso, revenant de la chasse. Alors l'hĂÂŽte dit quelques mots Ă la demoiselle en deuil et lui dĂ©signa du doigt le jeune della Rebbia. Celle-ci rougit, se leva avec vivacitĂ©, fit quelques pas en avant, puis s'arrĂÂȘta immobile et comme interdite. Orso Ă©tait tout prĂšs d'elle, la considĂ©rant avec curiositĂ©. - Vous ĂÂȘtes, dit-elle d'une voix Ă©mue, Orso Antonio della Rebbia? Moi, je suis Colomba. - Colomba! s'Ă©cria Orso. Et, la prenant dans ses bras, il l'embrassa tendrement, ce qui Ă©tonna un peu le colonel et sa fille, car en Angleterre on ne s'embrasse pas dans la rue. - Mon frĂšre, dit Colomba, vous me pardonnerez si je suis venue sans votre ordre; mais j'ai appris par nos amis que vous Ă©tiez arrivĂ©, et c'Ă©tait pour moi une si grande consolation de vous voir... Orso l'embrassa encore puis, se tournant vers le colonel - C'est ma soeur, dit-il, que je n'aurais jamais reconnue si elle ne s'Ă©tait nommĂ©e. - Colomba, le colonel sir Thomas Nevil. - Colonel, vous voudrez bien m'excuser, mais je ne pourrai avoir l'honneur de dĂner avec vous aujourd'hui... Ma soeur... - Eh! oĂÂč diable voulez-vous dĂner, mon cher? s'Ă©cria le colonel; vous savez bien qu'il n'y a qu'un dĂner dans cette maudite auberge, et il est pour nous. Mademoiselle fera grand plaisir Ă ma fille de se joindre Ă nous. Colomba regarda son frĂšre, qui ne se fit pas trop prier, et tous ensemble entrĂšrent dans la plus grande piĂšce de l'auberge, qui servait au colonel de salon et de salle Ă manger. Mademoiselle della Rebbia, prĂ©sentĂ©e Ă miss Nevil, lui fit une profonde rĂ©vĂ©rence, mais ne dit pas une parole. On voyait qu'elle Ă©tait trĂšs effarouchĂ©e et que, pour la premiĂšre fois de sa vie peut-ĂÂȘtre, elle se trouvait en prĂ©sence d'Ă©trangers gens du monde. Cependant dans ses maniĂšres il n'y avait rien qui sentĂt la province. Chez elle l'Ă©trangetĂ© sauvait la gaucherie. Elle plut Ă miss Nevil par cela mĂÂȘme; et comme il n'y avait pas de chambre disponible dans l'hĂÂŽtel que le colonel et sa suite avaient envahi, miss Lydia poussa la condescendance ou la curiositĂ© jusqu'Ă offrir Ă mademoiselle della Rebbia de lui faire dresser un lit dans sa propre chambre. Colomba balbutia quelques mots de remerciement et s'empressa de suivre la femme de chambre de miss Nevil pour faire Ă sa toilette les petits arrangements que rend nĂ©cessaires un voyage Ă cheval par la poussiĂšre et le soleil. En rentrant dans le salon, elle s'arrĂÂȘta devant les fusils du colonel, que les chasseurs venaient de dĂ©poser dans un coin. - Les belles armes! dit-elle; sont-elles Ă vous? - Non, ce sont des fusils anglais au colonel. Ils sont aussi bons qu'ils sont beaux. - Je voudrais bien, dit Colomba, que vous en eussiez un semblable. - Il y en a certainement un dans ces trois-lĂ qui appartient Ă della Rebbia, s'Ă©cria le colonel. Il s'en sert trop bien. Aujourd'hui quatorze coups de fusil, quatorze piĂšces! AussitĂÂŽt s'Ă©tablit un combat de gĂ©nĂ©rositĂ©, dans lequel Orso fut vaincu, Ă la grande satisfaction de sa soeur, comme il Ă©tait facile de s'en apercevoir Ă l'expression de joie enfantine qui brilla tout d'un coup sur son visage, tout Ă l'heure si sĂ©rieux. - Choisissez, mon cher, disait le colonel. Orso refusait. - Eh bien! mademoiselle votre soeur choisira pour vous. Colomba ne se le fit pas dire deux fois elle prit le moins ornĂ© des fusils, mais c'Ă©tait un excellent Manton de gros calibre. - Celui-ci, dit-elle, doit bien porter la balle. Son frĂšre s'embarrassait dans ses remerciements lorsque le dĂner parut fort Ă propos pour le tirer d'affaire. Miss Lydia fut charmĂ©e de voir que Colomba, qui avait fait quelque rĂ©sistance pour se mettre Ă table, et qui n'avait cĂ©dĂ© que sur un regard de son frĂšre, faisait en bonne catholique le signe de la croix avant de manger. - Bon, se dit-elle, voilĂ qui est primitif. Et elle se promit de faire plus d'une observation intĂ©ressante sur ce jeune reprĂ©sentant des vieilles moeurs de la Corse. Pour Orso, il Ă©tait Ă©videmment un peu mal Ă son aise, par la crainte sans doute que sa soeur ne dĂt ou ne fĂt quelque chose qui sentĂt trop son village. Mais Colomba l'observait sans cesse et rĂ©glait tous ses mouvements sur ceux de son frĂšre. Quelquefois elle le considĂ©rait fixement avec une Ă©trange expression de tristesse; et alors, si les yeux d'Orso rencontraient les siens, il Ă©tait le premier Ă dĂ©tourner ses regards, comme s'il eĂ»t voulu se soustraire Ă une question que sa soeur lui adressait mentalement et qu'il comprenait trop bien. On parlait français, car le colonel s'exprimait fort mal on italien. Colomba entendait le français, et prononçait mĂÂȘme assez bien le peu de mots qu'elle Ă©tait forcĂ©e d'Ă©changer avec ses hĂÂŽtes. AprĂšs le dĂner, le colonel, qui avait remarquĂ© l'espĂšce de contrainte qui rĂ©gnait entre le frĂšre et la soeur, demanda avec sa franchise ordinaire Ă Orso s'il ne dĂ©sirait point causer seul avec mademoiselle Colomba, offrant dans ce cas de passer avec sa fille dans la piĂšce voisine. Mais Orso se hĂÂąta de le remercier et de dire qu'ils auraient bien le temps de causer Ă Pietranera. C'Ă©tait le nom du village oĂÂč il devait faire sa rĂ©sidence. Le colonel prit donc sa place accoutumĂ©e sur le sofa, et miss Nevil, aprĂšs avoir essayĂ© plusieurs sujets de conversation, dĂ©sespĂ©rant de faire parler la belle Colomba, pria Orso de lui lire un chant du Dante c'Ă©tait son poĂšte favori. Orso choisit le chant de l'Enfer oĂÂč se trouve l'Ă©pisode de Francesca da Rimini, et se mit Ă lire, accentuant de son mieux ces sublimes tercets, qui expriment si bien le danger de lire Ă deux un livre d'amour. Ă⏠mesure qu'il lisait, Colomba se rapprochait de la table, relevait la tĂÂȘte, qu'elle avait tenue baissĂ©e; ses prunelles dilatĂ©es brillaient d'un feu extraordinaire elle rougissait et pĂÂąlissait tour Ă tour, elle s'agitait convulsivement sur sa chaise. Admirable organisation italienne, qui, pour comprendre la poĂ©sie, n'a pas besoin qu'un pĂ©dant lui en dĂ©montre les beautĂ©s! Quand la lecture fut terminĂ©e - Que cela est beau! s'Ă©cria-t-elle. Qui a fait cela, mon frĂšre? Orso fut un peu dĂ©concertĂ©, et miss Lydia rĂ©pondit en souriant que c'Ă©tat un poĂšte florentin mort depuis plusieurs siĂšcles. - Je te ferai lire le Dante, dit Orso, quand nous serons Ă Pietranera. - Mon Dieu, que cela est beau! rĂ©pĂ©tait Colomba et elle dit trois ou quatre tercets qu'elle avait retenus, d'abord Ă voix basse, puis, s'animant, elle les dĂ©clama tout haut avec plus d'expression que son frĂšre n'en avait mis Ă les lire. Miss Lydia trĂšs Ă©tonnĂ©e - Vois paraissez aimer beaucoup la poĂ©sie, dit-elle. Que je vous envie le bonheur que vous aurez Ă lire le Dante comme un livre nouveau. - Vous voyez, miss Nevil, disait Orso, quel pouvoir ont les vers du Dante, pour Ă©mouvoir ainsi une petite sauvagesse qui ne sait que son Pater... Mais je me trompe; je me rappelle que Colomba est du mĂ©tier. Tout enfant, elle s'escrimait Ă faire des vers, et mon pĂšre m'Ă©crivait qu'elle Ă©tait la plus grande voceratrice de Pietranera et de deux lieues Ă la ronde. Colomba jeta un coup d'oeil suppliant Ă son frĂšre. Miss Nevil avait ouĂÂŻ parler des improvisatrices corses et mourait d'envie d'en entendre une. Aussi elle s'empressa de prier Colomba de lui donner un Ă©chantillon de son talent. Orso s'interposa alors, fort contrariĂ© de s'ĂÂȘtre si bien rappelĂ© les dispositions poĂ©tiques de sa soeur. Il eut beau jurer que rien n'Ă©tait plus plat qu'une ballata corse, protester que rĂ©citer des vers corses aprĂšs ceux du Dante, c'Ă©tait trahir son pays, il ne fit qu'irriter le caprice de miss Nevil, et se vit obligĂ© Ă la fin de dire Ă sa soeur - Eh bien! improvise quelque chose, mais que cela soit court. Colomba poussa un soupir, regarda attentivement pendant une minute le tapis de la table, puis les poutres du plafond; enfin, mettant la main sur ses yeux, comme ces oiseaux qui se rassurent et croient n'ĂÂȘtre point vus quand ils ne voient point eux-mĂÂȘmes, chanta, ou plutĂÂŽt dĂ©clama d'une voix mal assurĂ©e la serenata qu'on va lire. LA JEUNE FILLE ET LA PALOMBE Ă Dans la vallĂ©e, bien loin derriĂšre les montagnes, - le soleil n'y vient qu'une heure tous les jours; - il y a dans la vallĂ©e une maison sombre, - et l'herbe y croit sur le seuil. - Portes, fenĂÂȘtres sont toujours fermĂ©es. - Nulle fumĂ©e ne s'Ă©chappe du toit. - Mais Ă midi, lorsque vient le soleil, - une fenĂÂȘtre s'ouvre alors, - et l'orpheline s'assied, filant Ă son rouet - elle file et chante en travaillant - un chant de tristesse; - mais nul autre chant ne rĂ©pond au sien. - Un jour, un jour de printemps, - une palombe se posa sur un arbre voisin, - et entendit le chant de la jeune fille. - Jeune fille, dit-elle, tu ne pleures pas seule - un cruel Ă©pervier m'a ravi ma compagne. - Palombe, montre-moi l'Ă©pervier ravisseur; - fĂ»t-il aussi haut que les nuages, - je l'aurai bientĂÂŽt abattu en terre. - Mais moi, pauvre fille, qui me rendra mon frĂšre, - mon frĂšre maintenant en lointain pays? - Jeune fille, dis-moi oĂÂč est ton frĂšre, - et mes ailes me porteront prĂšs de lui. Ă» - VoilĂ une palombe bien Ă©levĂ©e! s'Ă©cria Orso en embrassant sa soeur avec une Ă©motion qui contrastait avec le ton de plaisanterie qu'il affectait. - Votre chanson est charmante, dit miss Lydia. Je veux que vous me l'Ă©criviez dans mon album. Je la traduirai en anglais et je la ferai mettre en musique. Le brave colonel, qui n'avait pas compris un mot, joignit ses compliments Ă ceux de sa fille. Puis il ajouta - Cette palombe dont vous parlez, mademoiselle, c'est cet oiseau que nous ayons mangĂ© aujourd'hui Ă la crapaudine? Miss Nevil apporta son album et ne fut pas peu surprise de voir l'improvisatrice Ă©crire sa chanson en mĂ©nageant le papier d'une façon singuliĂšre. Au lieu d'ĂÂȘtre en vedette, les vers se suivaient sur la mĂÂȘme ligne, tant que la largeur de la feuille le permettait, en sorte qu'ils ne convenaient plus Ă la dĂ©finition connue des compositions poĂ©tiques Ă De petites lignes, d'inĂ©gale longueur, avec une marge de chaque cĂÂŽtĂ©. Ă» Il y avait bien encore quelques observations Ă faire sur l'orthographe un peu capricieuse de mademoiselle Colomba, qui plus d'une fois, fit sourire miss Nevil, tandis que la vanitĂ© fraternelle d'Orso Ă©tait au supplice. L'heure de dormir Ă©tant arrivĂ©e, les deux jeunes filles se retirĂšrent dans leur chambre. LĂ , tandis que miss Lydia dĂ©tachait collier, boucles, bracelets, elle observa sa compagne qui retirait de sa robe quelque chose de long comme un busc, mais de forme bien diffĂ©rente pourtant. Colomba mit cela avec soin et presque furtivement sous son mezzaro dĂ©posĂ© sur une table; puis elle s'agenouilla et fit dĂ©votement sa priĂšre. Deux minutes aprĂšs, elle Ă©tait dans son lit. TrĂšs curieuse de son naturel et lente comme une Anglaise Ă se dĂ©shabiller, miss Lydia s'approcha de la table et, feignant de chercher une Ă©pingle, souleva le mezzaro et aperçut un stylet assez long, curieusement montĂ© en nacre et en argent; le travail en Ă©tait remarquable, et c'Ă©tait une arme ancienne et de grand prix pour un amateur. - Est-ce l'usage ici, dit miss Nevil en souriant, que les demoiselles portent ce petit instrument dans leur corset? - Il le faut bien, rĂ©pondit Colomba en soupirant. Il y a tant de mĂ©chantes gens! - Et auriez-vous vraiment le courage d'en donner un coup comme cela? Et miss Nevil, le stylet Ă la main, faisait le geste de frapper, comme on frappe au thĂ©ĂÂątre, de haut en bas. - Oui, si cela Ă©tait nĂ©cessaire, dit Colomba de sa voix douce et musicale, pour me dĂ©fendre ou dĂ©fendre mes amis... Mais ce n'est pas comme cela qu'il faut le tenir; vous pourriez vous blesser, si la personne que vous voulez frapper se retirait. Et se levant sur son sĂ©ant Tenez, c'est ainsi, en remontant le coup. Comme cela il est mortel, dit-on. Heureux les gens qui n'ont pas besoin de telles armes! Elle soupira, abandonna sa tĂÂȘte sur l'oreiller et ferma les yeux. On n'aurait pu voir une tĂÂȘte plus belle, plus noble, plus virginale. Phidias, pour sculpter sa Minerve, n'aurait pas dĂ©sirĂ© un autre modĂšle. CHAPITRE VI. C'est pour me conformer au prĂ©cepte d'Horace que je me suis lancĂ© d'abord in medias res. Maintenant que tout dort, et la belle Colomba, et le colonel et sa fille, je saisirai ce moment pour instruire mon lecteur de certaines particularitĂ©s qu'il ne doit pas ignorer, s'il veut pĂ©nĂ©trer davantage dans cette vĂ©ridique histoire. Il sait dĂ©jĂ que le colonel della Rebbia, pĂšre d'Orso, est mort assassinĂ©; or on n'est pas assassinĂ© en Corse, comme on l'est en France, par le premier Ă©chappĂ© des galĂšres qui ne trouve pas de meilleur moyen pour vous voler votre argenterie on est assassinĂ© par ses ennemis; mais le motif pour lequel on a des ennemis, il est souvent fort difficile de le dire. Bien des familles se haĂÂŻssent par vieille habitude, et la tradition de la cause originelle de leur haine s'est perdue complĂštement. La famille Ă laquelle appartenait le colonel della Rebbia haĂÂŻssait plusieurs autres familles, mais singuliĂšrement celle des Barricini; quelques-uns disaient que, dans le XVIe siĂšcle, un della Rebbia avait sĂ©duit une Barricini, et avait Ă©tĂ© poignardĂ© ensuite par un parent de la demoiselle outragĂ©e. Ă⏠la vĂ©ritĂ©, d'autres racontaient l'affaire diffĂ©remment, prĂ©tendant que c'Ă©tait une della Rebbia qui avait Ă©tĂ© sĂ©duite, et un Barricini poignardĂ©. Tant il y a que, pour me servir d'une expression consacrĂ©e, il y avait du sang entre les deux maisons. Toutefois, contre l'usage, ce meurtre n'en avait pas produit d'autres; c'est que les della Rebbia et les Barricini avaient Ă©tĂ© Ă©galement persĂ©cutĂ©s par le gouvernement gĂ©nois, et les jeunes gens s'Ă©tant expatriĂ©s, les deux familles furent privĂ©es, pendant plusieurs gĂ©nĂ©rations, de leurs reprĂ©sentants Ă©nergiques. Ă⏠la fin du siĂšcle dernier, un della Rebbia, officier au service de Naples, se trouvant dans un tripot, eut une querelle avec des militaires qui, entre autres injures, l'appelĂšrent chevrier corse; il mit l'Ă©pĂ©e Ă la main; mais, seul contre trois, il eĂ»t mal passĂ© son temps, si un Ă©tranger, qui jouait dans le mĂÂȘme lieu, ne se fĂ»t Ă©criĂ© Ă Je suis Corse aussi! Ă» et n'eĂ»t pris sa dĂ©fense. Cet, Ă©tranger Ă©tait un Barricini, qui d'ailleurs ne connaissait pas son compatriote. Lorsqu'on s'expliqua, de part et d'autre ce furent de grandes politesses et des serments d'amitiĂ© Ă©ternelle; car, sur le continent, les Corses se lient facilement; c'est tout le contraire dans leur Ăle. On le vit bien dans cette circonstance della Rebbia et Barricini furent amis intimes tant qu'ils demeurĂšrent en Italie; mais de retour en Corse, il ne se virent plus que rarement, bien qu'habitant tous les deux le mĂÂȘme village, et quand ils moururent, on disait qu'il y avait bien cinq ou six ans qu'ils ne s'Ă©taient parlĂ©. Leurs fils vĂ©curent de mĂÂȘme en Ă©tiquette, comme on dit dans l'Ăle. L'un Ghilfuccio, le pĂšre d'Orso, fut militaire; l'autre, Giudice Barricini, fut avocat. Devenus l'un et l'autre chefs de famille, et sĂ©parĂ©s par leur profession, ils n'eurent presque aucune occasion de se voir ou d'entendre parler l'un de l'autre. Cependant, un jour, vers 1809, Giudice lisant Ă Bastia dans un journal, que le capitaine Ghilfuccio venait d'ĂÂȘtre dĂ©corĂ©, dit, devant tĂ©moins, qu'il n'en Ă©tait pas surpris, attendu que le gĂ©nĂ©ral *** protĂ©geait sa famille. Ce mot fut rapportĂ© Ă Ghilfuccio Ă Vienne, lequel dit Ă un compatriote qu'Ă son retour en Corse il trouverait Giudice bien riche, parce qu'il tirait plus d'argent de ses causes perdues que de celles qu'il gagnait. On n'a jamais su s'il insinuait par lĂ que l'avocat trahissait ses clients, ou s'il se bornait Ă Ă©mettre cette vĂ©ritĂ© triviale, qu'une mauvaise affaire rapporte plus Ă un homme de loi qu'une bonne cause. Quoi qu'il en soit, l'avocat Barricini eut connaissance de l'Ă©pigramme et ne l'oublia pas. En 1812, il demandait Ă ĂÂȘtre nommĂ© maire de sa commune et avait tout espoir de le devenir, lorsque le gĂ©nĂ©ral *** Ă©crivit au prĂ©fet pour lui recommander un parent de la femme de Ghilfuccio. Le prĂ©fet s'empressa de se conformer aux dĂ©sirs du gĂ©nĂ©ral, et Barricini ne douta point qu'il ne dĂ»t sa dĂ©convenue aux intrigues de Ghilfuccio. AprĂšs la chute de l'empereur, en 1814, le protĂ©gĂ© du gĂ©nĂ©ral fut dĂ©noncĂ© comme bonapartiste, et remplacĂ© par Barricini. Ă⏠son tour, ce dernier fut destituĂ© dans les Cent Jours; mais, aprĂšs cette tempĂÂȘte, il reprit en grande pompe possession du cachet de la mairie et des registres de l'Ă©tat civil. De ce moment son Ă©toile devint plus brillante que jamais. Le colonel della Rebbia, mis en demi-solde et retirĂ© Ă Pietranera, eut Ă soutenir contre lui une guerre sourde de chicanes sans cesse renouvelĂ©es tantĂÂŽt il Ă©tait assignĂ© en rĂ©paration de dommages commis par son cheval dans les clĂÂŽtures de M. le maire; tantĂÂŽt celui-ci, sous prĂ©texte de restaurer le pavĂ© de l'Ă©glise, faisait enlever une dalle brisĂ©e qui portait les armes des della Rebbia, et qui couvrait le tombeau d'un membre de cette famille. Si les chĂšvres mangeaient les jeunes plants du colonel, les propriĂ©taires de ces animaux trouvaient protection auprĂšs du maire; successivement, l'Ă©picier qui tenait le bureau de poste de Pietranera, et le garde champĂÂȘtre, vieux soldat mutilĂ©, tous les deux clients des della Rebbia, furent destituĂ©s et remplacĂ©s par des crĂ©atures des Barricini. La femme du colonel mourut exprimant le dĂ©sir d'ĂÂȘtre enterrĂ©e au milieu d'un petit bois oĂÂč elle aimait Ă se promener; aussitĂÂŽt le maire dĂ©clara qu'elle serait inhumĂ©e dans le cimetiĂšre de la commune, attendu qu'il n'avait pas reçu d'autorisation pour permettre une sĂ©pulture isolĂ©e. Le colonel furieux dĂ©clara qu'en attendant cette autorisation, sa femme serait enterrĂ©e au lieu qu'elle avait choisi, et il y fit creuser une fosse. De son cĂÂŽtĂ©, le maire en fit faire une dans le cimetiĂšre, et manda la gendarmerie, afin, disait-il, que force restĂÂąt Ă la loi. Le jour de l'enterrement, les deux partis se trouvĂšrent en prĂ©sence, et l'on put craindre un moment qu'un combat ne s'engageĂÂąt pour la possession des restes de madame della Rebbia. Une quarantaine de paysans bien armĂ©s, amenĂ©s par les parents de la dĂ©funte, obligĂšrent le curĂ©, en sortant de l'Ă©glise, Ă prendre le chemin du bois; d'autre part, le maire avec ses deux fils, ses clients et les gendarmes, se prĂ©senta pour faire opposition. Lorsqu'il parut et somma le convoi de rĂ©trograder, il fut accueilli par des huĂ©es et des menaces; l'avantage du nombre Ă©tait pour ses adversaires, et ils semblaient dĂ©terminĂ©s. Ă⏠sa vue plusieurs fusils furent armĂ©s; on dit mĂÂȘme qu'un berger le coucha en joue; mais le colonel releva le fusil en disant Ă Que personne ne tire sans mon ordre! Ă» Le maire Ă craignait les coups naturellement Ă», comme Panurge, et, refusant la bataille, il se retira avec son escorte alors la procession funĂšbre se mit en marche, en ayant soin de prendre le plus long, afin de passer devant la mairie. En dĂ©filant, un idiot, qui s'Ă©tait joint au cortĂšge, s'avisa de crier vive l'Empereur! Deux ou trois voix lui rĂ©pondirent, et les rebbianistes, s'animant de plus en plus, proposĂšrent de tuer un boeuf du maire, qui, d'aventure, leur barrait le chemin. Heureusement le colonel empĂÂȘcha cette violence. On pense bien qu'un procĂšs-verbal fut dressĂ©, et que le maire fit au prĂ©fet un rapport de son style le plus sublime, dans lequel il peignait les lois divines et humaines foulĂ©es aux pieds, - la majestĂ© de lui, maire, celle du curĂ©, mĂ©connues et insultĂ©es, - le colonel della Rebbia se mettant Ă la tĂÂȘte d'un complot buonapartiste pour changer l'ordre de successibilitĂ© au trĂÂŽne, et exciter les citoyens Ă s'armer les uns contre les autres, crimes prĂ©vus par les articles 86 et 91 du Code pĂ©nal. L'exagĂ©ration de cette plainte nuisit Ă son effet. Le colonel Ă©crivit au prĂ©fet, au procureur du roi un parent de sa femme Ă©tait alliĂ© Ă un des dĂ©putĂ©s de l'Ăle, un autre cousin du prĂ©sident de la cour royale. GrĂÂące Ă ces protections, le complot s'Ă©vanouit, madame della Rebbia resta dans le bois, et l'idiot seul fut condamnĂ© Ă quinze jours de prison. L'avocat Barricini, mal satisfait du rĂ©sultat de cette affaire, tourna ses batteries d'un autre cĂÂŽtĂ©. Il exhuma un vieux titre, d'aprĂšs lequel il entreprit de contester au colonel la propriĂ©tĂ© d'un certain cours d'eau qui faisait tourner un moulin. Un procĂšs s'engagea qui dura longtemps. Au bout d'une annĂ©e, la cour allait rendre son arrĂÂȘt, et suivant toute apparence en faveur du colonel, lorsque M. Barricini dĂ©posa entre les mains du procureur du roi une lettre signĂ©e par un certain Agostini, bandit cĂ©lĂšbre, qui le menaçait, lui maire, d'incendie et de mort s'il ne se dĂ©sistait de ses prĂ©tentions. On sait qu'en Corse la protection des bandits est trĂšs recherchĂ©e, et que pour obliger leurs amis ils interviennent frĂ©quemment dans les querelles particuliĂšres. Le maire tirait parti de cette lettre, lorsqu'un nouvel incident vint compliquer l'affaire. Le bandit Agostini Ă©crivit au procureur du roi pour se plaindre qu'on eĂ»t contrefait son Ă©criture, et jetĂ© des doutes sur son caractĂšre, en le faisant passer pour un homme qui trafiquait de son influence Ă Si je dĂ©couvre le faussaire, disait-il en terminant sa lettre, je le punirai exemplairement. Ă» Il Ă©tait clair qu'Agostini n'avait point Ă©crit la lettre menaçante au maire; les della Rebbia en accusaient les Barricini et vice versa. De part et d'autre on Ă©clatait en menaces, et la justice ne savait de quel cĂÂŽtĂ© trouver les coupables. Sur ces entrefaites, le colonel Ghilfuccio fut assassinĂ©. Voici les faits tels qu'ils furent Ă©tablis en justice Le 2 aoĂ»t 18.., le jour tombant dĂ©jĂ , la femme Madeleine Pietri, qui portait du grain Ă Pietranera, entendit deux coups de feu trĂšs rapprochĂ©s, tirĂ©s, comme il lui semblait, dans un chemin creux menant au village, Ă environ cent cinquante pas de l'endroit oĂÂč elle se trouvait. Presque aussitĂÂŽt elle vit un homme qui courait en se baissant, dans un sentier des vignes, et se dirigeait vers le village. Cet homme s'arrĂÂȘta un instant et se retourna; mais la distance empĂÂȘcha la femme Pietri de distinguer ses traits, et d'ailleurs il avait Ă la bouche une feuille de vigne qui lui cachait presque tout le visage. Il fit de la main un signe Ă un camarade que le tĂ©moin ne vit pas, puis disparut dans les vignes. La femme Pietri, ayant laissĂ© son fardeau, monta le sentier en courant, et trouva le colonel della Rebbia baignĂ© dans son sang, percĂ© de deux coups de feu, mais respirant encore. PrĂšs de lui Ă©tait son fusil chargĂ© et armĂ©, comme s'il s'Ă©tait mis en dĂ©fense contre une personne qui l'attaquait en face au moment oĂÂč une autre le frappait par derriĂšre. Il rĂÂąlait et se dĂ©battait contre la mort, mais ne pouvait prononcer une parole, ce que les mĂ©decins expliquĂšrent par la nature de ses blessures qui avaient traversĂ© le poumon. Le sang l'Ă©touffait; il coulait lentement et comme une mousse rouge. En vain la femme Pietri le souleva et lui adressa quelques questions. Elle voyait bien qu'il voulait parler, mais il ne pouvait se faire comprendre. Ayant remarquĂ© qu'il essayait de porter la main Ă sa poche, elle s'empressa d'on retirer un petit portefeuille qu'elle lui prĂ©senta ouvert. Le blessĂ© prit le crayon du portefeuille et chercha Ă Ă©crire. De fait le tĂ©moin le vit former avec peine plusieurs caractĂšres; mais, ne sachant pas lire, elle ne put en comprendre le sens. Ăâ°puisĂ© par cet effort, le colonel laissa le portefeuille dans la main de la femme Pietri, qu'il serra avec force en la regardant d'un air singulier, comme s'il voulait lui dire, ce sont les paroles du tĂ©moin Ă C'est important, c'est le nom de mon assassin! Ă» La femme Pietri montait au village lorsqu'elle rencontra M. le maire Barricini avec son fils Vincentello. Alors il Ă©tait presque nuit. Elle conta ce qu'elle avait vu. M. le maire prit le portefeuille, et courut Ă la mairie ceindre son Ă©charpe et appeler son secrĂ©taire et la gendarmerie. RestĂ©e seule avec le jeune Vincentello, Madeleine Pietri lui proposa d'aller porter secours au colonel, dans le cas oĂÂč il serait encore vivant; mais Vincentello rĂ©pondit que, s'il approchait d'un homme qui avait Ă©tĂ© l'ennemi acharnĂ© de sa famille, on ne manquerait pas de l'accuser de l'avoir tuĂ©. Peu aprĂšs le maire arriva, trouva le colonel mort, fit enlever le cadavre, et dressa procĂšs-verbal. MalgrĂ© son trouble, naturel dans cette occasion, M. Barricini s'Ă©tait empressĂ© de mettre sous les scellĂ©s le portefeuille du colonel, et de faire toutes les recherches en son pouvoir; mais aucune n'amena de dĂ©couverte importante. Lorsque vint le juge d'instruction, on ouvrit le portefeuille, et sur une page souillĂ©e de sang on vit quelques lettres tracĂ©es par une main dĂ©faillante, bien lisibles pourtant. Il y avait Ă©crit Agosti..., et le juge ne douta pas que le colonel n'eĂ»t voulu dĂ©signer Agostini comme son assassin. Cependant Colomba della Rebbia, appelĂ©e par le juge, demanda Ă examiner le portefeuille. AprĂšs l'avoir longtemps feuilletĂ©. elle Ă©tendit la main vers le maire et Ă©cria Ă VoilĂ l'assassin! Ă» Alors. avec une prĂ©cision et une clartĂ© surprenantes dans le transport de douleur oĂÂč elle Ă©tait plongĂ©e, elle raconta que son pĂšre, ayant reçu peu de jours auparavant une lettre de son fils, l'avait brĂ»lĂ©e, mais qu'avant de le faire, il avait Ă©crit au crayon, sur son portefeuille. l'adresse d'Orso, qui venait de changer de garnison. Or cette adresse ne se trouvait plus dans le portefeuille, et Colomba concluait que le maire avait arrachĂ© le feuillet oĂÂč elle Ă©tait Ă©crite, qui aurait Ă©tĂ© celui-lĂ mĂÂȘme sur lequel son pĂšre avait tracĂ© le nom du meurtrier; et Ă ce nom, le maire, au dire de Colomba, aurait substituĂ© celui d'Agostini. Le juge vit en effet qu'un feuillet manquait an cahier de papier sur lequel le nom Ă©tait Ă©crit; mais bientĂÂŽt il remarqua que des feuillets manquaient Ă©galement dans les autres cahiers du mĂÂȘme portefeuille, et des tĂ©moins dĂ©clarĂšrent que le colonel avait l'habitude de dĂ©chirer ainsi des pages de son portefeuille lorsqu'il voulait allumer un cigare; rien de plus probable donc qu'il eĂ»t brĂ»lĂ© par mĂ©garde l'adresse qu'il avait copiĂ©e. En outre, on constata que le maire, aprĂšs avoir reçu le portefeuille de la femme Pietri, n'aurait pu lire Ă cause de l'obscuritĂ©; il fut prouvĂ© qu'il ne s'Ă©tait pas arrĂÂȘtĂ© un instant avant d'entrer Ă la mairie, que le brigadier de gendarmerie l'y avait accompagnĂ©, avait vu allumer une lampe, mettre le portefeuille dans une enveloppe et le cacheter sous ses yeux. Lorsque le brigadier eut terminĂ© sa dĂ©position, Colomba, hors d'elle-mĂÂȘme, se jeta Ă ses genoux et le supplia, par tout ce qu'il avait de plus sacrĂ©, de dĂ©clarer s'il n'avait pas laissĂ© le maire seul un instant. Le brigadier, aprĂšs quelque hĂ©sitation, visiblement Ă©mu par l'exaltation de la jeune fille, avoua qu'il Ă©tait allĂ© chercher dans une piĂšce voisine une feuille de grand papier, mais qu'il n'Ă©tait pas restĂ© une minute, et que le maire lui avait toujours parlĂ© tandis qu'il cherchait Ă tĂÂątons ce papier dans un tiroir. Au reste, il attestait qu'Ă son retour le portefeuille sanglant Ă©tait Ă la mĂÂȘme place, sur la table oĂÂč le maire l'avait jetĂ© en entrant. M. Barricini dĂ©posa avec le plus grand calme. Il excusait, disait-il, l'emportement de mademoiselle della Rebbia, et voulait bien condescendre Ă se justifier. Il prouva qu'il Ă©tait restĂ© toute la soirĂ©e au village; que son fils Vincentello Ă©tait avec lui devant la mairie au moment du crime; enfin que son fils Orlanduccio, pris de la fiĂšvre ce jour-lĂ mĂÂȘme, n'avait pas bougĂ© de son lit. Il produisit tous les fusils de sa maison, dont aucun n'avait fait feu rĂ©cemment. Il ajouta qu'Ă l'Ă©gard du portefeuille il en avait tout de suite compris l'importance; qu'il l'avait mis sous le scellĂ© et l'avait dĂ©posĂ© entre les mains de son adjoint, prĂ©voyant qu'en raison de son inimitiĂ© avec le colonel il pourrait ĂÂȘtre soupçonnĂ©. Enfin il rappela qu'Agostini avait menacĂ© de mort celui qui avait Ă©crit une lettre en son nom, et insinua que ce misĂ©rable, ayant probablement soupçonnĂ© le colonel, l'avait assassinĂ©. Dans les moeurs des bandits, une pareille vengeance pour un motif analogue n'est pas sans exemple. Cinq jours aprĂšs la mort du colonel della Rebbia, Agostini, surpris par un dĂ©tachement de voltigeurs, fut tuĂ©, se battant en dĂ©sespĂ©rĂ©. On trouva sur lui une lettre de Colomba qui l'adjurait de dĂ©clarer s'il Ă©tait ou non coupable du meurtre qu'on lui imputait. Le bandit n'ayant point fait de rĂ©ponse, on en conclut assez gĂ©nĂ©ralement qu'il n'avait pas eu le courage de dire Ă une fille qu'il avait tuĂ© son pĂšre. Toutefois, les personnes qui prĂ©tendaient connaĂtre bien le caractĂšre d'Agostini, disaient tout bas que, s'il eĂ»t tuĂ© le colonel, il s'en serait vantĂ©. Un autre bandit, connu sous le nom de Brandolaccio, remit Ă Colomba une dĂ©claration dans laquelle il attestait sur l'honneur l'innocence de son camarade; mais la seule preuve qu'il allĂ©guait, c'Ă©tait qu'Agostini ne lui avait jamais dit qu'il soupçonnĂÂąt le colonel. Conclusion, les Barricini ne furent pas inquiĂ©tĂ©s; le juge d'instruction combla le maire d'Ă©loges et celui-ci couronna sa belle conduite en se dĂ©sistant de toutes ses prĂ©tentions sur le ruisseau pour lequel il Ă©tait en procĂšs avec le colonel della Rebbia. Colomba improvisa, suivant l'usage du pays, une ballata devant le cadavre de son pĂšre, en prĂ©sence de ses amis assemblĂ©s. Elle y exhala toute sa haine contre les Barricini et les accusa formellement de l'assassinat, les menaçant aussi de la vengeance de son frĂšre. C'Ă©tait cette ballata, devenue trĂšs populaire, que le matelot chantait devant miss Lydia. En apprenant la mort de son pĂšre, Orso, alors dans le nord de la France, demanda un congĂ©, mais ne put l'obtenir. D'abord, sur une lettre de sa soeur, il avait cru les Barricini coupables, mais bientĂÂŽt il reçut copie de toutes les piĂšces de l'instruction, et une lettre particuliĂšre du juge lui donna Ă peu prĂšs la conviction que le bandit Agostini Ă©tait le seul coupable. Une fois tous les trois mois Colomba lui Ă©crivait pour lui rĂ©pĂ©ter ses soupçons, qu'elle appelait des preuves. MalgrĂ© lui, ces accusations faisaient bouillonner son sang corse, et parfois il n'Ă©tait pas Ă©loignĂ© de partager les prĂ©jugĂ©s de sa soeur. Cependant, toutes les fois qu'il lui Ă©crivait, il lui rĂ©pĂ©tait que ses allĂ©gations n'avaient aucun fondement solide et ne mĂ©ritaient aucune crĂ©ance. Il lui dĂ©fendait mĂÂȘme, mais toujours en vain, de lui en parler davantage. Deux annĂ©es se passĂšrent de la sorte, au bout desquelles il fut mis en demi-solde, et alors il pensa Ă revoir son pays, non point pour se venger sur des gens qu'il croyait innocents, mais pour marier sa soeur et vendre ses petites propriĂ©tĂ©s, si elles avaient assez de valeur pour lui permettre de vivre sur le continent. CHAPITRE VII. Soit que l'arrivĂ©e de sa soeur eĂ»t rappelĂ© Ă Orso avec plus de force le souvenir du toit paternel, soit qu'il souffrĂt un peu devant ses amis civilisĂ©s du costume et des maniĂšres sauvages de Colomba, il annonça dĂšs le lendemain le projet de quitter Ajaccio et de retourner Ă Pietranera. Mais cependant il fit promettre au colonel de venir prendre un gĂte dans son humble manoir, lorsqu'il se rendrait Ă Bastia, et en revanche il s'engagea Ă lui faire tirer daims, faisans, sangliers et le reste. La veille de son dĂ©part, au lieu d'aller Ă la chasse, Orso proposa une promenade au bord du golfe. Donnant le bras Ă miss Lydia, il pouvait causer en toute libertĂ©, car Colomba Ă©tait restĂ©e Ă la ville pour faire ses emplettes, et le colonel les quittait Ă chaque instant pour tirer des goĂ©lands et des fous, Ă la grande surprise des passants qui ne comprenaient pas qu'on perdĂt sa poudre pour un pareil gibier. Ils suivaient le chemin qui mĂšne Ă la chapelle des Grecs, d'oĂÂč l'on a la plus belle vue de la baie; mais ils n'y faisaient aucune attention. - Miss Lydia... dit Orso aprĂšs un silence assez long pour ĂÂȘtre devenu embarrassant; franchement, que pensez-vous de ma soeur? - Elle me plaĂt beaucoup, rĂ©pondit miss Nevil. Plus que vous, ajouta-t-elle en souriant, car elle est vraiment Corse, et vous ĂÂȘtes un sauvage trop civilisĂ©. - Trop civilisĂ©!... Eh bien! malgrĂ© moi, je me sens redevenir sauvage depuis que j'ai mis le pied dans cette Ăle. Mille affreuses pensĂ©es m'agitent, me tourmentent, ... et j'avais besoin de causer un peu avec vous avant de m'enfoncer dans mon dĂ©sert. - Il faut avoir du courage, monsieur; voyez la rĂ©signation de votre soeur, elle vous donne l'exemple. - Ah! dĂ©trompez-vous. Ne croyez pas Ă sa rĂ©signation. Elle ne m'a pas dit un seul mot encore, mais dans chacun de ses regards j'ai lu ce qu'elle attend de moi. - Que veut-elle de vous enfin? - Oh! rien... seulement que j'essaye si le fusil de monsieur votre pĂšre est aussi bon pour l'homme que pour la perdrix. - Quelle idĂ©e ! Et vous pouvez supposer cela! quand vous venez d'avouer qu'elle ne vous a encore rien dit. Mais c'est affreux de votre part. - Si elle ne pensait pas Ă la vengeance, elle m'aurait tout d'abord parlĂ© de notre pĂšre; elle n'en a rien fait. Elle aurait prononcĂ© le nom de ceux qu'elle regarde... Ă tort, je le sais, comme ses meurtriers. Eh bien! non, pas un mot. C'est que, voyez-vous, nous autres Corses, nous sommes une race rusĂ©e. Ma soeur comprend qu'elle ne me tient pas complĂštement en sa puissance, et ne veut pas m'effrayer, lorsque je puis m'Ă©chapper encore. Une fois qu'elle m'aura conduit au bord du prĂ©cipice, lorsque la tĂÂȘte me tournera, elle me poussera dans l'abĂme. Alors Orso donna Ă miss Nevil quelques dĂ©tails sur la mort de son pĂšre, et rapporta les principales preuves qui se rĂ©unissaient pour lui faire regarder Agostini comme le meurtrier. - Rien, ajouta-t-il, n'a pu convaincre Colomba. Je l'ai vu par sa derniĂšre lettre. Elle a jurĂ© la mort des Barricini; et... miss Nevil, voyez quelle confiance j'ai en vous... peut-ĂÂȘtre ne seraient-ils plus de ce monde, si, par un de ces prĂ©jugĂ©s qu'excuse son Ă©ducation sauvage, elle ne se persuadait que l'exĂ©cution de la vengeance m'appartient en ma qualitĂ© de chef de famille, et que mon honneur y est engagĂ©. - En vĂ©ritĂ©, monsieur della Rebbia, dit miss Nevil, vous calomniez votre soeur. - Non, vous l'avez dit vous-mĂÂȘme, ... elle est Corse, ... elle pense ce qu'ils pensent tous. Savez-vous pourquoi j'Ă©tais si triste hier? - Non, mais depuis quelque temps vous ĂÂȘtes sujet Ă ces accĂšs d'humeur noire... Vous Ă©tiez plus aimable aux premiers jours de notre connaissance. - Hier, au contraire, j'Ă©tais plus gai, plus heureux qu'Ă l'ordinaire. Je vous avais vue si bonne, si indulgente pour ma soeur! ... Nous revenions, le colonel et moi, en bateau. Savez-vous ce que me dit un des bateliers dans son infernal patois Ă Vous avez tuĂ© bien du gibier, Ors' Anton', mais vous trouverez Orlanduccio Barricini plus grand chasseur que vous. Ă» - Eh bien! quoi de si terrible dans ces paroles? Avez-vous donc tant de prĂ©tentions Ă ĂÂȘtre un adroit chasseur? - Mais vous ne voyez pas que ce misĂ©rable disait que je n'aurais pas le courage de tuer Orlanduccio? - Savez-vous, monsieur della Rebbia, que vous me faites peur. Il paraĂt que l'air de votre Ăle ne donne pas seulement la fiĂšvre, mais qu'il rend fou. Heureusement que nous allons bientĂÂŽt la quitter. - Pas avant d'avoir Ă©tĂ© Ă Pietranera. Vous l'avez promis Ă ma soeur. - Et si nous manquons Ă cette promesse, nous devrions sans doute nous attendre Ă quelque vengeance? - Vous rappelez-vous ce que nous contait l'autre jour monsieur votre pĂšre de ces Indiens qui menacent les gouverneurs de la Compagnie de se laisser mourir de faim s'ils ne font droit Ă leurs requĂÂȘtes? - C'est-Ă -dire que vous vous laisseriez mourir de faim? J'en doute. Vous resteriez un jour sans manger, et puis mademoiselle Colomba vous apporterait un bruccio 1 si appĂ©tissant que vous renonceriez Ă votre projet. - 1 EspĂšce de fromage Ă la crĂšme cuit. C'est un mets national en Corse. - Vous ĂÂȘtes cruelle dans vos railleries, miss Nevil; vous devriez me mĂ©nager. Voyez, je suis seul ici. je n'avais que vous pour m'empĂÂȘcher de devenir fou, comme vous dites; vous Ă©tiez mon ange gardien, et maintenant... - Maintenant, dit miss Lydia d'un ton sĂ©rieux, vous avez, pour soutenir cette raison si facile Ă Ă©branler, votre honneur d'homme et de militaire et..., poursuit-elle en se dĂ©tournant pour cueillir une fleur, si cela peut quelque chose pour vous, le souvenir de votre ange gardien. - Ah! miss Nevil, si je pouvais penser que vous prenez rĂ©ellement quelque intĂ©rĂÂȘt... - Ăâ°coutez, monsieur della Rebbia, dit miss Nevil un peu Ă©mue, puisque vous ĂÂȘtes un enfant, je vous traiterai en enfant. Lorsque j'Ă©tais petite fille, mĂšre me donna un beau collier que je dĂ©sirais ardemment; mais elle me dit Ă Chaque fois que tu mettras ce collier, souviens-toi que tu ne sais pas encore le français. Ă» Le collier perdit Ă mes yeux un peu de son mĂ©rite. Il Ă©tait devenu pour moi comme un remords; mais je le portai, et je sus le français. Voyez-vous cette bague? c'est un scarabĂ©e Ă©gyptien trouvĂ©, s'il vous plaĂt, dans une pyramide. Cette figure bizarre, que vous prenez peut-ĂÂȘtre pour une bouteille, cela veut dire la vie humaine. Il y a dans mon pays des gens qui trouveraient l'hiĂ©roglyphe trĂšs bien appropriĂ©. Celui-ci, qui vient aprĂšs, c'est un bouclier avec un bras tenant une lance cela veut dire combat, bataille. Donc la rĂ©union des deux caractĂšres forme cette devise, que je trouve assez belle La vie est un combat. Ne vous avisez pas de croire que je traduis les hiĂ©roglyphes couramment c'est un savant en us qui m'a expliquĂ© ceux-lĂ . Tenez, je vous donne mon scarabĂ©e. Quand vous aurez quelque mauvaise pensĂ©e corse, regardez mon talisman et dites-vous qu'il faut sortir vainqueur de la bataille que nous livrent les mauvaises passions. - Mais, en vĂ©ritĂ©, je ne prĂÂȘche pas mal. - Je penserai Ă vous, miss Nevil, et je me dirai... - Dites-vous ne vous avez une amie qui serait dĂ©solĂ©e... de... vous savoir pendu. Cela ferait d'ailleurs trop de peine Ă messieurs les caporaux vos ancĂÂȘtres. Ă⏠ces mots, elle quitta en riant le bras d'Orso, et, courant vers son pĂšre - Papa, dit-elle, laissez lĂ ces pauvres oiseaux, et venez avec nous faire de la poĂ©sie dans la grotte de NapolĂ©on. CHAPITRE VIII. Il y a toujours quelque chose de solennel dans un dĂ©part, mĂÂȘme quand on se quitte pour peu de temps. Orso devait partir avec sa soeur de trĂšs bon matin, et la veille au soir il avait pris congĂ© dĂ© miss Lydia, car il n'espĂ©rait pas qu'en sa faveur elle fĂt exception Ă ses habitudes de paresse. Leurs adieux avaient Ă©tĂ© froids et graves. Depuis leur conversation au bord de la mer, miss Lydia craignait d'avoir montrĂ© Ă Orso un intĂ©rĂÂȘt peut-ĂÂȘtre trop vif, et Orso, de son cĂÂŽtĂ©, avait sur le coeur ses railleries et surtout son ton de lĂ©gĂšretĂ©. Un moment il avait cru dĂ©mĂÂȘler dans les maniĂšres de la jeune Anglaise un sentiment d'affection naissante; maintenant, dĂ©concertĂ© par ses plaisanteries, il se disait qu'il n'Ă©tait Ă ses yeux qu'une simple connaissance, qui bientĂÂŽt serait oubliĂ©e. Grande fut donc sa surprise lorsque le matin, assis Ă prendre du cafĂ© avec le colonel, il vit entrer miss Lydia suivie de sa soeur. Elle s'Ă©tait levĂ©e Ă cinq heures, et, pour une Anglaise, pour miss Nevil surtout, l'effort Ă©tait assez grand pour qu'il en tirĂÂąt quelque vanitĂ©. - Je suis dĂ©solĂ© que vous vous soyez dĂ©rangĂ©e si matin, dit Orso. C'est ma soeur sans doute qui vous aura rĂ©veillĂ©e malgrĂ© mes recommandations, et vous devez bien nous maudire. Vous me souhaitez dĂ©jĂ pendu peut-ĂÂȘtre? - Non, dit miss Lydia fort bas et en italien, Ă©videmment pour que son pĂšre ne l'entendit pas. Mais vous m'avez boudĂ©e hier pour mes innocentes plaisanteries, et je ne voulais pas vous laisser emporter un souvenir mauvais de votre servante. Quelles terribles gens vous ĂÂȘtes, vous autres Corses! Adieu donc; Ă bientĂÂŽt, j'espĂšre. Et elle lui tendit la main. Orso ne trouva qu'un soupir pour rĂ©ponse. Colomba s'approcha de lui, le mena dans l'embrasure d'une fenĂÂȘtre, et, en lui montrant quelque chose qu'elle tenait sous son mezzaro, lui parla un moment Ă voix basse. - Ma soeur, dit Orso Ă miss Nevil, veut vous faire un singulier cadeau, mademoiselle; mais nous autres Corses, nous n'avons pas grand'chose Ă donner..., exceptĂ© notre affection..., que le temps n'efface pas. Ma soeur me dit que vous avez regardĂ© avec curiositĂ© ce stylet. C'est une antiquitĂ© dans la famille. Probablement il pendait autrefois Ă la ceinture d'un de ces caporaux Ă qui je dois le bonheur de votre connaissance. Colomba le croit si prĂ©cieux qu'elle m'a demandĂ© ma permission pour vous le donner, et moi je ne sais trop si je dois l'accorder, car j'ai peur que vous ne vous moquiez de nous. - Ce stylet est charmant, dit miss Lydia; mais c'est une arme de famille; je ne puis l'accepter. - Ce n'est pas le stylet de mon pĂšre, s'Ă©cria vivement Colomba. Il a Ă©tĂ© donnĂ© Ă un des grands-parents de ma mĂšre par le roi ThĂ©odore. Si mademoiselle l'accepte, elle nous fera bien plaisir. - Voyez, miss Lydia, dit Orso, ne dĂ©daignez pas le stylet d'un roi. Pour un amateur, les reliques du roi ThĂ©odore sont infiniment plus prĂ©cieuses que celles du plus puissant monarque. La tentation Ă©tait forte, et miss Lydia voyait dĂ©jĂ l'effet que produirait cette arme posĂ©e sur une table en laque dans son appartement de Saint-James's-Place. - Mais, dit-elle en prenant le stylet avec l'hĂ©sitation de quelqu'un qui veut accepter, et adressant le plus aimable de ses sourires Ă Colomba, chĂšre mademoiselle Colomba... je ne puis... je n'oserais vous laisser partir ainsi dĂ©sarmĂ©e. - Mon frĂšre est avec moi, dit Colomba d'un ton fier, et nous avons le bon fusil que votre pĂšre nous a donnĂ©. Orso, vous l'avez chargĂ© Ă balle? Miss Nevil garda le stylet, et Colomba, pour conjurer le danger qu'on court Ă donner des armes coupantes ou perçantes Ă ses amis, exigea un sou en payement. Il fallut partir enfin. Orso serra encore une fois la main de miss Nevil; Colomba l'embrassa, puis aprĂšs vint offrir ses lĂšvres de rose au colonel, tout Ă©merveillĂ© de la politesse corse. De la fenĂÂȘtre du salon, miss Lydia vit le frĂšre et la soeur monter Ă cheval. Les yeux de Colomba brillaient d'une joie maligne qu'elle n'y avait point encore remarquĂ©e. Cette grande et forte femme, fanatique de ses idĂ©es d'honneur barbare, l'orgueil sur le front, les lĂšvres courbĂ©es par un sourire sardonique, emmenant ce jeune homme armĂ© comme pour une expĂ©dition sinistre, lui rappela les craintes d'Orso, et elle crut voir son mauvais gĂ©nie l'entraĂnant Ă sa perte. Orso, dĂ©jĂ Ă cheval, leva la tĂÂȘte et l'aperçut. Soit qu'il eĂ»t devinĂ© sa pensĂ©e, soit pour lui dire un dernier adieu, il prit l'anneau Ă©gyptien, qu'il avait suspendu Ă un cordon, et le porta Ă ses lĂšvres. Miss Lydia quitta la fenĂÂȘtre en rougissant; puis, s'y remettant presque aussitĂÂŽt, elle vit les deux Corses s'Ă©loigner rapidement au galop de leurs petits poneys, se dirigeant vers les montagnes. Une demi-heure aprĂšs, le colonel, au moyen de sa lunette, les lui montra longeant le fond du golfe, et elle vit qu'Orso tournait frĂ©quemment la tĂÂȘte vers la ville. Il disparut enfin derriĂšre les marĂ©cages remplacĂ©s aujourd'hui par une belle pĂ©piniĂšre. Miss Lydia, en se regardant dans sa glace, se trouva pĂÂąle. - Que doit penser de moi ce jeune homme? dit-elle, et moi que pensĂ©-je de lui? et pourquoi y pensĂ©-je?... Une connaissance de voyage!... Que suis-je venue faire en Corse?... Oh! je ne l'aime point... Non, non; d'ailleurs cela est impossible... Et Colomba... Moi la belle-soeur d'une vocĂ©ratrice! qui porte un grand stylet! - Et elle s'aperçut qu'elle tenait Ă la main celui du roi ThĂ©odore. Elle le jeta sur sa toilette. - Colomba Ă Londres, dansant Ă Almack's!... Quel lion 1, grand Dieu! Ă montrer!... C'est qu'elle ferait fureur peut-ĂÂȘtre... Il m'aime, j'en suis sĂ»re... C'est un hĂ©ros de roman dont j'ai interrompu la carriĂšre aventureuse... Mais avait-il rĂ©ellement envie de venger son pĂšre Ă la corse?... C'Ă©tait quelque chose entre un Conrad et un dandy... J'en ai fait un pur dandy, et un dandy qui a un tailleur corse!... Ă» - 1 Ă⏠cette Ă©poque, on donnait ce nom en Angleterre aux personnes Ă la mode qui se faisaient remarquer par quelque chose d'extraordinaire. Elle se jeta sur son lit et voulut dormir, mais cela lui fut impossible; et je n'entreprendrai pas de continuer son monologue, dans lequel elle se dit plus de cent fois que M. della Rebbia n'avait Ă©tĂ©, n'Ă©tait et ne serait jamais rien pour elle. CHAPITRE IX. Cependant Orso cheminait avec sa soeur. Le mouvement rapide de leurs chevaux les empĂÂȘcha d'abord de se parler; mais, lorsque les montĂ©es trop rudes les obligeaient d'aller au pas, ils Ă©changeaient quelques mots sur les amis qu'ils venaient de quitter. Colomba parlait avec enthousiasme de la beautĂ© de miss Nevil, de ses blonds cheveux, de ses gracieuses maniĂšres. Puis elle demandait si le colonel Ă©tait aussi riche qu'il le paraissait, si mademoiselle Lydia Ă©tait fille unique. - Ce doit ĂÂȘtre un bon parti, disait-elle. Son pĂšre a, comme il semble, beaucoup d'amitiĂ© pour vous... Et, comme Orso ne rĂ©pondait rien, elle continuait - Notre famille a Ă©tĂ© riche autrefois, elle est encore des plus considĂ©rĂ©es de l'Ăle. Tous ces signori 1 sont des bĂÂątards. Il n'y a plus de noblesse que dans les familles caporales, et vous savez, Orso, que vous descendez des premiers caporaux de l'Ăle. Vous savez que notre famille est originaire d'au delĂ des monts 2, et ce sont les guerres civiles qui nous ont obligĂ©s Ă passer de ce cĂÂŽtĂ©-ci. Si j'Ă©tais Ă votre place,, Orso, je n'hĂ©siterais pas, je demanderais miss Nevil Ă son pĂšre... Orso levait les Ă©paules. De sa dot j'achĂšterais les bois de la Falsetta et les vignes en bas de chez nous; je, bĂÂątirais une belle maison en pierres de taille, et j'Ă©lĂšverais d'un Ă©tage la vieille tour oĂÂč Sambucuccio a tuĂ© tant de Maures au temps du comte Henri le bel Missere 3. - 1 On appelle signori les descendants des seigneurs fĂ©odaux de la Corse. Entre les familles des signori et celles des caporali il y a rivalitĂ© pour la noblesse. 2 C'est-Ă -dire de la cĂÂŽte orientale. Cette expression trĂšs usitĂ©e, di lĂ dei monti, change de sens suivant la position de celui qui l'emploie. - La Corse est divisĂ©e du nord au sud par une chaĂne de montagnes. 3 V. Filippini, lib. Il. - Le comte Arrigo bel Missere mourut vers l'an 1OOO; on dit qu'Ă sa mort une voix s'entendit dans l'air, qui chantait ces paroles prophĂ©tiques E morto il conte Arrigo bel Missere. E Corsica sarĂ di male in peggio. - Colomba, tu es une folle, rĂ©pondait Orso en galopant. - Vous ĂÂȘtes homme, Ors' Anton', et vous savez sans doute mieux qu'une femme ce que vous avez Ă faire. Mais je voudrais bien savoir ce que cet Anglais pourrait objecter contre notre alliance. Y a-t-il des caporaux en Angleterre?... AprĂšs une assez longue traite, devisant de la sorte, le frĂšre et la soeur arrivĂšrent Ă un petit village, non loin de Bocognano, oĂÂč ils s'arrĂÂȘtĂšrent pour dĂner et passer la nuit chez un ami de leur famille. Ils y furent reçus avec cette hospitalitĂ© corse qu'on ne peut apprĂ©cier que lorsqu'on l'a connue. Le lendemain, leur hĂÂŽte, qui avait Ă©tĂ© compĂšre de madame della Rebbia, les accompagna jusqu'Ă une lieue de sa demeure. - Voyez-vous ces bois et ces maquis, dit-il Ă Orso au moment de se sĂ©parer un homme qui aurait fait un malheur y vivrait dix ans en paix sans que les gendarmes ou voltigeurs vinssent le chercher. Ces bois touchent Ă la forĂÂȘt de Vizzavona; et, lorsqu'on a des amis Ă Bocognano ou aux environs, on n'y manque de rien. Vous avez lĂ un beau fusil, il doit porter loin. Sang de la Madone! quel calibre! On peut tuer avec cela mieux que des sangliers. Orso rĂ©pondit froidement que son fusil Ă©tait anglais et portait le plomb trĂšs loin. On s'embrassa, et chacun continua sa route. DĂ©jĂ nos voyageurs n'Ă©taient plus qu'Ă une petite distance de Pietranera, lorsque, Ă l'entrĂ©e d'une gorge qu'il fallait traverser, ils dĂ©couvrirent sept ou huit hommes armĂ©s de fusils, les uns assis sur des pierres, les autres couchĂ©s sur l'herbe, quelques-uns debout et semblant faire le guet. Leurs chevaux paissaient Ă peu de distance. Colomba les examina un instant avec une lunette d'approche, qu'elle tira d'une des grandes poches de cuir que tous les Corses portent en voyage. - Ce sont nos gens! s'Ă©cria-t-elle d'un air joyeux. Pieruccio a bien fait sa commission. - Quelles gens? demanda Orso. - Nos bergers, rĂ©pondit-elle. Avant-hier soir, j'ai fait partir Pieruccio, afin qu'il rĂ©unĂt ces brĂšves gens pour vous accompagner Ă votre maison. Il ne convient pas que vous entriez Ă Pietranera sans escorte, et vous devez savoir d'ailleurs que les Barricini sont capables de tout. - Colomba, dit Orso d'un ton sĂ©vĂšre, je t'avais priĂ©e bien des fois de ne plus me parler des Barricini ni de tes soupçons sans fondement. Je ne me donnerai certainement pas le ridicule de rentrer chez moi avec cette troupe de fainĂ©ants, et je suis trĂšs mĂ©content que tu les aies rassemblĂ©s sans m'en prĂ©venir. - Mon frĂšre, vous avez oubliĂ© votre pays. C'est Ă moi qu'il appartient de vous garder lorsque votre imprudence vous expose. J'ai dĂ» faire ce que j'ai fait. En ce moment, les bergers, les ayant aperçus, coururent Ă leurs chevaux et descendirent au galop Ă leur rencontre. - Evviva Ors' Anton'! s'Ă©cria un vieillard robuste Ă barbe blanche, couvert, malgrĂ© la chaleur, d'une casaque Ă capuchon, de drap corse, plus Ă©pais que la toison de ses chĂšvres. C'est le vrai portrait de son pĂšre, seulement plus grand et plus fort. Quel beau fusil! On en parlera de ce fusil, Ors' Anton'. - Evviva Ors' Anton'! rĂ©pĂ©tĂšrent en choeur tous les bergers. Nous savions bien qu'il reviendrait Ă la fin! - Ah! Ors' Anton', disait un grand gaillard au teint couleur de brique, que votre pĂšre aurait de joie s'il Ă©tait ici pour vous recevoir! Le cher homme! Vous le verriez, s'il avait voulu me croire, s'il m'avait laissĂ© faire l'affaire de Giudice... Le brave homme! Il ne m'a pas cru; il sait bien maintenant que j'avais raison. - Bon! reprit le vieillard, Giudice ne perdra rien pour attendre. - Evviva Ors' Anton'! Et une douzaine de coups de fusil accompagnĂšrent cette acclamation. Orso, de trĂšs mauvaise humeur au centre de ce groupe d'hommes Ă cheval parlant tous ensemble et se pressant pour lui donner la main, demeura quelque temps sans pouvoir se faire entendre. Enfin, prenant l'air qu'il avait en tĂÂȘte de son peloton lorsqu'il lui distribuait les rĂ©primandes et les jours de salle de police - Mes amis, dit-il, je vous remercie de l'affection que vous me montrez, de celle que vous portiez Ă mon pĂšre; mais j'entends, je veux, que personne ne me donne de conseils. Je sais ce que j'ai Ă faire. - Il a raison, il a raison! s'Ă©criĂšrent les bergers. Vous savez bien que vous pouvez compter sur nous. - Oui, j'y compte mais je n'ai besoin de personne maintenant, et nul danger ne menace ma maison. Commencez par faire demi-tour, et allez-vous-en Ă vos chĂšvres. Je sais le chemin de Pietranera, et je n'ai pas besoin de guides. - N'ayez peur de rien, Ors' Anton', dit le vieillard; ils n'oseraient se montrer aujourd'hui. La souris rentre dans son trou lorsque revient le matou. - Matou toi-mĂÂȘme, vieille barbe blanche! dit Orso. Comment t'appelles-tu? - Eh quoi! vous ne me connaissez pas, Ors' Anton', moi qui vous ai portĂ© en croupe si souvent sur mon mulet qui mord? Vous ne connaissez pas Polo Griffo? Brave homme, voyez-vous, qui est aux della Rebbia corps et ĂÂąme. Dites un mot, et quand votre gros fusil parlera, ce vieux mousquet, vieux comme son maĂtre, ne se taira pas. Comptez-y, Ors' Anton'. - Bien, bien; mais, de par tous les diables, allez-vous-en et laissez-nous continuer notre route. Les bergers s'Ă©loignĂšrent enfin, se dirigeant au grand trot vers le village; mais de temps en temps ils s'arrĂÂȘtaient sur tous les points Ă©levĂ©s de la route, comme pour examiner s'il n'y avait point quelque embuscade cachĂ©e, et toujours ils se tenaient assez rapprochĂ©s d'Orso et de sa soeur pour ĂÂȘtre en mesure de leur porter secours au besoin. Et le vieux Polo Griffo disait Ă ses compagnons - Je le comprends! Je le comprends! Il ne dit pas ce qu'il veut faire, mais il le fait. C'est le vrai portrait de son pĂšre. Bien! dis que tu n'en veux Ă personne! tu as fait un voeu Ă sainte Nega 1. Bravo! Moi je ne donnerais pas une figue de la peau du maire. Avant un mois on n'en pourra pas faire une outre. - 1 Cette sainte ne se trouve pas dans le calendrier. Se vouer Ă sainte Nega, c'est nier tout de parti pris. Ainsi prĂ©cĂ©dĂ© par cette troupe d'Ă©claireurs, le descendant des della Rebbia entra dans son village et gagna le vieux manoir des caporaux, ses aĂÂŻeux. Les rebbianistes, longtemps privĂ©s de chef, s'Ă©taient portĂ©s en masse Ă sa rencontre, et les habitants du village, qui observaient la neutralitĂ©, Ă©taient tous sur le pas de leurs portes pour le voir passer. Les barricinistes se tenaient dans leurs maisons et regardaient par les fentes de leurs volets. Le bourg de Pietranera est trĂšs irrĂ©guliĂšrement bĂÂąti, comme tous les villages de la Corse, car pour voir une rue, il faut aller Ă Cargese, bĂÂąti par M. de Marboeuf. Les maisons, dispersĂ©es au hasard et sans le moindre alignement, occupent le sommet d'un petit plateau, ou plutĂÂŽt d'un palier de la montagne. Vers le milieu du bourg s'Ă©lĂšve un grand chĂÂȘne vert, et auprĂšs on voit une auge en granit, oĂÂč un tuyau en bois apporte l'eau d'une source voisine. Ce monument d'utilitĂ© publique fut construit Ă frais communs par les della Rebbia et les Barricini; mais on se tromperait fort si l'on y cherchait un indice de l'ancienne concorde des deux familles. Au contraire, c'est une oeuvre de leur jalousie. Autrefois, le colonel della Rebbia ayant envoyĂ© au conseil municipal de sa commune une petite somme pour contribuer Ă l'Ă©rection d'une fontaine, l'avocat Barricini se hĂÂąta d'offrir un don semblable, et c'est Ă ce combat de gĂ©nĂ©rositĂ© que Pietranera doit son eau. Autour du chĂÂȘne vert et de la fontaine, il y a un espace vide qu'on appelle la place, et oĂÂč les oisifs se rassemblent le soir. Quelquefois on y joue aux cartes, et, une fois l'an, dans le carnaval, on y danse. Aux deux extrĂ©mitĂ©s de la place s'Ă©lĂšvent des bĂÂątiments plus hauts que larges, construits en granit et en schiste. Ce sont les tours ennemies des della Rebbia et des Barricini. Leur architecture est uniforme, leur hauteur est la mĂÂȘme, et l'on voit que la rivalitĂ© des deux familles s'est toujours maintenue sans que la fortune dĂ©cidĂÂąt entre elles. Il est peut-ĂÂȘtre Ă propos d'expliquer ce qu'il faut entendre par ce mot tour. C'est un bĂÂątiment carrĂ© d'environ quarante pieds de haut, qu'en un autre pays on nommerait tout bonnement un colombier. La porte, Ă©troite, s'ouvre Ă huit pieds du sol, et l'on y arrive par un escalier fort roide. Au-dessus de la porte est une fenĂÂȘtre avec une espĂšce de balcon percĂ© en dessous comme un mĂÂąchicoulis, qui permet d'assommer sans risque un visiteur indiscret. Entre la fenĂÂȘtre et la porte, on voit deux Ă©cussons grossiĂšrement sculptĂ©s. L'un portait autrefois la croix de GĂšnes; mais, tout martelĂ© aujourd'hui, il n'est plus intelligible que pour les antiquaires. Sur l'autre Ă©cusson sont sculptĂ©es les armoiries de la famille qui possĂšde la tour. Ajoutez, pour complĂ©ter la dĂ©coration, quelques traces de balles sur les Ă©cussons et les chambranles de la fenĂÂȘtre, et vous pouvez vous faire une idĂ©e d'un manoir du Moyen ĂÂąge en Corse. J'oubliais de dire que les bĂÂątiments d'habitation touchent Ă la tour, et souvent s'y rattachent par une communication intĂ©rieure. La tour et la maison des della Rebbia occupent le cĂÂŽtĂ© nord de la place de Pietranera; la tour et la maison des Barricini, le cĂÂŽtĂ© sud. De la tour du nord jusqu'Ă la fontaine, c'est la promenade des della Rebbia, celle des Barricini est du cĂÂŽtĂ© opposĂ©. Depuis l'enterrement de la femme du colonel, on n'avait jamais vu un membre de l'une de ces deux familles paraĂtre sur un autre cĂÂŽtĂ© de la place que celui qui lui Ă©tait assignĂ© par une espĂšce de convention tacite. Pour Ă©viter un dĂ©tour, Orso allait passer devant la maison du maire, lorsque sa soeur l'avertit et l'engagea Ă prendre une ruelle qui les conduirait Ă leur maison sans traverser la place. - Pourquoi se dĂ©ranger? dit Orso; la place n'est-elle pas Ă tout le monde? Et il poussa son cheval. - Brave coeur! dit tout bas Colomba... Mon pĂšre, tu seras vengĂ©! En arrivant sur la place, Colomba se plaça entre la maison des Barricini et son frĂšre, et toujours elle eut l'oeil fixĂ© sur les fenĂÂȘtres de ses ennemis. Elle remarqua qu'elles Ă©taient barricadĂ©es depuis peu, et qu'on y avait pratiquĂ© des archere. On appelle archere d'Ă©troites ouvertures en forme de meurtriĂšres, mĂ©nagĂ©es entre de grosses bĂ»ches avec lesquelles on bouche la partie infĂ©rieure d'une fenĂÂȘtre. Lorsqu'on craint quelque attaque, on se barricade de la sorte, et l'on peut, Ă l'abri des bĂ»ches, tirer Ă couvert sur les assaillants. - Les lĂÂąches! dit Colomba. Voyez, mon frĂšre, dĂ©jĂ il commencent Ă se garder; ils se barricadent! mais il faudra bien sortir un jour! La prĂ©sence d'Orso sur le cĂÂŽtĂ© sud de la place produisit une grande sensation Ă Pietranera, et fut considĂ©rĂ©e comme une preuve d'audace approchant de la tĂ©mĂ©ritĂ©. Pour les neutres rassemblĂ©s le soir autour du chĂÂȘne vert, ce fut le texte de commentaires sans fin. - Il est heureux, disait-on, que les fils Barricini ne soient pas encore revenus, car ils sont moins endurants que l'avocat, et peut-ĂÂȘtre n'eussent-ils point laissĂ© passer leur ennemi sur leur terrain sans lui faire payer la bravade. - Souvenez-vous de ce que je vais vous dire, voisin, ajouta un vieillard qui Ă©tait l'oracle du bourg. J'ai observĂ© la figure de la Colomba aujourd'hui, elle a quelque chose dans la tĂÂȘte. Je sens de la poudre en l'air. Avant peu, il y aura de la viande de boucherie Ă bon marchĂ© dans Pietranera. CHAPITRE X. SĂ©parĂ© fort jeune de son pĂšre, Orso n'avait guĂšre eu le temps de le connaĂtre. Il avait quittĂ© Pietranera Ă quinze ans pour Ă©tudier Ă Pise, et de lĂ Ă©tait entrĂ© Ă l'Ăâ°cole militaire pendant que Ghilfuccio promenait en Europe les aigles impĂ©riales. Sur le continent, Orso l'avait vu Ă de rares intervalles, et en 1815 seulement il s'Ă©tait trouvĂ© dans le rĂ©giment que son pĂšre commandait. Mais le colonel, inflexible sur la discipline, traitait son fils comme tous les autres jeunes lieutenants, c'est-Ă -dire avec beaucoup de sĂ©vĂ©ritĂ©. Les souvenirs qu'Orso en avait conservĂ©s Ă©taient de deux sortes. Il se le rappelait Ă Pietranera, lui confiant son sabre, lui laissant dĂ©charger son fusil quand il revenait de la chasse, ou le faisant asseoir pour la premiĂšre fois, lui bambin, Ă la table de famille. Puis il se reprĂ©sentait le colonel della Rebbia l'envoyant aux arrĂÂȘts pour quelque Ă©tourderie, et ne l'appelant jamais que lieutenant della Rebbia - Lieutenant della Rebbia, vous n'ĂÂȘtes pas Ă votre place de bataille, trois jours d'arrĂÂȘts. - Vos tirailleurs sont Ă cinq mĂštres trop loin de la rĂ©serve, cinq jours d'arrĂÂȘts. - Vous ĂÂȘtes en bonnet de police Ă midi cinq minutes, huit jours d'arrĂÂȘts. Une seule fois, aux Quatre-Bras, il lui avait dit - TrĂšs bien, Orso; mais de la prudence. Au reste, ces derniers souvenirs n'Ă©taient point ceux que lui rappelait Pietranera. La vue des lieux familiers Ă son enfance, les meubles dont se servait sa mĂšre, qu'il avait tendrement aimĂ©e, excitaient en son ĂÂąme une foule d'Ă©motions douces et pĂ©nibles; puis, l'avenir sombre qui se prĂ©parait pour lui, l'inquiĂ©tude vague que sa soeur lui inspirait, et par-dessus tout, l'idĂ©e que miss Nevil allait venir dans sa maison, qui lui paraissait aujourd'hui si petite, si pauvre, si peu convenable pour une personne habituĂ©e au luxe, le mĂ©pris qu'elle en concevrait peut-ĂÂȘtre, toutes ces pensĂ©es formaient un chaos dans sa tĂÂȘte et lui inspiraient un profond dĂ©couragement. Il s'assit, pour souper, dans un grand fauteuil de chĂÂȘne noirci, oĂÂč son pĂšre prĂ©sidait les repas de famille, et sourit en voyant Colomba hĂ©siter Ă se mettre Ă table avec lui. Il lui sut bon grĂ© d'ailleurs du silence qu'elle observa pendant le souper et de la prompte retraite qu'elle fit ensuite, car il se sentait trop Ă©mu pour rĂ©sister aux attaques qu'elle lui prĂ©parait sans doute; mais Colomba le mĂ©nageait et voulait lui laisser le temps de se reconnaĂtre. La tĂÂȘte appuyĂ©e sur sa main, il demeura longtemps immobile, repassant dans son esprit les scĂšnes des quinze derniers jours qu'il avait vĂ©cu. Il voyait avec effroi cette attente oĂÂč chacun semblait ĂÂȘtre de sa conduite Ă l'Ă©gard des Barricini. DĂ©jĂ il s'apercevait que l'opinion de Pietranera commençait Ă ĂÂȘtre pour lui celle du monde. Il devait se venger sous peine de passer pour un lĂÂąche. Mais sur qui se venger? Il ne pouvait croire les Barricini coupables de meurtre. Ă⏠la vĂ©ritĂ© ils Ă©taient les ennemis de sa famille, mais il fallait les prĂ©jugĂ©s grossiers de ses compatriotes pour leur attribuer un assassinat. Quelquefois il considĂ©rait le talisman de miss Nevil, et en rĂ©pĂ©tait tout bas la devise Ă La vie est un combat! Ă» Enfin il se dit d'un ton ferme Ă J'en sortirai vainqueur! Ă» Sur cette bonne pensĂ©e il se leva, et, prenant la lampe, il allait monter dans sa chambre, lorsqu'on frappa Ă la porte de la maison. L'heure Ă©tait indue pour recevoir une visite. Colomba parut aussitĂÂŽt, suivie de la femme qui les servait. - Ce n'est rien, dit-elle en courant Ă la porte. Cependant, avant d'ouvrir, elle demanda qui frappait. Une voix douce rĂ©pondit - C'est moi. AussitĂÂŽt la barre de bois placĂ©e en travers de la porte fut enlevĂ©e, et Colomba reparut dans la salle Ă manger suivie d'une petite fille de dix ans Ă peu prĂšs, pieds nus, en haillons, la tĂÂȘte couverte d'un mauvais mouchoir, de dessous lequel s'Ă©chappaient de longues mĂšches de cheveux noirs comme l'aile d'un corbeau. L'enfant Ă©tait maigre, pĂÂąle, la peau brĂ»lĂ©e par le soleil; mais dans ses yeux brillait le feu de l'intelligence. En voyant Orso, elle s'arrĂÂȘta timidement et lui fit une rĂ©vĂ©rence Ă la paysanne; puis elle parla bas Ă Colomba, et lui mit entre les mains un faisan nouvellement tuĂ©. - Merci, Chili, dit Colomba. Remercie ton oncle. Il se porte bien? - Fort bien, mademoiselle, Ă vous servir. Je n'ai pu venir plus tĂÂŽt parce qu'il a bien tardĂ©. Je suis restĂ©e trois heures dans le maquis Ă l'attendre. - Et tu n'as pas soupĂ©? - Dame! non, mademoiselle, je n'ai pas eu le temps. - On va te donner Ă souper. Ton oncle a-t-il du pain encore? - Peu, mademoiselle; mais c'est de la poudre surtout qui lui manque. VoilĂ les chĂÂątaignes venues, et maintenant il n'a plus besoin que de poudre. - Je vais te donner un pain pour lui et de la poudre. Dis-lui qu'il la mĂ©nage, elle est chĂšre. - Colomba, dit Orso en français, Ă qui donc fais-tu ainsi la charitĂ©? - Ă⏠un pauvre bandit de ce village, rĂ©pondit Colomba dans la mĂÂȘme langue. Cette petite est sa niĂšce. - Il me semble que tu pourrais mieux placer tes dons. Pourquoi envoyer de la poudre Ă un coquin qui s'en servira pour commettre des crimes? Sans cette dĂ©plorable faiblesse que tout le monde paraĂt avoir ici pour les bandits, il y a longtemps qu'ils auraient disparu de la Corse. - Les plus mĂ©chants de notre pays ne sont pas ceux qui sont Ă la campagne 1. - 1 Etre alla campagna, c'est-Ă -dire ĂÂȘtre bandit. Bandit n'est point un terme odieux; il se prend dans le sens de banni; c'est l'outlaw des ballades anglaises. - Donne-leur du pain si tu veux, on n'en doit refuser Ă personne; mais je n'entends pas qu'on leur fournisse des munitions. - Mon frĂšre, dit Colomba d'un ton grave, vous ĂÂȘtes le maĂtre ici, et tout vous appartient dans cette maison; mais, je vous en prĂ©viens, je donnerai mon mezzaro Ă cette petite fille pour qu'elle le vende, plutĂÂŽt que de refuser de la poudre Ă un bandit. Lui refuser de la poudre! mais autant vaut le livrer aux gendarmes. Quelle protection a-t-il contre eux, sinon ses cartouches? La petite fille cependant dĂ©vorait avec aviditĂ© un morceau de pain, et regardait attentivement tour Ă tour Colomba et son frĂšre, cherchant Ă comprendre dans leurs yeux le sens de ce qu'ils disaient. - Et qu'a-t-il fait enfin ton bandit? Pour quel crime s'est-il jetĂ© dans le maquis? - Brandolaccio n'a point commis de crime, s'Ă©cria Colomba. Il a tuĂ© Giovan' Opizzo, qui avait assassinĂ© son pĂšre pendant que lui Ă©tait Ă l'armĂ©e. Orso dĂ©tourna la tĂÂȘte, prit la lampe, et, sans rĂ©pondre, monta dans sa chambre. Alors Colomba donna poudre et provisions Ă l'enfant, et la reconduisit jusqu'Ă la porte en lui rĂ©pĂ©tant - Surtout que ton oncle veille bien sur Orso! CHAPITRE XI. Orso fut longtemps Ă s'endormir, et par consĂ©quent s'Ă©veilla tard, du moins pour un Corse. Ă⏠peine levĂ©, le premier objet qui frappa ses yeux, ce fut la maison de ses ennemis et les archere qu'ils venaient d'y Ă©tablir. Il descendit et demanda sa soeur. - Elle est Ă la cuisine qui fond des balles, lui rĂ©pondit la servante Saveria. Ainsi, il ne pouvait faire un pas sans ĂÂȘtre poursuivi par l'image de la guerre. Il trouva Colomba assise sur un escabeau, entourĂ©e de balles nouvellement fondues, coupant les jets de plomb. - Que diable fais-tu lĂ ? lui demanda son frĂšre. - Vous n'aviez point de balles pour le fusil du colonel, rĂ©pondit-elle de sa voix douce; j'ai trouvĂ© un moule de calibre, et vous aurez aujourd'hui vingt-quatre cartouches, mon frĂšre. - Je n'en ai pas besoin, Dieu merci! - Il ne faut pas ĂÂȘtre pris au dĂ©pourvu, Ors' Anton'. Vous avez oubliĂ© votre pays et les gens qui vous entourent. - Je l'aurais oubliĂ© que tu me le rappellerais bien vite. Dis-moi, n'est-il pas arrive une grosse malle il y a quelques jours? - Oui, mon frĂšre. Voulez-vous que je la monte dans votre chambre? - Toi la monter! mais tu n'aurais jamais la force de la soulever... N'y a-t-il pas ici quelque homme pour le faire? - Je ne suis pas si faible que vous le pensez, dit Colomba, en retroussant ses manches et dĂ©couvrant un bras blanc et rond, parfaitement formĂ©, mais qui annonçait une force peu commune. Allons, Saveria, dit-elle Ă la servante, aide-moi. DĂ©jĂ elle enlevait seule la lourde malle, quand Orso s'empressa de l'aider. - Il y a dans cette malle, ma chĂšre Colomba, dit-il, quelque chose pour toi. Tu m'excuseras si je te fais de si pauvres cadeaux, mais la bourse d'un lieutenant en demi-solde n'est pas trop bien garnie. En parlant, il ouvrait la malle et en retirait quelques robes, un chĂÂąle et d'autres objets Ă l'usage d'une jeune personne. - Que de belles choses! s'Ă©cria Colomba. Je vais bien vite les serrer de peur qu'elles ne se gĂÂątent. Je les garderai pour ma noce, ajouta-t-elle avec un sourire triste, car maintenant je suis en deuil. Et elle baisa la main de son frĂšre. - Il y a de l'affectation, ma soeur, Ă garder le deuil si longtemps. - Je l'ai jurĂ©, dit Colomba d'un ton ferme. Je ne quitterai le deuil... Et elle regardait par la fenĂÂȘtre la maison des Barricini. - Que le jour oĂÂč tu te marieras? dit Orso cherchant Ă Ă©viter la fin de la phrase. - Je ne me marierai, dit Colomba, qu'Ă un homme qui aura fait trois choses... Et elle contemplait toujours d'un air sinistre la maison ennemie. - Jolie comme tu es, Colomba, je m'Ă©tonne que tu ne sois pas dĂ©jĂ mariĂ©e. Allons, tu me diras qui te fait la cour. D'ailleurs j'entendrai bien les sĂ©rĂ©nades. Il faut qu'elles soient belles pour plaire Ă une grande voceratrice comme toi. - Qui voudrait d'une pauvre orpheline?... Et puis l'homme qui me fera quitter mes habits de deuil fera prendre le deuil aux femmes de lĂ -bas. Ă Cela devient de la folie Ă», se dit Orso. Mais il ne rĂ©pondit rien pour Ă©viter toute discussion. - Mon frĂšre, dit Colomba d'un ton de cĂÂąlinerie, j'ai aussi quelque chose Ă vous offrir. Les habits que vous avez lĂ sont trop beaux pour ce pays-ci. Votre jolie redingote serait en piĂšces au bout de deux jours si vous la portiez dans le maquis. Il faut la garder pour quand viendra miss Nevil. Puis, ouvrant une armoire, elle en tira un costume complet de chasseur. - Je vous ai fait une veste de velours, et voici un bonnet comme en portent nos Ă©lĂ©gants; je l'ai brodĂ© pour vous il y a bien longtemps. Voulez-vous essayer cela? Et elle lui faisait endosser une large veste de velours vert ayant dans le dos une Ă©norme poche. Elle lui mettait sur la tĂÂȘte un bonnet pointu de velours noir brodĂ© en jais et en soie, de la mĂÂȘme couleur, et terminĂ© par une espĂšce de houppe. - Voici la cartouchiĂšre 1 de notre pĂšre, dit-elle, son stylet est dans la poche de votre veste. Je vais vous chercher le pistolet. - 1 Carchera, ceinture oĂÂč l'on met des cartouches. On y attache un pistolet Ă gauche. - J'ai l'air d'un vrai brigand de l'Ambigu-Comique, disait Orso en se regardant dans un petit miroir que lui prĂ©sentait Saveria. - C'est que vous avez tout Ă fait bonne façon comme cela, Ors' Anton', disait la vieille servante, et le plus beau pointu 1 de Bocognano ou de Bastolica n'est pas plus brave! - 1 Pinsuto. On appelle ainsi ceux qui portent le bonnet pointu, barreta pinsuta. Orso dĂ©jeuna dans son nouveau costume, et pendant le repas il dit Ă sa soeur que sa malle contenait un certain nombre de livres, que son intention Ă©tait d'en faire venir de France et d'Italie, et de la faire travailler beaucoup. - Car il est honteux, Colomba, ajouta-t-il, qu'une grande fille comme toi ne sache pas encore des choses que, sur le continent, les enfants apprennent en sortant de nourrice. - Vous avez raison, mon frĂšre, disait Colomba; je sais bien ce qui me manque, et je ne demande pas mieux que d'Ă©tudier, surtout si vous voulez bien me donner des leçons. Quelques jours se passĂšrent sans que Colomba prononçĂÂąt le nom des Barricini. Elle Ă©tait toujours aux petits soins pour son frĂšre, et lui parlait souvent de miss Nevil. Orso lui faisait lire des ouvrages français et italiens, et il Ă©tait surpris tantĂÂŽt de la justesse et du bon sens de ses observations, tantĂÂŽt de son ignorance profonde des choses les plus vulgaires. Un matin, aprĂšs dĂ©jeuner, Colomba sortit un instant, et, au lieu de revenir avec un livre et du papier, parut avec son mezzaro sur la tĂÂȘte. Son air Ă©tait plus sĂ©rieux encore que de coutume. - Mon frĂšre, dit-elle, je vous prierai de sortir avec moi. - OĂÂč veux-tu que je t'accompagne? dit Orso en lui offrant son bras. - Je n'ai pas besoin de votre bras, mon frĂšre, mais prenez votre fusil et votre boĂte Ă cartouches. Un homme ne doit jamais sortir sans ses armes. - Ă⏠la bonne heure! Il faut se conformer Ă la mode. OĂÂč allons-nous? Colomba, sans rĂ©pondre, serra le mezzaro autour de sa tĂÂȘte, appela le chien de garde, et sortit suivie de son frĂšre. S'Ă©loignant Ă grands pas du village, elle prit un chemin creux qui serpentait dans les vignes, aprĂšs avoir envoyĂ© devant elle le chien, Ă qui elle fit un signe qu'il semblait bien connaĂtre; car aussitĂÂŽt il se mit Ă courir en zigzag, passant dans les vignes, tantĂÂŽt d'un cĂÂŽtĂ©, tantĂÂŽt de l'autre, toujours Ă cinquante pas de sa maĂtresse, et quelquefois s'arrĂÂȘtant au milieu du chemin pour la regarder en remuant la queue. Il paraissait s'acquitter parfaitement de ses fonctions d'Ă©claireur. - Si Muschetto aboie, dit Colomba, armez votre fusil, mon frĂšre, et tenez-vous immobile. Ă⏠un demi-mille du village, aprĂšs bien des dĂ©tours, Colomba s'arrĂÂȘta tout Ă coup dans un endroit oĂÂč le chemin faisait un coude. LĂ s'Ă©levait une petite pyramide de branchages, les uns verts, les autres dessĂ©chĂ©s, amoncelĂ©s Ă la hauteur de trois pieds environ. Du sommet on voyait percer l'extrĂ©mitĂ© d'une croix de bois peinte en noir. Dans plusieurs cantons de la Corse, surtout dans les montagnes, un usage extrĂÂȘmement ancien, et qui se rattache peut-ĂÂȘtre Ă des superstitions du paganisme, oblige les passants Ă jeter une pierre ou un rameau d'arbre sur le lieu oĂÂč un homme a pĂ©ri de mort violente. Pendant de longues annĂ©es, aussi longtemps que le souvenir de sa fin tragique demeure dans la mĂ©moire des hommes, cette offrande singuliĂšre s'accumule ainsi de jour en jour. On appelle cela l'amas, le mucchio d'un tel. Colomba s'arrĂÂȘta devant ce tas de feuillage, et, arrachant une branche d'arbousier, l'ajouta Ă la pyramide. - Orso, dit-elle, c'est ici - que notre pĂšre est mort. Prions pour son ĂÂąme, mon frĂšre! Et elle se mit Ă genoux. Orso l'imita aussitĂÂŽt. En ce moment la cloche du village tinta lentement, car un homme Ă©tait mort dans la nuit. Orso fondit en larmes. Au bout de quelques minutes, Colomba se leva, l'oeil sec, mais la figure animĂ©e. Elle fit du pouce Ă la hĂÂąte le signe de croix familier Ă ses compatriotes et qui accompagne d'ordinaire leurs serments solennels, puis, entraĂnant son frĂšre, elle reprit le chemin du village. Ils rentrĂšrent dans leur maison. Orso monta dans sa chambre. Un instant aprĂšs, Colomba l'y suivit, portant une petite cassette qu'elle posa sur la table. Elle l'ouvrit et en tira une chemise couverte de larges taches de sang. - Voici la chemise de votre pĂšre, Orso. Et elle la jeta sur ses genoux. - Voici le plomb qui l'a frappĂ©. Et elle posa sur la chemise, deux balles oxydĂ©es. - Orso, mon frĂšre! cria-t-elle en se prĂ©cipitant dans ses bras et l'Ă©treignant avec force, Orso! tu le vengeras! Elle l'embrassa avec une espĂšce de fureur, baisa les balles et la chemise, et sortit de la chambre, laissant son frĂšre comme pĂ©trifiĂ© sur sa chaise. Orso resta quelque temps immobile, n'osant Ă©loigner de lui ces Ă©pouvantables reliques. Enfin, faisant un effort, il les remit dans la cassette et courut Ă l'autre bout de la chambre se jeter sur son lit, la tĂÂȘte tournĂ©e vers la muraille, enfoncĂ©e dans l'oreiller, comme s'il eĂ»t voulu se dĂ©rober Ă la vue d'un spectre. Les derniĂšres paroles de a soeur retentissaient sans cesse dans ses oreilles, et il lui semblait entendre un oracle fatal, inĂ©vitable, qui lui demandait du sang, et du sang innocent. Je n'essayerai pas de rendre les sensations du malheureux jeune homme, aussi confuses que celles qui bouleversent la tĂÂȘte d'un fou. Longtemps il demeura dans la mĂÂȘme position sans oser dĂ©tourner la tĂÂȘte. Enfin il se leva, ferma la cassette, et sortit prĂ©cipitamment de sa maison, courant la campagne et marchant devant lui sans savoir oĂÂč il allait. Peu Ă peu, le grand air le soulagea; il devint plus calme et examina avec quelque sang-froid sa position et lĂ©s moyens d'en sortir. Il ne soupçonnait point les Barricini de meurtre, on le sait dĂ©jĂ , mais il les accusait d'avoir supposĂ© la lettre du bandit Agostini; et cette lettre, il le croyait du moins, avait causĂ© la mort de son pĂšre. Les poursuivre comme faussaires, il sentait que cela Ă©tait impossible. Parfois, si les prĂ©jugĂ©s ou les instincts de son pays revenaient l'assaillir et lui montraient une vengeance facile au dĂ©tour d'un sentier, il les Ă©cartait avec horreur en pensant Ă ses camarades de rĂ©giment, aux salons de Paris, surtout Ă miss Nevil. Puis il songeait aux reproches de sa soeur, et ce qui restait de corse dans son caractĂšre justifiait ces reproches et les rendait plus poignants. Un seul espoir lui restait dans ce combat entre sa conscience et ses prĂ©jugĂ©s, c'Ă©tait d'entamer, sous un prĂ©texte quelconque, une querelle avec un des fils de l'avocat et de se battre en duel avec lui. Le tuer d'une balle ou d'un coup d'Ă©pĂ©e conciliait ses idĂ©es corses et ses idĂ©es françaises. L'expĂ©dient acceptĂ©, et mĂ©ditant les moyens d'exĂ©cution, il se sentait dĂ©jĂ soulagĂ© d'un grand poids, lorsque d'autres pensĂ©es plus douces contribuĂšrent encore Ă calmer son agitation fĂ©brile. CicĂ©ron, dĂ©sespĂ©rĂ© de la mort de sa fille Tullia, oublia sa douleur en repassant dans son esprit toutes les belles choses qu'il pourrait dire Ă ce sujet. En discourant de la sorte, M. Shandy se consola de la perte de son fils. Orso se rafraĂchit le sang en pensant qu'il pourrait faire Ă miss Nevil un tableau de l'Ă©tat de son ĂÂąme, tableau qui ne pourrait manquer d'intĂ©resser puissamment cette belle personne. Il se rapprochait du village, dont il s'Ă©tait fort Ă©loignĂ© sans s'en apercevoir, lorsqu'il entendit la voix d'une petite fille qui chantait, se croyant seule sans doute, dans un sentier au bord du maquis. C'Ă©tait cet air lent et monotone consacrĂ© aux lamentations funĂšbres, et l'enfant chantait Ă Ă⏠mon fils, mon fils, en lointain pays - gardez ma croix et ma chemise sanglante... Ă» - Que chantes-tu lĂ , petite? dit Orso d'un toi de colĂšre, en paraissant tout Ă coup. - C'est vous, Ors' Anton'! s'Ă©cria l'enfant un peu effrayĂ©e... C'est une chanson de mademoiselle Colomba... - Je te dĂ©fends de la chanter, dit Orso d'une voix terrible. L'enfant, tournant la tĂÂȘte Ă droite et Ă gauche, semblait chercher de quel cĂÂŽtĂ© elle pourrait se sauver, et sans doute elle se serait enfuie si elle n'eĂ»t Ă©tĂ© retenue par le soin de conserver un gros paquet qu'on voyait sur l'herbe Ă ses pieds. Orso eut honte de sa violence. - Que portes-tu lĂ , ma petite? lui demanda-t-il le plus doucement qu'il put. Et comme Chilina hĂ©sitait Ă rĂ©pondre, il souleva le linge qui enveloppait le paquet, et vit qu'il contenait un pain et d'autres provisions. - Ă⏠qui portes-tu ce pain, ma mignonne? lui demanda-t-il. - Vous le savez bien, monsieur; Ă mon oncle. - Et ton oncle n'est-il pas bandit? - Pour vous servir, monsieur Ors' Anton'. - Si les gendarmes te rencontraient, ils te demanderaient oĂÂč tu vas... - Je leur dirais, rĂ©pondit l'enfant sans hĂ©siter, que je porte Ă manger aux Lucquois qui coupent le maquis. - Et si tu trouvais quelque chasseur affamĂ© qui voulĂ»t dĂner Ă tes dĂ©pens et te prendre tes provisions? - On n'oserait. Je dirais que c'est pour mon oncle. - En effet, il n'est point homme Ă se laisser prendre son dĂner... Il t'aime bien, ton oncle? - Oh! oui, Ors' Anton'. Depuis que mon papa est mort, il a soin de la famille, de ma mĂšre, de moi et de ma petite soeur. Avant que maman fĂ»t malade, il la recommandait aux riches pour qu'on lui donnĂÂąt de l'ouvrage. Le maire me donne une robe tous les ans, et le curĂ© me montre le catĂ©chisme et Ă lire depuis que mon oncle leur a parlĂ©. Mais c'est votre soeur surtout qui est bonne pour nous. En ce moment un chien partit dans le sentiers. La petite, portant deux doigts Ă sa bouche, fit entendre un sifflement aigu aussitĂÂŽt le chien vint Ă elle et la caressa, puis s'enfonça brusquement dans le maquis. BientĂÂŽt deux hommes mal vĂÂȘtus mais bien armĂ©s, se levĂšrent derriĂšre une cĂ©pĂ©e Ă quelques pas d'Orso. On eĂ»t dit qu'ils s'Ă©taient avancĂ©s en rampant comme des couleuvres au milieu du fourrĂ© de cystes et de myrtes qui couvrait le terrain. - Oh! Ors' Anton', soyez le bienvenu, dit le plus ĂÂągĂ© de ces deux hommes. Eh quoi! vous ne me reconnaissez pas? - Non, dit Orso le regardant fixement. - C'est drĂÂŽle comme une barbe et un bonnet pointu vous changent un homme! Allons, mon lieutenant, regardez bien. Avez-vous donc oubliĂ© les anciens de Waterloo? Vous ne vous souvenez plus de Brando Sayelli, qui a dĂ©chirĂ© plus d'une cartouche Ă cĂÂŽtĂ© de vous dans ce jour de malheur? - Quoi! c'est toi? dit Orso. Et tu as dĂ©sertĂ© en 1816! - Comme vous dites, mon lieutenant. Dame, le service ennuie, et puis j'avais un compte Ă rĂ©gler dans ce pays-ci. Ha! ha! Chili, tu es une brave fille. Sers-nous vite, car nous avons faim. Vous n'avez pas d'idĂ©e, mon lieutenant, comme on a d'appĂ©tit dans le maquis. Qu'est-ce qui nous envoie cela, mademoiselle Colomba, ou le maire? - Non, mon oncle, c'est la meuniĂšre qui m'a donnĂ© cela pour vous et une couverture pour maman. - Qu'est-ce qu'elle me veut? - Elle dit que ses Lucquois, qu'elle a pris pour dĂ©fricher, lui demandent maintenant trente-cinq sous et les chĂÂątaignes, Ă cause de la fiĂšvre qui est dans le bas de Pietranera. - Les fainĂ©ants!... Je verrai. - Sans façon, mon lieutenant, voulez-vous partager notre dĂner? Nous avons fait de plus mauvais repas ensemble du temps de notre pauvre compatriote qu'on a rĂ©formĂ©. - Grand merci. - On m'a rĂ©formĂ© aussi, moi. - Oui, je l'ai entendu dire; mais vous n'en avez pas Ă©tĂ© bien fĂÂąchĂ©, je gage. Histoire de rĂ©gler votre compte Ă vous. - Allons, curĂ©, dit le bandit Ă son camarade, Ă table! Monsieur Orso, je vous prĂ©sente monsieur le curĂ©, c'est-Ă -dire, je ne sais pas trop s'il est curĂ©, mais il en a la science. - Un pauvre Ă©tudiant en thĂ©ologie, monsieur, dit le second bandit, qu'on a empĂÂȘchĂ© de suivre sa vocation. Qui sait? J'aurais pu ĂÂȘtre pape, Brandolaccio. - Quelle cause a donc privĂ© l'Ăâ°glise de vos lumiĂšres? demanda Orso. - Un rien, un compte Ă rĂ©gler, comme dit mon ami Brandolaccio, une soeur Ă moi qui avait fait des folies pendant que je dĂ©vorais les bouquins Ă l'universitĂ© de Pise. Il me fallut retourner au pays pour la marier. Mais le futur, trop pressĂ©, meurt de la fiĂšvre trois jours avant mon arrivĂ©e. Je m'adresse alors, comme vous eussiez fait Ă ma place, au frĂšre du dĂ©funt. On me dit qu'il Ă©tait mariĂ©. Que faire? - En effet, cela Ă©tait embarrassant. Que fĂtes-vous? - Ce sont de ces cas oĂÂč il faut en venir Ă la pierre Ă fusil 1. - 1 La scaglia, expression trĂšs usitĂ©e. - C'est-Ă -dire que... - Je lui mis une balle dans la tĂÂȘte, dit froidement le bandit. Orso fit un mouvement d'horreur, Cependant la curiositĂ©. et peut-ĂÂȘtre aussi le dĂ©sir de retarder le moment oĂÂč il faudrait rentrer chez lui, le firent rester Ă sa place et continuer la conversation avec ces deux hommes, dont chacun avait au moins un assassinat sur la conscience. Pendant que son camarade parlait, Brandolaccio mettait devant lui du pain et de la viande; il se servit lui-mĂÂȘme, puis il fit la part de son chien, qu'il prĂ©senta Ă Orso sous le nom de Brusco, comme douĂ© du merveilleux instinct de reconnaĂtre un voltigeur sous quelque dĂ©guisement que ce fĂ»t. Enfin il coupa un morceau de pain et une tranche de jambon cru qu'il donna Ă sa niĂšce. - La belle vie que celle de bandit! s'Ă©cria l'Ă©tudiant en thĂ©ologie aprĂšs avoir mangĂ© quelques bouchĂ©es. Vous en tĂÂąterez peut-ĂÂȘtre un jour, monsieur della Rebbia, et vous verrez combien il est doux de ne connaĂtre d'autre maĂtre que son caprice. Jusque lĂ , le bandit s'Ă©tait exprimĂ© en italien; il poursuivit en français - La Corse n'est pas un pays bien amusant pour un jeune homme; mais pour un bandit, quelle diffĂ©rence! Les femmes sont folles de nous. Tel que vous me voyez, j'ai trois maĂtresses dans trois cantons diffĂ©rents. Je suis partout chez moi. Et il y en a une qui est la femme d'un gendarme. - Vous savez bien des langues, monsieur, dit Orso d'un ton grave. - Si je parle français, c'est que, voyez-vous, maxima debetur pueris reverentia. Nous entendons, Brandolaccio et moi, que la petite tourne bien et marche droit. - Quand viendront ses quinze ans, dit l'oncle de Chilina, je la marierai bien. J'ai dĂ©jĂ un parti en vue. - C'est toi qui feras la demande? dit Orso. - Sans doute. Croyez-vous que si je dis Ă un richard du pays Ă Moi, Brando Savelli, je verrais avec plaisir que votre fils Ă©pousĂÂąt Michelina Savelli, Ă» croyez-vous qu'il se fera tirer les oreilles? - Je ne le lui conseillerais pas, dit l'autre bandit. Le camarade a la main un peu lourde. - Si j'Ă©tais un coquin, poursuivit Brandolaccio, une canaille, un supposĂ©, je n'aurais qu'Ă ouvrir ma besace, les piĂšces de cent sous y pleuvraient. - Il y a donc dans ta besace, dit Orso, quelque chose qui les attire? - Rien; mais si j'Ă©crivais, comme il y en a qui l'ont fait, Ă un riche Ă J'ai besoin de cent francs Ă», il se dĂ©pĂÂȘcherait de me les envoyer. Mais je suis un homme d'honneur, mon lieutenant. - Savez-vous, monsieur della Rebbia, dit le bandit que son camarade appelait le curĂ©, savez-vous que, dans ce pays de moeurs simples, il y a pourtant quelques misĂ©rables qui profitent de l'estime que nous inspirons au moyen de nos passe-ports il montrait son fusil, pour tirer des lettres de change en contrefaisant notre Ă©criture? - Je le sais, dit Orso d'un ton brusque. Mais quelles lettres de change? - Il y a six mois, continua le bandit, que je me promenais du cĂÂŽtĂ© d'Orezza, quand vint Ă moi un manant qui de loin m'ĂÂŽte son bonnet et me dit Ă Ahl monsieur le curĂ© ils m'appellent toujours ainsi, excusez-moi, donnez-moi du temps; je n'ai pu trouver que cinquante-cinq francs; mais, vrai, c'est tout ce que j'ai pu amasser. Moi, tout surpris - Qu'est-ce Ă dire, maroufle! cinquante-cinq francs? lui dis-je. - Je veux dire soixante-cinq, me rĂ©pondit-il mais pour cent que vous me demandez, c'est impossible. - Comment, drĂÂŽle! je te demande cent francs! Je ne te connais pas. Ă» - Alors il me remit une lettre, ou plutĂÂŽt un chiffon tout sale, par lequel on l'invitait Ă dĂ©poser cent francs dans un lieu qu'on indiquait, sous peine de voir sa maison brĂ»lĂ©e et ses vaches tuĂ©es par Giocanto Castriconi, c'est mon nom. Et l'on avait eu l'infamie de contrefaire ma signature! Ce qui me piqua le plus, c'est que la lettre Ă©tait Ă©crite en patois, pleine de fautes d'orthographe... Moi faire des fautes d'orthographe! moi qui avais tous les prix Ă l'universitĂ©! Je commence par donner Ă mon vilain un soufflet qui le fait tourner deux fois sur lui-mĂÂȘme. - Ă Ah! tu me prends pour un voleur, coquin que tu es! Ă» lui dis-je, et je lui donne un bon coup de pied oĂÂč vous savez. Un peu soulagĂ©, je lui dis Ă - Quand dois-tu porter cet argent au lieu dĂ©signĂ©? - Aujourd'hui mĂÂȘme. - Bien! va le porter. Ă» - C'Ă©tait au pied d'un pin, et le lieu Ă©tait parfaitement indiquĂ©. Il porte l'argent, l'enterre au pied de l'arbre et revient me trouver. Je m'Ă©tais embusquĂ© aux environs. Je demeurai lĂ avec mon homme six mortelles heures. Monsieur della Rebbia, je serais restĂ© trois jours s'il eĂ»t fallu. Au bout de six heures paraĂt un Bastaccio 1, un infĂÂąme usurier. Il se baisse pour prendre l'argent, je fais feu, et je l'avais si bien ajustĂ© que sa tĂÂȘte porta en tombant sur les Ă©cus qu'il dĂ©terrait. Ă Maintenant, drĂÂŽle! dis-je au paysan, reprends ton argent, et ne t'avise plus de soupçonner d'une bassesse Giocanto Castriconi. Ă» Le pauvre diable, tout tremblant, ramassa ses soixante-cinq francs sans prendre la peine de les essuyer. Il me dit merci, je lui allonge un bon coup de pied d'adieu, et il court encore. - 1 Les Corses montagnards dĂ©testent les habitants de Bastia, qu'ils ne regardent pas comme des compatriotes. Jamais ils ne disent Bastiese, mais Bastiaccio on sait que la terminaison en accio se prend d'ordinaire dans un sens de mĂ©pris. - Ah! curĂ©, dit Brandolaccio, je t'envie ce coup de fusil-lĂ . Tu as dĂ» bien rire? - J'avais attrapĂ© le Bastiaccio Ă la tempe, continua le bandit, et cela me rappela ces vers de Virgile ... Liquefacto tempora plumbo Diffidit, ac multĂÂą porrectum extendit arenĂÂą. Liquefacto! Croyez-vous, monsieur Orso, qu'une balle de plomb se fonde par la rapiditĂ© de son trajet dans l'air? Vous qui avez Ă©tudiĂ© la balistique, vous devriez bien me dire si c'est une erreur ou une vĂ©ritĂ©? Orso aimait mieux discuter cette question de physique que d'argumenter avec le licenciĂ© sur la moralitĂ© de son action. Brandolaccio, que cette dissertation scientifique n'amusait guĂšre, l'interrompit pour remarquer que le soleil allait se coucher - Puisque vous n'avez pas voulu dĂner avec nous, Ors' Anton', lui dit-il, je vous conseille de ne pas faire attendre plus longtemps mademoiselle Colomba. Et puis il ne fait pas toujours bon Ă courir les chemins quand le soleil est couchĂ©. Pourquoi donc sortez-vous sans fusil? Il y a de mauvaises gens dans ces environs; prenez-y garde. Aujourd'hui vous n'avez rien Ă craindre; les Barricini amĂšnent le prĂ©fet chez eux; ils l'ont rencontrĂ© sur la route, et il s'arrĂÂȘte un jour Ă Pietranera avant d'aller poser Ă Corte une premiĂšre pierre, comme on dit..., une bĂÂȘtise! Il couche ce soir chez les Barricini; mais demain ils seront libres. Il y a Vincentello, qui est un mauvais garnement, et Orlanduccio, qui ne vaut guĂšre mieux... TĂÂąchez de les trouver sĂ©parĂ©s, aujourd'hui l'un, demain l'autre; mais mĂ©fiez-vous, je ne vous dis que cela. - Merci du conseil, dit Orso; mais nous n'avons rien Ă dĂ©mĂÂȘler ensemble; jusqu'Ă ce qu'ils viennent me chercher, je n'ai rien Ă leur dire. Le bandit tira la langue de cĂÂŽtĂ© et la fit claquer contre sa joue d'un air ironique, mais il ne rĂ©pondit rien. Orso se levait pour partir - Ă⏠propos, dit Brandolaccio, je ne vous ai pas remerciĂ© de votre poudre; elle m'est venue bien Ă propos. Maintenant rien ne me manque..., c'est-Ă -dire il me manque encore des souliers..., mais je m'en ferai de la peau d'un mouflon un de ces jours. Orso glissa deux piĂšces de cinq francs dans la main du bandit. - C'est Colomba qui t'envoyait la poudre; voici pour t'acheter des souliers. - Pas de bĂÂȘtises, mon lieutenant, s'Ă©cria Brandolaccio en lui rendant les deux piĂšces. Est-ce que vous me prenez pour un mendiant? J'accepte le pain et la poudre, mais je ne veux rien autre chose. - Entre vieux soldats, j'ai cru qu'on pouvait s'aider. Allons, adieu! Mais, avant de partir, il avait mis l'argent dans la besace du bandit sans qu'il s'en fĂ»t aperçu. - Adieu, Ors' Anton'! dit le thĂ©ologien. Nous nous retrouverons peut-ĂÂȘtre au maquis un de ces jours, et nous continuerons nos Ă©tudes sur Virgile. Orso avait quittĂ© ses honnĂÂȘtes compagnons depuis un quart d'heure, lorsqu'il entendit un homme qui courait derriĂšre lui de toutes ses forces. C'Ă©tait Brandolaccio. - C'est un peu fort, mon lieutenant, s'Ă©cria-t-il hors d'haleine, un peu trop fort! voilĂ vos dix francs. De la part d'un autre, je ne passerais pas l'espiĂšglerie. Bien des choses de ma part Ă mademoiselle Colomba. Vous m'avez tout essoufflĂ©! Bonsoir. CHAPITRE XII. Orso trouva Colomba un peu alarmĂ©e de sa longue absence; mais, en le voyant, elle reprit cet air de sĂ©rĂ©nitĂ© triste qui Ă©tait son expression habituelle. Pendant le repas du soir, ils ne parlĂšrent que de choses indiffĂ©rentes, et Orso, enhardi par l'air calme de sa soeur, lui raconta sa rencontre avec les bandits, et hasarda mĂÂȘme quelques plaisanteries sur l'Ă©ducation morale et religieuse que recevait la petite Chilina par les soins de son oncle et de son honorable collĂšgue, le sieur Castriconi. - Brandolaccio est un honnĂÂȘte homme, dit Colomba; mais, pour Castriconi, j'ai entendu dire que c'Ă©tait un homme sans principes. - Je crois, dit Orso, qu'il vaut tout autant que Brandolaccio, et Brandolaccio autant que lui. L'un et l'autre sont en guerre ouverte avec la sociĂ©tĂ©. Un premier crime les entraĂne chaque jour Ă d'autres crimes; et pourtant ils ne sont peut-ĂÂȘtre pas aussi coupables que bien des gens qui n'habitent pas le maquis. Un Ă©clair de joie brilla sur le front de sa soeur. - Oui, poursuivit Orso; ces misĂ©rables ont de l'honneur Ă leur maniĂšre. C'est un prĂ©jugĂ© cruel et non une basse cupiditĂ© qui les a jetĂ©s dans la vie qu'ils mĂšnent. Il y eut un moment de silence. - Mon frĂšre, dit Colomba en lui versant du cafĂ©, vous savez peut-ĂÂȘtre que Charles-Baptiste Pietri est mort la nuit passĂ©e? Oui, il est mort de la fiĂšvre des marais. - Qui est-ce Pietri? - C'est un homme de ce bourg, mari de Madeleine, qui a reçu le portefeuille de notre pĂšre mourant. Sa veuve est venue me prier de paraĂtre Ă sa veillĂ©e et d'y chanter quelque chose. Il convient que vous veniez aussi. Ce sont nos voisins, et c'est une politesse dont on ne peut se dispenser dans un petit endroit comme le nĂÂŽtre. - Au diable ta veillĂ©e, Colomba! Je n'aime point Ă voir ma soeur se donner ainsi en spectacle au public. - Orso, rĂ©pondit Colomba, chacun honore ses morts Ă sa maniĂšre. La ballata nous vient de nos aĂÂŻeux, et nous devons la respecter comme un usage antique. Madeleine n'a pas le don, et la Fiordispina, qui est la meilleure voceratrice du pays, est malade. Il faut bien quelqu'un pour la ballata. - Crois-tu que Charles-Baptiste ne trouvera pas son chemin dans l'autre monde si l'on ne chante de mauvais vers sur sa biĂšre? Va Ă lĂ veillĂ©e si tu veux, Colomba; j'irai avec toi, si tu crois que je le doive, mais n'improvise pas; cela est inconvenant Ă ton ĂÂąge, et... je t'en prie, ma soeur. - Mon frĂšre, j'ai promis. C'est la coutume ici, vous le savez, et, je vous le rĂ©pĂšte, il n'y a que moi pour improviser. - Sotte coutume! - Je souffre beaucoup de chanter ainsi. Cela me rappelle tous nos malheurs. Demain j'en serai malade; mais il le faut. Permettez-le-moi, mon frĂšre. Souvenez-vous qu'Ă Ajaccio vous m'avez dit d'improviser pour amuser cette demoiselle anglaise qui se moque de nos vieux usages. Ne pourrai-je donc improviser aujourd'hui pour de pauvres gens qui m'en sauront grĂ©, et que cela aidera Ă supporter leur chagrin? - Allons, fais comme tu voudras, Je gage que tu as dĂ©jĂ composĂ© ta ballata, et tu ne veux pas la perdre. - Non, je ne pourrais pas composer cela d'avance, mon frĂšre. Je me mets devant le mort, et je pense Ă ceux qui restent. Les larmes me viennent aux yeux, et alors je chante ce qui me vient Ă l'esprit. Tout cela Ă©tait dit avec une simplicitĂ© telle qu'il Ă©tait impossible de supposer le moindre amour-propre poĂ©tique chez la signora Colomba. Orso se laissa flĂ©chir et se rendit avec sa soeur Ă la maison de Pietri. Le mort Ă©tait couchĂ© sur une table, la figure dĂ©couverte, dans la plus grande piĂšce de la maison. Portes et fenĂÂȘtres Ă©taient ouvertes, et plusieurs cierges brĂ»laient autour de la table. Ă⏠la tĂÂȘte du mort se tenait sa veuve, et derriĂšre elle un grand nombre de femmes occupaient tout un cĂÂŽtĂ© de la chambre; de l'autre Ă©taient rangĂ©s les hommes, debout, tĂÂȘte nue, l'oeil fixĂ© sur le cadavre, observant un profond silence. Chaque nouveau visiteur s'approchait de la table, embrassait le mort 1, faisait un signe de tĂÂȘte Ă sa veuve et Ă son fils, puis prenait place dans le cercle sans profĂ©rer une parole. De temps en temps, nĂ©anmoins, un des assistants rompait le silence solennel pour adresser quelques mots au dĂ©funt. Ă Pourquoi as-tu quittĂ© ta bonne femme? disait une commĂšre. N'avait-elle pas bien soin de toi? Que te manquait-il? Pourquoi ne pas attendre un mois encore, ta bru t'aurait donnĂ© un fils? Ă» - 1 Cet usage subsiste encore Ă Bocognano 1840. Un grand jeune homme, fils de Pietri, serrant la main froide de son pĂšre, s'Ă©cria Ă Oh! pourquoi n'es-tu pas mort de la malemort? Nous t'aurions vengĂ©! Ă» - 1 La mala morte, mort violente. Ce furent les premiĂšres paroles qu'Orso entendit en entrant. Ă⏠sa vue le cercle s'ouvrit, et un faible murmure de curiositĂ© annonça l'attente de l'assemblĂ©e excitĂ©e par la prĂ©sence de la voceratrice. Colomba embrassa la veuve, prit une de ses mains et demeura quelques minutes recueillie et les yeux baissĂ©s. Puis elle rejeta son mezzaro en arriĂšre, regarda fixement le mort, et, penchĂ©e sur ce cadavre, presque aussi pĂÂąle que lui, elle commença de la sorte Ă Charles-Baptiste! le Christ reçoive ton ĂÂąme! - Vivre, c'est souffrir. Tu vas dans un lieu - oĂÂč il n'y a ni soleil ni froidure. - Tu n'as plus besoin de ta serpe - ni de ta lourde pioche. - Plus de travail pour toi. - DĂ©sormais tous tes jours sont des dimanches. - Charles-Baptiste, le Christ ait ton ĂÂąme! - Ton fils gouverne ta maison. - J'ai vu tomber le chĂÂȘne - dessĂ©chĂ© par le Libeccio. - J'ai cru qu'il Ă©tait mort. - Je suis repassĂ©e, et sa racine - avait poussĂ© un rejeton. - Le rejeton est devenu un chĂÂȘne, - au vaste ombrage. - Sous ses fortes branches, MaddelĂš, repose-toi, - et pense au chĂÂȘne qui n'est plus. Ă» Ici Madeleine commença Ă sangloter tout haut, et deux ou trois hommes qui, dans l'occasion, auraient tirĂ© sur des chrĂ©tiens avec autant de sang-froid que sur des perdrix, se mirent Ă essuyer de grosses larmes sur leurs joues basanĂ©es. Colomba continua de la sorte pendant quelque temps, s'adressant tantĂÂŽt au dĂ©funt, tantĂÂŽt Ă sa famille, quelquefois, par une prosopopĂ©e frĂ©quente dans les ballata, faisant parler le mort lui-mĂÂȘme pour consoler ses amis ou leur donner des conseils. Ă⏠mesure qu'elle improvisait, sa figure prenait une expression sublime; son teint se colorait d'un rose transparent qui faisait ressortir davantage l'Ă©clat de ses dents et le feu de ses prunelles dilatĂ©es. C'Ă©tait la pythonisse sur son trĂ©pied. Sauf quelques soupirs, quelques sanglots Ă©touffĂ©s, on n'eĂ»t pas entendu le plus lĂ©ger murmure dans la foule qui se pressait autour d'elle. Bien que moins accessible qu'un autre Ă cette poĂ©sie sauvage, Orso se sentit bientĂÂŽt atteint par l'Ă©motion gĂ©nĂ©rale. RetirĂ© dans un coin obscur de la salle, il pleura comme pleurait le fils de Pietri. Tout Ă coup un lĂ©ger mouvement se fit dans l'auditoire le cercle s'ouvrit, et plusieurs Ă©trangers entrĂšrent. Au respect qu'on leur montra, Ă l'empressement qu'on mit Ă leur faire place, il Ă©tait Ă©vident que c'Ă©taient des gens dont la visite honorait singuliĂšrement la maison. Cependant, par respect pour la ballata, personne ne leur adressa la parole. Celui qui Ă©tait entrĂ© le premier paraissait avoir une quarantaine d'annĂ©es. Son habit noir, son ruban rouge Ă rosette, l'air d'autoritĂ© et de confiance qu'il portait sur sa figure, faisaient d'abord deviner le prĂ©fet. DerriĂšre lui venait un vieillard voĂ»tĂ©, au teint bilieux, cachant mal sous des lunettes vertes un regard timide et inquiet. Il avait un habit noir trop large pour lui, et qui, bien que tout neuf encore, avait Ă©tĂ© Ă©videmment fait plusieurs annĂ©es auparavant. Toujours Ă cĂÂŽtĂ© du prĂ©fet, on eĂ»t dit qu'il voulait se cacher dans son ombre. Enfin, aprĂšs lui, entrĂšrent deux jeunes gens de haute taille, le teint brĂ»lĂ© par le soleil, les joues enterrĂ©es sous d'Ă©pais favoris, l'oeil fier, arrogant, montrant une impertinente curiositĂ©. Orso avait en le temps d'oublier les physionomies des gens de son village; mais la vue du vieillard en lunettes vertes rĂ©veilla sur-le-champ en son esprit de vieux souvenirs. Sa prĂ©sence Ă la suite du prĂ©fet suffisait pour le faire reconnaĂtre. C'Ă©tait l'avocat Barricini, le maire de Pietranera, qui venait avec ses deux fils donner au prĂ©fet la reprĂ©sentation d'une ballata. Il serait difficile de dĂ©finir ce qui se passa en ce moment dans l'ĂÂąme d'Orso; mais la prĂ©sence de l'ennemi de son pĂšre lui causa une espĂšce d'horreur, et, plus que jamais. il se sentit accessible aux soupçons qu'il avait longtemps combattus. Pour Colomba, Ă la vue de l'homme Ă qui elle avait voilĂ© une haine mortelle, sa physionomie mobile prit aussitĂÂŽt une expression sinistre. Elle pĂÂąlit; sa voix devint rauque, le vers commencĂ© expira sur ses lĂšvres... Mais bientĂÂŽt, reprenant sa ballata, elle poursuivit avec une nouvelle vĂ©hĂ©mence Ă Quand l'Ă©pervier se lamente - devant son nid vide, - les Ă©tourneaux voltigent alentour, - insultant Ă sa douleur. Ă» Ici on entendit un rire Ă©touffĂ©; c'Ă©taient les deux jeunes gens nouvellement arrivĂ©s qui trouvaient sans doute la mĂ©taphore trop hardie. Ă L'Ă©pervier se rĂ©veillera, il dĂ©ploiera ses ailes, lavera son bec dans le sang! - Et toi, Charles-Baptiste, que tes amis - t'adressent leur dernier adieu. - Leurs larmes ont assez coulĂ©. - La pauvre orpheline seule ne te pleurera pas. - Pourquoi te pleurerait-elle? - Tu t'es endormi plein de jours - au milieu de ta famille - prĂ©parĂ© Ă comparaĂtre - devant le Tout-Puissant. - L'orpheline pleure son pĂšre, - surpris par de lĂÂąches assassins, - frappĂ© par derriĂšre; - son pĂšre dont le sang est rouge - sous l'amas de feuilles vertes. - Mais elle a recueilli son sang, - ce sang noble et innocent; - elle l'a rĂ©pandu sur Pietranera, - pour qu'il devĂnt un poison mortel. Et Pietranera restera marquĂ©e, - jusqu'Ă ce qu'un sang coupable - ait effacĂ© la trace du sang innocent. Ă» En achevant ces mots, Colomba se laissa tomber sur une chaise, elle rabattit son mezzaro sur sa figure, et on I'entendit sangloter. Les femmes en pleurs s'empressĂšrent autour de l'improvisatrice; plusieurs hommes jetaient des regards farouches sur le maire et ses fils; quelques vieillards murmuraient contre le scandale qu'ils avaient occasionnĂ© par leur prĂ©sence. Le fils du dĂ©funt fendit la presse et se disposait Ă prier le maire de vider la place au plus vite; mais celui-ci n'avait pas attendu cette invitation. Il gagnait la porte, et dĂ©jĂ ses deux fils Ă©taient dans la rue. Le prĂ©fet adressa quelques compliments de condolĂ©ance au jeune Pietri, et les suivit presque aussitĂÂŽt. Pour Orso, il s'approcha de sa soeur, lui prit le bras et l'entraĂna hors de la salle. - Accompagnez-les, dit le jeune Pietri Ă quelques-uns de ses amis. Ayez soin que rien ne leur arrive! Deux ou trois jeunes gens mirent prĂ©cipitamment leur stylet dans la manche gauche de leur veste, et escortĂšrent Orso et sa soeur jusqu'Ă la porte de leur maison. CHAPITRE XIII. Colomba, haletante, Ă©puisĂ©e, Ă©tait hors d'Ă©tat de prononcer une parole. Sa tĂÂȘte Ă©tait appuyĂ©e sur l'Ă©paule de son frĂšre, et elle tenait une de ses mains serrĂ©e entre les siennes. Bien qu'il lui sĂ»t intĂ©rieurement assez mauvais grĂ© de sa pĂ©roraison, Orso Ă©tait trop alarmĂ© pour lui adresser le moindre reproche. Il attendait en silence la fin de la crise nerveuse Ă laquelle elle semblait en proie, lorsqu'on frappa Ă la porte, et Saveria entra tout affairĂ©e annonçant Ă Monsieur le PrĂ©fet! Ă» Ă⏠ce nom, Colomba se releva comme honteuse de sa faiblesse, et se tint debout, s'appuyant sur une chaise qui tremblait visiblement sous sa main. Le prĂ©fet dĂ©buta par quelques excuses banales sur l'heure indue de sa visite, plaignit mademoiselle Colomba, parla du danger des Ă©motions fortes, blĂÂąma la coutume des lamentations funĂšbres que le talent mĂÂȘme de la voceratrice rendait encore plus pĂ©nibles pour les assistants; il glissa avec adresse un lĂ©ger reproche sur la tendance de la derniĂšre improvisation. Puis, changeant de ton - Monsieur della Rebbia, dit-il, je suis chargĂ© de bien des compliments pour vous par vos amis anglais miss Nevil fait mille amitiĂ©s Ă mademoiselle votre soeur. J'ai pour vous une lettre d'elle Ă vous remettre. - Une lettre de miss Nevil? s'Ă©cria Orso. - Malheureusement je ne l'ai pas sur moi, mais vous l'aurez dans cinq minutes. Son pĂšre a Ă©tĂ© souffrant. Nous avons craint un moment qu'il n'eĂ»t gagnĂ© nos terribles fiĂšvres. Heureusement, le voilĂ hors d'affaire, et vous en jugerez par vous-mĂÂȘme, car vous le verrez bientĂÂŽt, j'imagine. - Miss Nevil a dĂ» ĂÂȘtre bien inquiĂšte? - Par bonheur elle n'a connu le danger que lorsqu'il Ă©tait dĂ©jĂ loin. Monsieur della Rebbia, miss Nevil m'a beaucoup parlĂ© de vous et de mademoiselle votre soeur. Orso s'inclina. - Elle a beaucoup d'amitiĂ© pour vous deux. Sous un extĂ©rieur plein de grĂÂące, sous une apparence de lĂ©gĂšretĂ©, elle cache une raison parfaite. - C'est une charmante personne, dit Orso. - C'est presque Ă sa priĂšre que je viens ici, monsieur. Personne ne connaĂt mieux que moi une fatale histoire que je voudrais bien n'ĂÂȘtre pas obligĂ© de vous rappeler. Puisque monsieur Barricini est encore maire de Pietranera, et moi, prĂ©fet ce dĂ©partement, je n'ai pas besoin de vous dire le cas que je fais de certains soupçons, dont, si je, suis bien informĂ©, quelques personnes imprudentes vous ont fait part, et que vous avez repoussĂ©s je le sais, avec l'indignation qu'on devait attendre de votre position et de votre caractĂšre. - Colomba, dit Orso s'agitant sur sa chaise, tu es bien fatiguĂ©e. Tu devrais aller te coucher. Colomba fit un signe de tĂÂȘte nĂ©gatif. Elle avait repris son calme habituel et fixait des yeux ardents sur le prĂ©fet. - Monsieur Barricini, continua le prĂ©fet, dĂ©sirerait vivement voir cesser cette espĂšce d'inimitiĂ©, ... c'est-Ă -dire cet Ă©tat d'incertitude oĂÂč vous vous trouvez l'un vis-Ă -vis de l'autre... Pour ma part, je serais enchantĂ© de vous voir Ă©tablir avec lui les rapports que doivent avoir ensemble des gens faits pour s'estimer... - Monsieur, interrompit Orso d'une voix Ă©mue, je n'ai jamais accusĂ© l'avocat Barricini d'avoir fait assassiner mon pĂšre, mais il a fait une action qui m'empĂÂȘchera toujours d'avoir aucune relation avec lui. Il a supposĂ© une lettre menaçante, au nom d'un certain bandit... du moins il l'a sourdement attribuĂ©e Ă mon pĂšre. Cette lettre enfin, monsieur, a probablement Ă©tĂ© la cause indirecte de sa mort. Ă» Le prĂ©fet se recueillit un instant. - Que monsieur votre pĂšre l'ait cru, lorsque, emportĂ© par la la vivacitĂ© de son caractĂšre, il plaidait contre monsieur Barricini, la chose est excusable; mais, de votre part, un semblable aveuglement n'est plus permis. RĂ©flĂ©chissez donc que Barricini n'avait point intĂ©rĂÂȘt Ă supposer cette lettre... Je ne vous parle pas de son caractĂšre, ... vous ne le connaissez point, vous ĂÂȘtes prĂ©venu contre lui, ... mais vous ne supposez pas qu'un homme connaissant les lois... - Mais, monsieur, dit Orso en se levant, veuillez songer que me dire que cette lettre n'est pas l'ouvrage de monsieur Barricini, c'est l'attribuer Ă mon pĂšre. Son honneur, monsieur, est le mien. - Personne plus que moi, monsieur, poursuivit le prĂ©fet, n'est convaincu de l'honneur du colonel della Rebbia... mais... l'auteur de cette lettre est connu maintenant. - Qui? s'Ă©cria Colomba s'avançant vers le prĂ©fet. - Un misĂ©rable, coupable de plusieurs crimes... de ces crimes que vous ne pardonnez pas, vous autres Corses, un voleur, un certain Tomaso Bianchi, Ă prĂ©sent dĂ©tenu dans les prisons de Bastia, a rĂ©vĂ©lĂ© qu'il Ă©tait l'auteur de cette fatale lettre. - Je ne connais pas cet homme, dit Orso. Quel aurait pu ĂÂȘtre son but? - C'est un homme de ce pays, dit Colomba, frĂšre d'un ancien meunier Ă nous. C'est un mĂ©chant et un menteur, indigne qu'on le croie. - Vous allez voir, continua le prĂ©fet, l'intĂ©rĂÂȘt qu'il avait dans l'affaire. Le meunier dont parle mademoiselle votre soeur, - il se nommait, je crois, ThĂ©odore, - tenait Ă loyer du colonel un moulin sur le cours d'eau dont monsieur Barricini contestait la possession Ă monsieur votre pĂšre. Le colonel, gĂ©nĂ©reux Ă son habitude, ne tirait presque aucun profit de son moulin. Or, Tomaso a cru que si monsieur Barricini obtenait le cours d'eau, il aurait un loyer considĂ©rable Ă lui payer, car on sait que monsieur Barricini aime assez l'argent. Bref, pour obliger son frĂšre, Tomaso a contrefait la lettre du bandit, et voilĂ toute l'histoire. Vous savez que les liens de famille sont si puissants en Corse, qu'ils entraĂnent quelquefois au crime... Veuillez prendre connaissance de cette lettre que m'Ă©crit le procureur gĂ©nĂ©ral, elle vous confirmera ce que je viens de vous dire. Orso parcourut la lettre qui relatait en dĂ©tail les aveux de Tomaso, et Colomba lisait en mĂÂȘme temps par-dessus l'Ă©paule de son frĂšre. Lorsqu'elle eut fini, elle s'Ă©cria - Orlanduccio Barricini est allĂ© Ă Bastia il y a un mois, lorsqu'on a su que mon frĂšre allait revenir. Il aura vu Tomaso et lui aura achetĂ© ce mensonge. - Mademoiselle, dit le prĂ©fet avec impatience, vous expliquez tout par des suppositions odieuses; est-ce le moyen de dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ©? Vous, monsieur, vous ĂÂȘtes de sang-froid; dites-moi, que pensez-vous maintenant? Croyez-vous, comme mademoiselle, qu'un homme qui n'a Ă redouter qu'une condamnation assez lĂ©gĂšre se charge de gaietĂ© de coeur d'un crime de faux pour obliger quelqu'un qu'il ne connaĂt pas? Orso relut la lettre du procureur gĂ©nĂ©ral, pesant chaque mot avec une attention extraordinaire; car, depuis qu'il avait vu l'avocat Barricini, il se sentait plus difficile Ă convaincre qu'il ne l'eĂ»t Ă©tĂ© quelques jours auparavant. Enfin il se vit contraint d'avouer que l'explication lui paraissait satisfaisante. - Mais Colomba s'Ă©cria avec force - Tomaso Bianchi est un fourbe. Il ne sera pas condamnĂ©, ou il s'Ă©chappera de prison, j'en suis sĂ»re. Le prĂ©fet haussa les Ă©paules. - Je vous ai fait part, monsieur, dit-il, des renseignements que j'ai reçus. Je me retire, et je vous abandonne Ă vos rĂ©flexions. J'attendrai que votre raison vous ait Ă©clairĂ©, et j'espĂšre qu'elle sera plus puissante que les... suppositions de votre soeur. Orso, aprĂšs quelques paroles pour excuser Colomba, rĂ©pĂ©ta qu'il croyait maintenant que Tomaso Ă©tait le seul coupable. Le prĂ©fet s'Ă©tait levĂ© pour sortir. - S'il n'Ă©tait pas si tard. dit-il, je vous proposerais de venir avec moi prendre la lettre de miss Nevil... Par la mĂÂȘme occasion, vous pourriez dire Ă monsieur Barricini ce que vous venez de me dire, et tout serait fini. - Jamais Orso della Rebbia n'entrera chez un Barricini! s'Ă©cria Colomba avec impĂ©tuositĂ©. - Mademoiselle est le tintinajo 1 de la famille, Ă ce qu'il paraĂt, dit le prĂ©fet d'un air de raillerie. - 1 On appelle ainsi le bĂ©lier porteur d'une sonnette qui conduit le troupeau, et, par mĂ©taphore, on donne le mĂÂȘme nom au membre d'une famille qui la dirige dans toute les affaires importantes. - Monsieur, dit Colomba d'une voix ferme, on vous trompe. Vous ne connaissez pas l'avocat. C'est le plus rusĂ©, le plus fourbe des hommes. Je vous en conjure, ne faites pas faire Ă Orso une action qui le couvrirait de honte. - Colomba! s'Ă©cria Orso, la passion te fait dĂ©raisonner. - Orso! Orso! par la cassette que je vous ai remise, je vous en supplie, Ă©coutez-moi. Entre vous et les Barricini il y a du sang; vous n'irez pas chez eux! - Ma soeur! - Non, mon frĂšre, vous n'irez point, ou je quitterai cette maison, et vous ne me reverrez plus... Orso, ayez pitiĂ© de moi. Et elle tomba Ă genoux. - Je suis dĂ©solĂ©, dit le prĂ©fet, de voir mademoiselle della Rebbia si peu raisonnable. Vous la convaincrez, j'en suis sĂ»r. Il entrouvrit la porte et s'arrĂÂȘta, paraissant attendre qu'Orso le suivĂt. - Je ne puis la quitter maintenant, dit Orso... Demain, si... - Je pars de bonne heure, dit le prĂ©fet. - Au moins, mon frĂšre, s'Ă©cria Colomba les mains jointes, attendez jusqu'Ă demain matin. Laissez-moi revoir les papiers de mon pĂšre... Vous ne pouvez me refuser cela. - Eh bien! tu les verras ce soir, mais au moins tu ne me tourmenteras plus ensuite avec cette haine extravagante... Mille pardons, monsieur le prĂ©fet... Je me sens moi-mĂÂȘme si mal Ă mon aise. Il vaut mieux que ce soit demain. - La nuit porte conseil, dit le prĂ©fet, en se retirant, j'espĂšre que demain toutes vos irrĂ©solutions auront cessĂ©. - SavĂ©ria, s'Ă©cria Colomba, prends la lanterne et accompagne monsieur le prĂ©fet. Il te remettra une lettre pour mon frĂšre. Elle ajouta quelques mots que Saveria seule entendit. - Colomba, dit Orso lorsque le prĂ©fet fut parti, tu m'as fait beaucoup de peine. Te refuseras-tu donc toujours Ă l'Ă©vidence? - Vous m'avez donnĂ© jusqu'Ă demain, rĂ©pondit-elle. J'ai bien peu de temps, mais j'espĂšre encore. Puis elle prit un trousseau de clefs et courut dans une chambre de I'Ă©tage supĂ©rieur. LĂ , on l'entendit ouvrir prĂ©cipitamment des tiroirs et fouiller dans un secrĂ©taire oĂÂč le colonel della Rebbia enfermait autrefois des papiers importants. CHAPITRE XIV. Saveria fut longtemps absente, et l'impatience d'Orso Ă©tait Ă son comble lorsqu'elle reparut enfin, tenant une lettre, et suivie de la petite Chilina, qui se frottait les yeux, car elle avait Ă©tĂ© rĂ©veillĂ©e de son premier somme. - Enfant, dit Orso, que viens-tu faire ici Ă cette heure? - Mademoiselle me demande, rĂ©pondit Chilina. - Que diable lui veut-elle? pensa Orso; mais il se hĂÂąta de dĂ©cacheter la lettre de miss Lydia, et, pendant qu'il lisait, Chilina montait auprĂšs de sa soeur. Ă Mon pĂšre a Ă©tĂ© un peu malade, monsieur, disait miss Nevil, et il est d'ailleurs si paresseux pour Ă©crire, que je suis obligĂ©e de lui servir de secrĂ©taire. L'autre jour, vous savez qu'il s'est mouillĂ© les pieds sur le bord de la mer, au lieu d'admirer le paysage avec nous, et il n'en faut pas davantage pour donner la fiĂšvre dans votre charmante Ăle. Je vois d'ici la mine que vous faites, vous cherchez sans doute votre stylet, mais j'espĂšre que vous n'en avez plus. Donc, mon pĂšre a eu un peu de fiĂšvre, et moi beaucoup de frayeur; le prĂ©fet, que je persiste Ă trouver trĂšs aimable, nous a donnĂ© un mĂ©decin fort aimable aussi, qui, en deux jours, nous a tirĂ©s de peine l'accĂšs n'a pas reparu, et mon pĂšre veut retourner Ă la chasse; mais je la lui dĂ©fends encore. - Comment avez-vous trouvĂ© votre chĂÂąteau des montagnes? Votre tour du nord est-elle toujours Ă la mĂÂȘme place? Y a-t-il des fantĂÂŽmes? Je vous demande tout cela, parce que mon pĂšre se souvient que vous lui avez promis daims, sangliers, mouflons... Est-ce bien lĂ le nom de cette bĂÂȘte Ă©trange? En allant nous embarquer Ă Bastia, nous comptons vous demander l'hospitalitĂ©, et j'espĂšre que le chĂÂąteau della Rebbia, que vous dites si vieux et si dĂ©labrĂ©, ne s'Ă©croulera pas sur nos tĂÂȘtes. Quoique le prĂ©fet soit si aimable qu'avec lui on ne manque jamais de sujet de conversation, by the bye, je me flatte de lui avoir fait tourner la tĂÂȘte. - Nous avons parlĂ© de votre seigneurie. Les gens de loi de Bastia lui ont envoyĂ© certaines rĂ©vĂ©lations d'un coquin qu'ils tiennent sous les verrous, et qui sont de nature Ă dĂ©truire vos derniers soupçons; votre inimitiĂ©, qui parfois m'inquiĂ©tait, doit cesser dĂšs lors. Vous n'avez pas d'idĂ©e comme cela m'a fait plaisir. Quand vous ĂÂȘtes parti avec la belle voceratrice, le fusil Ă la main, le regard sombre, vous m'ayez paru plus Corse qu'Ă l'ordinaire... trop Corse mĂÂȘme. Basta! je vous en Ă©cris si long, parce que je m'ennuie. Le prĂ©fet va partir, hĂ©las! Nous vous enverrons un message lorsque nous nous mettrons en route pour vos montagnes, et je prendrai la libertĂ© d'Ă©crire Ă mademoiselle Colomba pour lui demander un bruccio, ma solenne. En attendant, dites-lui mille tendresses. Je fais grand usage de son stylet, j'en coupe les feuillets d'un roman que j'ai apportĂ©; mais ce fer terrible s'indigne de cet usage et me dĂ©chire mon livre d'une façon pitoyable. Adieu, monsieur; mon pĂšre vous envoie his best love. Ăâ°coutez le prĂ©fet, il est homme de bon conseil, et se dĂ©tourne de sa route, je crois, Ă cause de vous; il va poser une premiĂšre pierre Ă Corte; je m'imagine que ce doit ĂÂȘtre une cĂ©rĂ©monie bien imposante, et je regrette fort de n'y pas assister. Un monsieur en habit brodĂ©, bas de soie, Ă©charpe blanche, tenant une truelle!... et un discours; la cĂ©rĂ©monie se terminera par les cris mille fois rĂ©pĂ©tĂ©s de vive le roi! - Vous allez ĂÂȘtre bien fat de m'avoir fait remplir les quatre pages; mais je m'ennuie, monsieur, je vous le rĂ©pĂšte, et, par cette raison, je vous permets de m'Ă©crire trĂšs longuement. Ă⏠propos, je trouve extraordinaire que vous ne m'ayez pas encore mandĂ© votre heureuse arrivĂ©e dans Pietranera-Castle. LYDIA. Je vous demande d'Ă©couter le prĂ©fet, et de faire ce qu'il vous dira. Nous avons arrĂÂȘtĂ© ensemble que vous deviez en agir ainsi, et cela me fera plaisir. Ă» Orso lut trois ou quatre fois cette lettre, accompagnant mentalement chaque lecture de commentaires sans nombre; puis il fit une longue rĂ©ponse, qu'il chargea Saveria de porter Ă un homme du village qui partait la nuit mĂÂȘme pour Ajaccio. DĂ©jĂ il ne pensait guĂšre Ă discuter avec sa soeur les griefs vrais ou faux des Barricini, la lettre de miss Lydia lui faisait tout voir en couleur de rose; il n'avait plus ni soupçons ni haine. AprĂšs avoir attendu quelque temps que sa soeur redescendĂt, et ne la voyant pas reparaĂtre, il alla se coucher, le coeur plus lĂ©ger qu'il ne se l'Ă©tait senti depuis longtemps. Chilina ayant Ă©tĂ© congĂ©diĂ©e avec des instructions secrĂštes, Colomba passa la plus grande partie de la nuit Ă lire de vieilles paperasses. Un peu avant le jour, quelques petits cailloux furent lancĂ©s contre sa fenĂÂȘtre; Ă ce signal, elle descendit au jardin, ouvrit une porte dĂ©robĂ©e, et introduisit dans sa maison deux hommes de fort mauvaise mine; son premier soin fut de les mener Ă la cuisine et de leur donner Ă manger. Ce qu'Ă©taient ces hommes, on le saura tout Ă l'heure. CHAPITRE XV. Le matin, vers six heures, un domestique du prĂ©fet frappait Ă la maison d'Orso. Reçu par Colomba, il lui dit que le prĂ©fet allait partir, et qu'il attendait son frĂšre. Colomba rĂ©pondit sans hĂ©siter que son frĂšre venait de tomber dans l'escalier et de se fouler le pied; qu'Ă©tant hors d'Ă©tat de faire un pas, il suppliait monsieur le prĂ©fet de l'excuser, et serait trĂšs reconnaissant, s'il daignait prendre la peine de passer chez lui. Peu aprĂšs ce message, Orso descendit et demanda Ă sa soeur si le prĂ©fet ne l'avait pas envoyĂ© chercher. - Il vous prie de l'attendre ici, dit-elle avec la plus grande assurance. Une demi-heure s'Ă©coula sans qu'on aperçût le moindre mouvement du cĂÂŽtĂ© de la maison des Barricini; cependant Orso demandait Ă Colomba si elle avait fait quelque dĂ©couverte; elle rĂ©pondit qu'elle s'expliquerait devant le prĂ©fet. Elle affectait un grand calme, mais son teint et ses yeux annonçaient une agitation fĂ©brile. Enfin, on vit s'ouvrir la porte de la maison Barricini; le prĂ©fet, en habit de voyage, sortit le premier, suivi du maire et de ses deux fils. Quelle fut la stupĂ©faction des habitants de Pietranera, aux aguets depuis le lever du soleil pour assister au dĂ©part du premier magistrat du dĂ©partement, lorsqu'ils le virent, accompagnĂ© des trois Barricini, traverser la place en droite ligne et entrer dans la maison della Rebbia. Ă Ils font la paix! Ă» s'Ă©criĂšrent les politiques du village. - Je vous le disais bien, ajouta un vieillard, Orso Antonio a trop vĂ©cu sur le continent pour faire les choses comme un homme de coeur. - Pourtant, rĂ©pondit un rebbianiste, remarquez que ce sont les Barricini qui viennent le trouver. Ils demandent grĂÂące. - C'est le prĂ©fet qui les a tous embobelinĂ©s, le vieillard; on n'a plus de courage aujourd'hui, et les jeunes gens se soucient du sang de leur pĂšre comme s'ils Ă©taient tous des bĂÂątards. Le prĂ©fet ne fut pas mĂ©diocrement surpris de trouver Orso debout et marchant sans peine. En deux mots, Colomba s'accusa de son mensonge et lui en demanda pardon - Si vous aviez demeurĂ© ailleurs, monsieur le prĂ©fet, dit-elle, mon frĂšre serait allĂ© dĂšs hier vous prĂ©senter ses respects. Orso se confondait en excuses, protestant qu'il n'Ă©tait pour rien dans cette ruse ridicule, dont il Ă©tait profondĂ©ment mortifiĂ©. Le prĂ©fet et le vieux Barricini parurent croire Ă la sincĂ©ritĂ© de ses regrets, justifiĂ©s d'ailleurs par sa confusion et les reproches qu'il adressait Ă sa soeur; mais les fils du maire ne parurent pas satisfaits - On se moque de nous, dit Orlanduccio, assez haut pour ĂÂȘtre entendu. - Si ma soeur me jouait de ces tours, dit Vincentello, je lui ĂÂŽterais bien vite l'envie de recommencer. Ces paroles, et le ton dont elles furent prononcĂ©es, dĂ©plurent Ă Orso et lui firent perdre un peu de sa bonne volontĂ©. Il Ă©changea avec les jeunes Barricini des regards oĂÂč ne se peignait nulle bienveillance. Cependant tout le monde Ă©tant assis, Ă l'exception de Colomba, qui se tenait debout prĂšs de la porte de la cuisine, le prĂ©fet prit la parole, et, aprĂšs quelques lieux communs sur les prĂ©jugĂ©s du pays, rappela que la plupart des inimitiĂ©s les plus invĂ©tĂ©rĂ©es n'avaient pour cause que des malentendus. Puis, s'adressant au maire, il lui dit que M. della Rebbia n'avait jamais cru que la famille Barricini eĂ»t pris une part directe ou indirecte dans l'Ă©vĂ©nement dĂ©plorable qui l'avait privĂ© de son pĂšre; qu'Ă la vĂ©ritĂ© il avait conservĂ© quelques doutes relatifs Ă une particularitĂ© du procĂšs qui avait existĂ© entre les deux familles; que ce doute s'excusait par la longue absence de M. Orso et la nature des renseignements qu'il avait reçus; qu'Ă©clairĂ© maintenant par des rĂ©vĂ©lations rĂ©centes, il se tenait pour complĂštement satisfait, et dĂ©sirait Ă©tablir avec M. Barricini et ses fils des relations d'amitiĂ© et de bon voisinage. Orso s'inclina d'un air contraint; M. Barricini balbutia quelques mots que personne n'entendit; ses fils regardĂšrent les poutres du plafond. Le prĂ©fet, continuant sa harangue, allait adresser Ă Orso la contrepartie de ce qu'il venait de dĂ©biter Ă M. Barricini, lorsque Colomba, tirant de dessous son fichu quelques papiers, s'avança gravement entre les parties contractantes - Ce serait avec un bien vif plaisir, dit-elle, que je verrais finir la guerre entre nos deux familles; mais pour que la rĂ©conciliation soit sincĂšre, il faut s'expliquer et ne rien laisser dans le doute. - Monsieur le prĂ©fet, la dĂ©claration de Tomaso Bianchi m'Ă©tait Ă bon droit suspecte, venant d'un homme aussi mal famĂ©. - J'ai dit que vos fils peut-ĂÂȘtre avaient vu cet homme dans la prison de Bastia... - Cela est faux, interrompit Orlanduccio, je ne l'ai point vu. Colomba lui jeta un regard de mĂ©pris, et poursuivit avec beaucoup de calme en apparence - Vous avez expliquĂ© l'intĂ©rĂÂȘt que pouvait avoir Tomaso Ă menacer monsieur Barricini au nom d'un bandit redoutable, par le dĂ©sir qu'il avait de conserver Ă son frĂšre ThĂ©odore le moulin que mon pĂšre lui louait Ă bas prix?... - Cela est Ă©vident, dit le prĂ©fet. - De la part d'un misĂ©rable comme paraĂt ĂÂȘtre ce Bianchi, tout s'explique, dit Orso, trompĂ© par l'air de modĂ©ration de sa soeur. - La lettre contrefaite, continua Colomba, dont les yeux commençaient Ă briller d'un Ă©clat plus vif, est datĂ©e du 11 juillet. Tomaso Ă©tait alors chez son frĂšre, au moulin. - Oui, dit le maire un peu inquiet. - Quel intĂ©rĂÂȘt avait donc Tomaso Bianchi? s'Ă©cria Colomba d'un air de triomphe. Le bail de son frĂšre Ă©tait expirĂ©; mon pĂšre lui avait donnĂ© congĂ© le 1er juillet. Voici le registre de mon pĂšre, la minute du congĂ©, la lettre d'un homme d'affaires d'Ajaccio qui nous proposait un nouveau meunier. En parlant ainsi, elle remit au prĂ©fet les papiers qu'elle tenait Ă la main. Il y eut un moment d'Ă©tonnement gĂ©nĂ©ral. Le maire pĂÂąlit visiblement; Orso, fronçant le sourcil, s'avança pour prendre connaissance des papiers que le prĂ©fet lisait avec beaucoup d'attention. - On se moque de nous! s'Ă©cria de nouveau Orlanduccio en se levant avec colĂšre. Allons-nous-en, mon pĂšre, nous n'aurions jamais dĂ» venir ici! Un instant suffit Ă M. Barricini pour reprendre son sang-froid. Il demanda Ă examiner les papiers; le prĂ©fet les lui remit sans dire, un mot. Alors, relevant ses lunettes vertes sur son front, il les parcourut d'un air assez indiffĂ©rent, pendant que Colomba l'observait avec les veux d'une tigresse qui voit un daim s'approcher de la taniĂšre de ses petits. - Mais, dit M. Barricini rabaissant ses lunettes et rendant les papiers au prĂ©fet, - connaissant la bontĂ© de feu monsieur le colonel... Tomaso a pensĂ©... il a dĂ» penser... que monsieur le colonel reviendrait sur sa rĂ©solution de lui donner congĂ©... De fait, il est restĂ© en possession du moulin, donc... - C'est moi, dit Colomba d'un ton de mĂ©pris, qui le lui ai conservĂ©. Mon pĂšre Ă©tait mort, et dans ma position je devais mĂ©nager les clients de ma famille. - Pourtant, dit le prĂ©fet, ce Tomaso reconnaĂt qu'il a Ă©crit la lettre..., cela est clair. - Ce qui est clair pour moi, interrompit Orso, c'est qu'il y a de grandes infamies cachĂ©es dans toute cette affaire. - J'ai encore Ă contredire une assertion de ces messieurs, dit Colomba. Elle ouvrit la porte de la cuisine, et aussitĂÂŽt entrĂšrent dans la salle, Brandolaccio, le licenciĂ© en thĂ©ologie et le chien Brusco. Les deux bandits Ă©taient sans armes, au moins apparentes; ils avaient la cartouchiĂšre Ă la ceinture, mais point le pistolet qui en est le complĂ©ment obligĂ©. En entrant dans la salle, ils ĂÂŽtĂšrent respectueusement leurs bonnets. On peut concevoir l'effet que produisit leur subite apparition. Le maire pensa tomber Ă la renverse; ses fils se jetĂšrent bravement devant lui, la main dans la poche de leur habit, cherchant leurs stylets. Le prĂ©fet fit un mouvement vers la porte, tandis qu'Orso, saisissant Brandolaccio au collet, lui cria - Que viens-tu faire ici, misĂ©rable? - C'est un guet-apens! s'Ă©cria le maire essayant d'ouvrir la porte; mais Saveria l'avait fermĂ©e en dehors Ă double tour, d'aprĂšs l'ordre des bandits, comme on le sut ensuite. - Bonnes gens! dit Brandolaccio, n'ayez pas peur de moi; je ne suis pas si diable que je suis noir. Nous n'avons nulle mauvaise intention. Monsieur le prĂ©fet, je suis bien votre serviteur. - Mon lieutenant, de la douceur, vous m'Ă©tranglez. - Nous venons ici comme tĂ©moins. Allons, parle, toi, CurĂ©, tu as la langue bien pendue. - Monsieur le prĂ©fet, dit le licenciĂ©, je n'ai pas l'honneur d'ĂÂȘtre connu de vous. Je m'appelle Giocanto Castriconi, plus connu sous le nom du CurĂ©... Ah! vous me remettez! Mademoiselle, que je n'avais pas l'avantage de connaĂtre non plus, m'a fait prier de lui donner des renseignements sur un nommĂ© Tomaso Bianchi, avec lequel j'Ă©tais dĂ©tenu, il y a trois semaines, dans les prisons de Bastia. Voici ce que j'ai Ă vous dire... - Ne prenez pas cette peine, dit le prĂ©fet; je n'ai rien Ă entendre d'un homme comme vous... Monsieur della Rebbia, j'aime Ă croire que vous n'ĂÂȘtes pour rien dans cet odieux complot. Mais ĂÂȘtes-vous maĂtre chez vous? Faites ouvrir cette porte. Votre soeur aura peut-ĂÂȘtre Ă rendre compte des Ă©tranges relations qu'elle entretient avec des bandits. - Monsieur le prĂ©fet, s'Ă©cria Colomba, daignez entendre ce que va dire cet homme. Vous ĂÂȘtes ici pour rendre justice Ă tous, et votre devoir est de rechercher la vĂ©ritĂ©. Parlez, Giocanto Castriconi. - Ne l'Ă©coutez pas! s'Ă©criĂšrent en choeur les trois Barricini. - Si tout le monde parle Ă la fois, dit le bandit en souriant, ce n'est pas le moyen de s'entendre. Dans la prison donc, j'avais pour compagnon, non pour ami, ce Tomaso en question. Il recevait de frĂ©quentes visites de monsieur Orlanduccio... - C'est faux, s'Ă©criĂšrent Ă la fois les deux frĂšres. - Deux nĂ©gations valent une affirmation, observa froidement Castriconi. Tomaso avait de l'argent; il mangeait et buvait du meilleur. J'ai toujours aimĂ© la bonne chĂšre c'est lĂ mon moindre dĂ©faut, et, malgrĂ© ma rĂ©pugnance Ă frayer avec ce drĂÂŽle, je me laissai aller Ă dĂner plusieurs fois avec lui. Par reconnaissance, je lui proposai de s'Ă©vader avec moi... Une petite... pour qui j'avais eu des bontĂ©s, m'en avait fourni les moyens... Je ne veux compromettre personne. Tomaso refusa, me dit qu'il Ă©tait sĂ»r de son affaire, que l'avocat Barricini l'avait recommandĂ© Ă tous les juges, qu'il sortirait de lĂ blanc comme neige et avec de l'argent dans la poche. Quant Ă moi, je crus devoir prendre l'air. Dixi. - Tout ce que dit cet homme est un tas de mensonges, rĂ©pĂ©ta rĂ©solument Orlanduccio. Si nous Ă©tions en rase campagne, chacun avec notre fusil, il ne parlerait pas de la sorte. - En voilĂ une de bĂÂȘtise! s'Ă©cria Brandolaccio. Ne vous brouillez pas avec le CurĂ©, Orlanduccio. - Me laisserez-vous sortir enfin, monsieur della Rebbia? dit le prĂ©fet frappant du pied d'impatience. - Saveria! Saveria! criait Orso, ouvrez la porte, de par le diable! - Un instant, dit Brandolaccio. Nous avons d'abord Ă filer, nous, de notre cĂÂŽtĂ©. Monsieur le prĂ©fet, il est d'usage, quand on se rencontre chez des amis communs, de se donner une demi-heure de trĂÂȘve en se quittant. Le prĂ©fet lui lança un regard de mĂ©pris. - Serviteur Ă toute la compagnie, dit Brandolaccio. Puis Ă©tendant le bras horizontalement Allons, Brusco, dit-il Ă son chien, saute pour monsieur le prĂ©fet! Le chien sauta, les bandits reprirent Ă la hĂÂąte leurs armes dans la cuisine, s'enfuirent par le jardin, et Ă un coup de sifflet aigu la porte de la salle s'ouvrit comme par enchantement. - Monsieur Barricini, dit Orso avec une fureur concentrĂ©e, je vous tiens pour un faussaire. DĂšs aujourd'hui j'enverrai ma plainte contre vous au procureur du roi, pour faux et pour complicitĂ© avec Bianchi. Peut-ĂÂȘtre aurai-je encore une plainte plus terrible Ă porter contre vous. - Et moi, monsieur della Rebbia, dit le maire, je porterai ma plainte contre vous pour guet-apens et pour complicitĂ© avec des bandits. En attendant, monsieur le prĂ©fet vous recommandera Ă la gendarmerie. - Le prĂ©fet fera son devoir, dit celui-ci d'un ton sĂ©vĂšre. Il veillera Ă ce que l'ordre ne soit pas troublĂ© Ă Pietranera, il prendra soin que justice soit faite. Je parle Ă vous tous, messieurs! Le maire et Vincentello Ă©taient dĂ©jĂ hors de la salle. et Orlanduccio les suivait Ă reculons lorsque Orso lui dit Ă voix basse - Votre pĂšre est un vieillard que j'Ă©craserais d'un soufflet c'est Ă vous que j'en destine, Ă vous et Ă votre frĂšre. Pour rĂ©ponse, Orlanduccio tira son stylet et se jeta sur Orso comme un furieux; mais, avant qu'il pĂ»t faire usage de son arme, Colomba lui saisit le bras qu'elle tordit avec force pendant qu'Orso, le frappant du poing au visage, le fit reculer quelques pas et heurter rudement contre le chambranle de la porte. Le stylet Ă©chappa de la main d'Orlanduccio, mais Vincentello avait le sien et rentrait dans la chambre, lorsque Colomba, sautant sur un fusil, lui prouva que la partie n'Ă©tait pas Ă©gale. En mĂÂȘme temps le prĂ©fet se jeta entre les combattants. - Ă⏠bientĂÂŽt, Ors' Anton'! cria Orlanduccio; et, tirant violemment la porte de la salle, il la ferma Ă clef pour se donner le temps de faire retraite. Orso et le prĂ©fet demeurĂšrent un quart d'heure sans parler, chacun Ă un bout de la salle. Colomba, l'orgueil du triomphe sur le front, les considĂ©rait tour Ă tour, appuyĂ©e sur le fusil qui avait dĂ©cidĂ© de la victoire. - Quel pays! quel pays! s'Ă©cria enfin le prĂ©fet en se levant impĂ©tueusement. Monsieur della Rebbia, vous avez eu tort. Je vous demande votre parole d'honneur de vous abstenir de toute violence et d'attendre que la justice dĂ©cide dans cette maudite affaire. - Oui, monsieur le prĂ©fet, j'ai eu tort de frapper ce misĂ©rable; mais enfin je l'ai frappĂ©, et je ne puis lui refuser la satisfaction qu'il m'a demandĂ©e. - Eh! non, il ne veut pas se battre avec vous!... Mais s'il vous assassine - ... Vous avez bien fait tout ce qu'il fallait pour cela. - Nous nous garderons, dit Colomba. - Orlanduccio, dit Orso, me paraĂt un garçon de courage et j'augure mieux de lui, monsieur le prĂ©fet. Il a Ă©tĂ© prompt Ă tirer son stylet, mais Ă sa place j'en aurais peut-ĂÂȘtre agi de mĂÂȘme; et je suis heureux que ma soeur n'ait pas un poignet de petite maĂtresse. - Vous ne vous battrez pas! s'Ă©cria le prĂ©fet; je vous le dĂ©fends! - Permettez-moi de vous dire, monsieur, qu'en matiĂšre d'honneur je ne reconnais d'autre autoritĂ© que celle de ma conscience. - Je vous dis que vous ne vous battrez pas! - Vous pouvez me faire arrĂÂȘter, monsieur... c'est-Ă -dire si je me laisse prendre. Mais, si cela arrivait, vous ne feriez que diffĂ©rer une affaire maintenant inĂ©vitable. Vous ĂÂȘtes homme d'honneur, monsieur le prĂ©fet, et vous savez bien qu'il n'en peut rien autrement. - Si vous faisiez arrĂÂȘter mon frĂšre, ajouta Colomba, la moitiĂ© du village prendrait son parti, et nous verrions une belle fusillade. - Je vous prĂ©viens, monsieur, dit Orso, et je vous supplie de ne pas croire que je fais une bravade; je vous prĂ©viens que, si monsieur Barricini abuse de son autoritĂ© de maire pour me faire arrĂÂȘter, je me dĂ©fendrai. - DĂšs aujourd'hui, dit le prĂ©fet, monsieur Barricini est suspendu de ses fonctions... Il se justifiera, je l'espĂšre... Tenez, monsieur, vous m'intĂ©ressez. Ce que je vous demande est bien peu de chose restez chez vous tranquille jusqu'Ă mon retour de Corte. Je ne serai que trois jours absent. Je reviendrai avec le procureur du roi, et nous dĂ©brouillerons alors complĂštement cette triste affaire. Me promettez-vous de vous abstenir jusque-lĂ de toute hostilitĂ©? - Je ne puis le promettre, monsieur, si, comme je le pense, Orlanduccio me demande une rencontre. - Comment! monsieur della Rebbia, vous, militaire français, vous voulez vous battre avec un homme que vous soupçonnez d'un faux? - Je l'ai frappĂ©, monsieur. - Mais, si vous aviez frappĂ© un galĂ©rien et qu'il vous en demandĂÂąt raison, vous vous battriez donc avec lui? Allons, monsieur Orso! Eh bien! je vous demande encore moins ne cherchez pas Orlanduccio... Je vous permets de vous battre s'il vous demande un rendez-vous. - Il m'en demandera, je n'en doute point, mais je vous promets de ne pas lui donner d'autres soufflets pour l'engager Ă se battre. - Quel pays! rĂ©pĂ©tait le prĂ©fet en se promenant Ă grands pas. Quand donc reviendrai-je en France? - Monsieur le prĂ©fet, dit Colomba de sa voix la plus douce, il se fait tard, nous feriez-vous l'honneur de dĂ©jeuner ici? Le prĂ©fet ne put s'empĂÂȘcher de rire. - Je suis demeurĂ© dĂ©jĂ trop longtemps ici... cela ressemble Ă de la partialitĂ©... Et cette maudite pierre!... Il faut que je parte... Mademoiselle della Rebbia... que de malheurs vous avez prĂ©parĂ©s peut-ĂÂȘtre aujourd'hui! - Au moins, monsieur le prĂ©fet, vous rendrez Ă ma soeur la justice de croire que ses convictions sont profondes; et, j'en suis sĂ»r maintenant, vous les croyez vous-mĂÂȘme bien Ă©tablies. - Adieu, monsieur, dit le prĂ©fet en lui faisant un signe de la main. Je vous prĂ©viens que je vais donner l'ordre au brigadier de gendarmerie de suivre toutes vos dĂ©marches. Lorsque le prĂ©fet fut sorti - Orso, dit Colomba, vous n'ĂÂȘtes point ici sur le continent. Orlanduccio n'entend rien Ă vos duels, et d'ailleurs ce n'est pas de la mort d'un brave que ce misĂ©rable doit mourir. - Colomba, ma bonne, tu es la femme forte. Je t'ai de grandes obligations pour m'avoir sauvĂ© un bon coup de couteau. Donne-moi ta petite main que je la baise. Mais, vois-tu, laisse-moi faire. Il y a certaines choses que tu n'entends pas. Donne-moi Ă dĂ©jeuner; et, aussitĂÂŽt que le prĂ©fet se sera mis en route, fais-moi venir la petite Chilina, qui paraĂt s'acquitter Ă merveille des commissions qu'on lui donne. J'aurai besoin d'elle pour porter une lettre. Pendant que Colomba surveillait les apprĂÂȘts du dĂ©jeuner, Orso monta dans sa chambre et Ă©crivit le billet suivant Ă Vous devez ĂÂȘtre pressĂ© de me rencontrer; je ne le suis pas moins. Demain matin nous pourrons nous trouver Ă six heures dans la vallĂ©e d'Acquaviva. Je suis trĂšs adroit au pistolet, et je ne vous propose pas cette arme. On dit que vous tirez bien le fusil prenons chacun un fusil Ă deux coups. Je viendrai accompagnĂ© d'un homme de ce village. Si votre frĂšre veut vous accompagner, prenez un second tĂ©moin et prĂ©venez-moi. Dans ce cas seulement j'aurai deux tĂ©moins. ORSO ANTONIO DELLA REBBIA. Ă» Le prĂ©fet, aprĂšs ĂÂȘtre restĂ© une heure chez l'adjoint du maire, aprĂšs ĂÂȘtre entrĂ© pour quelques minutes chez les Barricini, partit pour Corte, escortĂ© d'un seul gendarme. Un quart d'heure aprĂšs, Chilina porta la lettre qu'on vient de lire et la remit Ă Orlanduccio en propres mains. La rĂ©ponse se fit attendre et ne vint que dans la soirĂ©e. Elle Ă©tait signĂ©e de M. Barricini pĂšre, et il annonçait Ă Orso qu'il dĂ©fĂ©rait au procureur du roi la lettre de menace adressĂ©e Ă son fils. Ă Fort de ma conscience, ajoutait-il en terminant, j'attends que la justice ait prononcĂ© sur vos calomnies. Ă» Cependant cinq ou six bergers mandĂ©s par Colomba arrivĂšrent pour garnisonner la tour des della Rebbia. MalgrĂ© les protestations d'Orso, on pratiqua des archere aux fenĂÂȘtres donnant sur la place, et toute la soirĂ©e il reçut des offres de service de diffĂ©rentes personnes du bourg. Une lettre arriva mĂÂȘme du thĂ©ologien bandit, qui promettait, en son nom et en celui de Brandolaccio, d'intervenir si le maire se faisait assister de la gendarmerie. Il finissait par ce post-scriptum Ă Oserai-je vous demander ce que pense monsieur le prĂ©fet de l'excellente Ă©ducation que mon ami donne au chien Brusco? AprĂšs Chilina, je ne connais pas d'Ă©lĂšve plus docile et qui montre de plus heureuses dispositions. Ă» CHAPITRE XVI. Le lendemain se passa sans hostilitĂ©s. De part et d'autre on se tenait sur la dĂ©fensive. Orso ne sortit pas de sa maison, et la porte des Barricini resta constamment fermĂ©e. On voyait les cinq gendarmes laissĂ©s en garnison Ă Pietranera se promener sur la place ou aux environs du village, assistĂ©s du garde champĂÂȘtre, seul reprĂ©sentant de la milice urbaine. L'adjoint ne quittait pas son Ă©charpe; mais, sauf les archere aux fenĂÂȘtres des deux maisons ennemies, rien n'indiquait la guerre. Un Corse seul aurait remarquĂ© que sur la place, autour du chĂÂȘne vert, on ne voyait que des femmes. Ă⏠l'heure du souper, Colomba montra d'un air joyeux Ă son frĂšre la lettre suivante qu'elle venait de recevoir de miss Nevil Ă Ma chĂšre mademoiselle Colomba, j'apprends avec bien du plaisir, par une lettre de votre frĂšre, que vos inimitiĂ©s sont finies. Recevez-en mes compliments. Mon pĂšre ne peut plus souffrir Ajaccio depuis que votre frĂšre n'est plus lĂ pour parler guerre et chasser avec lui. Nous partons aujourd'hui, et nous irons coucher chez votre parente, pour laquelle nous avons une lettre. AprĂšs-demain, vers onze heures, je viendrai vous demander Ă goĂ»ter de ce bruccio des montagnes, si supĂ©rieur, dites-vous, Ă celui de la ville. Adieu, chĂšre mademoiselle Colomba. - Votre amie, LYDIA NEVIL. Ă» - Elle n'a donc pas reçu ma seconde lettre? s'Ă©cria Orso. - Vous voyez, par la date de la sienne, que mademoiselle Lydia devait ĂÂȘtre en route quand votre lettre est arrivĂ©e Ă Ajaccio. Vous lui disiez donc de ne pas venir? - Je lui disais que nous Ă©tions en Ă©tat de siĂšge. Ce n'est pas, ce me semble, une situation Ă recevoir du monde. - Bah! ces Anglais sont des gens singuliers. Elle me disait, la derniĂšre nuit que j'ai passĂ©e dans sa chambre, qu'elle serait fĂÂąchĂ©es de quitter la Corse sans avoir vu une belle vendette. Si vous le vouliez, Orso, on pourrait lui donner le spectacle d'un assaut contre la maison de nos ennemis? - Sais-tu, dit Orso, que la nature a eu tort de faire de toi une femme, Colomba? Tu aurais Ă©tĂ© un excellent militaire. - Peut-ĂÂȘtre. En tout cas je vais faire mon bruccio. - C'est inutile. Il faut envoyer quelqu'un pour les prĂ©venir et les arrĂÂȘter avant qu'ils se mettent en route. - Qui? vous voulez envoyer un messager par le temps qu'il fait pour qu'un torrent l'emporte avec votre lettre... Que je plains les pauvres bandits par cet orage! Heureusement, ils ont de bons piloni 1. Savez-vous ce qu'il faut faire, Orso? Si l'orage cesse, partez demain de trĂšs bonne heure, et arrivez chez notre parente avant que vos amis se soient mis en route. Cela vous sera facile, miss Lydia se lĂšve toujours tard. Vous leur conterez ce qui s'est passĂ© chez nous; et s'ils persistent Ă venir, nous aurons grand plaisir Ă les recevoir. - 1 Manteau de drap trĂšs Ă©pais garni d'un capuchon. Orso se hĂÂąta de donner son assentiment Ă ce projet, et Colomba, aprĂšs quelques moments de silence - Vous croyez peut-ĂÂȘtre, Orso, reprit-elle, que je plaisantais lorsque je vous parlais d'un assaut contre la maison Barricini? Savez-vous que nous sommes en force, deux contre un au moins? Depuis que le prĂ©fet a suspendu le maire, tous les hommes d'ici sont pour nous. Nous pourrions les hacher! Il serait facile d'entamer l'affaire. Si vous le vouliez, j'irais Ă la fontaine, je me moquerais de leurs femmes; ils sortiraient... Peut-ĂÂȘtre... car ils sont si lĂÂąches! peut-ĂÂȘtre tireraient-ils sur moi par leurs archere; ils me manqueraient. Tout est dit alors ce sont eux qui attaquent. Tant pis pour les vaincus dans une bagarre oĂÂč trouver ceux qui ont fait un bon coup? Croyez-en votre soeur, Orso; les robes noires qui vont venir saliront du papier, diront bien des mots inutiles. Il n'en rĂ©sultera rien. Le vieux renard trouverait moyen de leur faire voir des Ă©toiles en plein Midi. Ah! si le prĂ©fet ne s'Ă©tait pas mis devant Vincentello, il y en avait un de moins. Tout cela Ă©tait dit avec le mĂÂȘme sang-froid qu'elle mettait l'instant d'auparavant Ă parler des prĂ©paratifs du bruccio. Orso, stupĂ©fait, regardait sa soeur avec une admiration mĂÂȘlĂ©e de crainte. - Ma douce Colomba, dit-il en se levant de table, tu es, je le crains, le diable en personne; mais sois tranquille. Si je ne parviens Ă faire pendre les Barricini, je trouverai moyen d'en venir Ă bout d'une autre maniĂšre. Balle chaude ou fer froid 1 ! Tu vois que je n'ai pas oubliĂ© le corse. - 1 Palla calda u farru freddu, locution trĂšs usitĂ©e. - Le plus tĂÂŽt serait le mieux, dit Colomba en soupirant. Quel cheval monterez-vous demain, Ors' Anton'? - Le noir. Pourquoi me demandes-tu cela? - Pour lui faire donner de l'orge. Orso s'Ă©tant retirĂ© dans sa chambre, Colomba envoya coucher Saveria et les bergers, et demeura seule dans la cuisine oĂÂč se prĂ©parait le bruccio. De temps en temps, elle prĂÂȘtait l'oreille et paraissait attendre impatiemment que son frĂšre se fĂ»t couchĂ©. Lorsqu'elle le crut enfin endormi, elle prit un couteau, s'assura qu'il Ă©tait tranchant, mit ses petits pieds dans de gros souliers, et, sans faire le moindre bruit, elle entra dans le jardin. Le jardin, fermĂ© de murs, touchait Ă un terrain assez vaste, enclos de haies, oĂÂč l'on mettait les chevaux, car les chevaux corses ne connaissent guĂšre l'Ă©curie. En gĂ©nĂ©ral on les lĂÂąche dans un champ et l'on s'en rapporte Ă leur intelligence pour trouver Ă se nourrir et Ă s'abriter contre le froid et la pluie. Colomba ouvrit la porte du jardin avec la mĂÂȘme prĂ©caution, entra dans l'enclos, et en sifflant doucement elle attira prĂšs d'elle les chevaux, Ă qui elle portait souvent du pain et du sel. DĂšs que le cheval noir fut Ă sa portĂ©e, elle le saisit fortement par la criniĂšre et lui fendĂt l'oreille avec son couteau. Le cheval fit un bond terrible et s'enfuit en faisant entendre ce cri aigu qu'une vive douleur arrache quelquefois aux animaux de son espĂšce. Satisfaite alors, Colomba rentrait dans le jardin, lorsque Orso ouvrit sa fenĂÂȘtre et cria Ă Qui va lĂ ? Ă» En mĂÂȘme temps elle entendit qu'il armait son fusil. Heureusement pour elle, la porte du jardin Ă©tait dans une obscuritĂ© complĂšte, et un grand figuier la couvrait en partie. BientĂÂŽt, aux lueurs intermittentes qu'elle vit briller dans la chambre de son frĂšre, elle conclut qu'il cherchait Ă rallumer sa lampe. Elle s'empressa alors de fermer la porte du jardin, et se glissant le long des murs, de façon que son costume noir se confondit avec le feuillage sombre des espaliers, elle parvint Ă rentrer dans la cuisine quelques moments avant qu'Orso ne parĂ»t. - Qu'y a-t-il? lui demanda-t-elle. - Il m'a semblĂ©, dit Orso, qu'on ouvrait la porte du jardin. - Impossible. Le chien aurait aboyĂ©. Au reste, allons voir. Orso fit le tour du jardin, et aprĂšs avoir constatĂ© que la porte extĂ©rieure Ă©tait bien fermĂ©e, un peu honteux de cette fausse alerte, il se disposa Ă regagner sa chambre. - J'aime Ă voir, mon frĂšre, dit Colomba, que vous devenez prudent, comme on doit l'ĂÂȘtre dans votre position. - Tu me formes, rĂ©pondit Orso. Bonsoir. Le matin avec l'aube Orso Ă©tait levĂ©, prĂÂȘt Ă partir. Son costume annonçait Ă la fois la prĂ©tention a l'Ă©lĂ©gance d'un homme qui va se prĂ©senter devant une femme Ă qui il veut plaire, et la prudence d'un Corse en vendette. Par-dessus une redingote bleue bien serrĂ©e Ă la taille, il portait en bandouliĂšre une petite boĂte de fer-blanc contenant des cartouches, suspendue Ă un cordon de soie verte; son stylet Ă©tait placĂ© dans une poche de cĂÂŽtĂ©, et il tenait Ă la main le beau fusil de Manton chargĂ© Ă balles. Pendant qu'il prenait Ă la hĂÂąte une tasse de cafĂ© versĂ©e par Colomba, un berger Ă©tait sorti pour seller et brider le cheval. Orso et sa soeur le suivirent de prĂšs et entrĂšrent dans l'enclos. Le berger s'Ă©tait emparĂ© du cheval, mais il avait laissĂ© tomber selle et bride, et paraissait saisi d'horreur, pendant que le cheval, qui se souvenait de la blessure de la nuit prĂ©cĂ©dente et qui craignait pour son autre oreille, se cabrait, ruait, hennissait, faisait le diable Ă quatre. - Allons, dĂ©pĂÂȘche-toi lui cria Orso. - Ha! Ors' Anton'! ha! Ors' Anton'! s'Ă©criait le berger, sang de la Madone! etc. C'Ă©taient des imprĂ©cations sans nombre et sans fin, dont la plupart ne pourraient se traduire. - Qu'est-il donc arrivĂ©? demanda Colomba. Tout le monde s'approcha du cheval, et, le voyant sanglant et l'oreille fendue, ce fut une exclamation gĂ©nĂ©rale de surprise et d'indignation. Il faut savoir que mutiler le cheval de son ennemi est, pour les Corses, Ă la fois une vengeance, un dĂ©fi et une menace de mort. Ă Rien qu'un coup de fusil n'est capable d'expier ce forfait. Ă» Bien qu'Orso, qui avait longtemps vĂ©cu sur le continent, sentĂt moins qu'un autre l'Ă©normitĂ© de l'outrage, cependant, si dans ce moment quelque barriciniste se fĂ»t prĂ©sentĂ© Ă lui, il est probable qu'il lui eĂ»t fait immĂ©diatement expier une insulte qu'il attribuait Ă ses ennemis. - Les lĂÂąches coquins! s'Ă©cria-t-il, se venger sur une pauvre bĂÂȘte, lorsqu'ils n'osent me rencontrer en face! - Qu'attendons-nous? s'Ă©cria Colomba impĂ©tueusement. Ils viennent nous provoquer, mutiler nos chevaux, et nous ne leur rĂ©pondrions pas! Etes-vous hommes? - Vengeance! rĂ©pondirent les bergers. Promenons le cheval dans le village et donnons l'assaut Ă leur maison. - Il y a une grange couverte de paille qui touche Ă leur tour, dit le vieux Polo Griffo, en un tour de main je la ferai flamber. Un autre proposait d'aller chercher les Ă©chelles du clocher de l'Ă©glise; un troisiĂšme, d'enfoncer les portes de la maison Barricini au moyen d'une poutre dĂ©posĂ©e sur la place et destinĂ©e Ă quelque bĂÂątiment en construction. Au milieu de toutes ces voix furieuses, on entendait celle de Colomba annonçant Ă ses satellites qu'avant de se mettre Ă l'oeuvre chacun allait recevoir d'elle un grand verre d'anisette. Malheureusement, ou plutĂÂŽt heureusement, l'effet qu'elle s'Ă©tait promis de sa cruautĂ© envers le pauvre cheval Ă©tait perdu en grande partie pour Orso. Il ne doutait pas que cette mutilation sauvage ne fĂ»t l'oeuvre d'un de ses ennemis, et c'Ă©tait Orlanduccio qu'il soupçonnait particuliĂšrement; mais il ne croyait pas que ce jeune homme, provoquĂ© et frappĂ© par lui, eĂ»t effacĂ© sa honte en fendant l'oreille Ă un cheval. Au contraire, cette basse et ridicule vengeance augmentait son mĂ©pris pour ses adversaires, et il pensait maintenant avec le prĂ©fet que de pareilles gens ne mĂ©ritaient pas de se mesurer avec lui. AussitĂÂŽt qu'il put se faire entendre, il dĂ©clara Ă ses partisans confondus qu'ils eussent Ă renoncer Ă leurs intentions belliqueuses, et que la justice, qui allait venir, vengerait fort bien l'oreille de son cheval. - Je suis le maĂtre ici, ajouta-t-il d'un ton sĂ©vĂšre, et j'entends qu'on m'obĂ©isse. Le premier qui s'avisera de parler encore de tuer ou de brĂ»ler, je pourrai bien le brĂ»ler Ă son tour. Allons! qu'on me selle le cheval gris. - Comment, Orso, dit Colomba en le tirant Ă l'Ă©cart, vous souffrez qu'on nous insulte! Du vivant de notre pĂšre, jamais les Barricini n'eussent osĂ© mutiler une bĂÂȘte Ă nous. - Je te promets qu'ils auront lieu de s'en repentir; mais c'est aux gendarmes et aux geĂÂŽliers Ă punir des misĂ©rables qui n'ont de courage que contre des animaux. Je te l'ai dit, la justice me vengera d'eux... ou sinon... tu n'auras besoin de me rappeler de qui je suis fils... - Patience! dit Colomba en soupirant. - Souviens-toi bien, ma soeur, poursuivit Orso, que si Ă mon retour je trouve qu'on a fait quelque dĂ©monstration contre les Barricini, jamais je ne te le pardonnerai. Puis, d'un ton plus doux Il est fort possible, fort probable mĂÂȘme, ajouta-t-il, que je reviendrai ici avec le colonel et sa fille; fais en sorte que leurs chambres soient en ordre, que le dĂ©jeuner soit bon, enfin que nos hĂÂŽtes soient le moins mal possible. C'est trĂšs bien, Colomba, d'avoir du courage, mais il faut encore qu'une femme sache tenir une maison. Allons, embrasse-moi, sois sage; voilĂ le cheval gris sellĂ©. - Orso, dit Colomba, vous ne partirez point seul. - Je n'ai besoin de personne, dit Orso, et je te rĂ©ponds que je ne me laisserai pas couper l'oreille. - Oh! jamais je ne vous laisserai partir seul en temps de guerre. Ho! Polo Griffo! Gian' FrancĂš! Memmo! prenez vos fusils; vous allez accompagner mon frĂšre. AprĂšs une discussion assez vive, Orso dut se rĂ©signer Ă se faire suivre d'une escorte. Il prit parmi ses bergers les plus animĂ©s ceux qui avaient conseillĂ© le plus haut de commencer la guerre; puis, aprĂšs avoir renouvelĂ© ses injonctions Ă sa soeur et aux bergers restants, il se mit en route, prenant cette fois un dĂ©tour pour Ă©viter la maison Barricini. DĂ©jĂ ils Ă©taient loin de Pietranera, et marchaient de grande hĂÂąte, lorsque au passage d'un petit ruisseau qui se perdait dans un marĂ©cage le vieux Polo Griffo aperçut plusieurs cochons confortablement couchĂ©s dans la boue, jouissant Ă la fois du soleil et de la fraĂcheur de l'eau. AussitĂÂŽt, ajustant le plus gros, il lui tira un coup de fusil dans la tĂÂȘte et le tua sur la place. Les camarades du mort se levĂšrent et s'enfuirent avec une lĂ©gĂšretĂ© surprenante; et bien que l'autre berger fĂt feu Ă son tour, ils gagnĂšrent sains et saufs un fourrĂ© oĂÂč ils disparurent. - ImbĂ©ciles! s'Ă©cria Orso; vous prenez des cochons pour des sangliers. - Non pas, Ors' Anton', rĂ©pondit Polo Griffo; mais ce troupeau appartient Ă l'avocat, et c'est pour lui apprendre Ă mutiler nos chevaux. - Comment, coquins! s'Ă©cria Orso transportĂ© de fureur, vous imitez les infamies de nos ennemis! Quittez-moi, misĂ©rables. Je n'ai pas besoin de vous. Vous n'ĂÂȘtes bons qu'Ă vous battre contre des cochons. Je jure Dieu que si vous osez me suivre je vous casse la tĂÂȘte! Les deux bergers s'entre-regardĂšrent interdits. Orso donna des Ă©perons Ă son cheval et disparut au galop. - Eh bien! dit Polo Griffo, en voilĂ d'une bonne! Aimez donc les gens pour qu'ils vous traitent comme cela! Le colonel, son pĂšre, t'en a voulu parce que tu as une fois couchĂ© en joue l'avocat... Grande bĂÂȘte, de ne pas tirer!... Et le fils... tu vois ce que j'ai fait pour lui... Il parle de me casser la tĂÂȘte, comme on fait d'une gourde qui ne tient plus le vin. VoilĂ ce qu'on apprend sur le continent, Memmo! Oui, et si l'on sait que tu as tuĂ© ce cochon, on te fera un procĂšs, et Ors' Anton' ne voudra pas parler aux juges ni payer l'avocat. Heureusement personne ne t'a vu, et sainte Nega est lĂ pour te tirer d'affaire. AprĂšs une courte dĂ©libĂ©ration, les deux bergers conclurent que le plus prudent Ă©tait de jeter le porc dans une fondriĂšre, projet qu'ils mirent Ă exĂ©cution, bien entendu aprĂšs avoir pris chacun quelques grillades sur l'innocente victime de la haine des della Rebbia et des Barricini. CHAPITRE XVII. DĂ©barrassĂ© de son escorte indisciplinĂ©e, Orso continuait sa route, plus prĂ©occupĂ© du plaisir de revoir miss Nevil que de la crainte de rencontrer ses ennemis. Ă Le procĂšs que je vais avoir avec ces misĂ©rables Barricini, se disait-il, va m'obliger d'aller Ă Bastia. Pourquoi n'accompagnerais-je pas miss Nevil? Pourquoi, de Bastia, n'irions-nous pas ensemble aux eaux d'Orezza? Ă» Tout Ă coup des souvenirs d'enfance lui rappelĂšrent nettement ce site pittoresque. Il se crut transportĂ© sur une verte pelouse au pied des chĂÂątaigniers sĂ©culaires. Sur un gazon d'une herbe lustrĂ©e, parsemĂ© de fleurs bleues ressemblant Ă des yeux qui lui souriaient, il voyait miss Lydia assise auprĂšs de lui. Elle avait ĂÂŽtĂ© son chapeau, et ses cheveux blonds, plus fins et plus doux que lĂ soie, brillaient comme de l'or au soleil, qui pĂ©nĂ©trait au travers du feuillage. Ses yeux, d'un bleu si pur, lui paraissaient plus bleus que le firmament. La joue appuyĂ©e sur une main, elle Ă©coutait toute pensive les paroles d'amour qu'il lui adressait en tremblant. Elle avait cette robe de mousseline qu'elle portait le dernier jour qu'il l'avait vue Ă Ajaccio. Sous les plis de cette robe s'Ă©chappait un petit pied dans un soulier de satin noir. Orso se disait qu'il serait bien heureux de baiser ce pied; mais une des mains de miss Lydia n'Ă©tait pas gantĂ©e, et elle tenait une pĂÂąquerette. Orso lui prenait cette pĂÂąquerette, et la main de Lydia serrait la sienne; et il baisait la pĂÂąquerette, et puis la main, et on ne se fĂÂąchait pas... Et toutes ces pensĂ©es l'empĂÂȘchaient de faire attention Ă la route qu'il suivait, et cependant il trottait toujours. Il allait pour la seconde fois baiser en imagination la blanche main de miss Nevil, quand il pensa baiser en rĂ©alitĂ© la tĂÂȘte de son cheval qui s'arrĂÂȘta tout Ă coup. C'est que la petite Chilina lui barrait le chemin et lui saisissait la bride. - OĂÂč allez-vous ainsi, Ors' Anton'? disait-elle. Ne savez-vous pas que votre ennemi est prĂšs d'ici? - Mon ennemi! s'Ă©cria Orso furieux de se voir interrompu dans un moment aussi intĂ©ressant. OĂÂč est-il? - Orlanduccio est prĂšs d'ici. Il vous attend. Retournez, retournez. - Ah! il m'attend! Tu l'as vu? - Oui, Ors' Anton', j'Ă©tais couchĂ©e dans la fougĂšre quand il a passĂ©. Il regardait de tous les cĂÂŽtĂ©s avec sa lunette. - De quel cĂÂŽtĂ© allait-il? - Il descendait par lĂ , du cĂÂŽtĂ© oĂÂč vous allez. - Merci. - Ors' Anton', ne feriez-vous pas bien d'attendre mon oncle? Il ne peut tarder, et avec lui vous seriez en sĂ»retĂ©. - N'aie pas peur, Chili, je n'ai pas besoin de ton oncle. - Si vous vouliez, j'irais devant vous. - Merci, merci. Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du cĂÂŽtĂ© que la petite fille lui avait indiquĂ©. Son premier mouvement avait Ă©tĂ© un aveugle transport de fureur, et il s'Ă©tait dit que la fortune lui offrait une excellente occasion de corriger ce lĂÂąche qui mutilait un cheval pour se venger d'un soufflet. Puis, tout en avançant, l'espĂšce de promesse qu'il avait faite au prĂ©fet, et surtout la crainte de manquer la visite de miss Nevil, changeaient ses dispositions et lui faisaient presque dĂ©sirer de ne pas rencontrer Orlanduccio. BientĂÂŽt le souvenir de son pĂšre, l'insulte faite Ă son cheval, les menaces des Barricini rallumaient sa colĂšre, et l'excitaient Ă chercher son ennemi pour le provoquer et l'obliger Ă se battre. Ainsi agitĂ© par des rĂ©solutions contraires, il continuait de marcher en avant, mais, maintenant, avec prĂ©caution, examinant les buissons et les haies, et quelquefois mĂÂȘme s'arrĂÂȘtant pour Ă©couter les bruits vagues qu'on entend dans la campagne. Dix minutes aprĂšs avoir quittĂ© la petite Chilina il Ă©tait alors environ neuf heures du matin, il se trouva au bord d'un coteau extrĂÂȘmement rapide. Le chemin, ou plutĂÂŽt le sentier Ă peine tracĂ© qu'il suivait, traversait un maquis rĂ©cemment brĂ»lĂ©. En ce lieu la terre Ă©tait chargĂ©e de cendres blanchĂÂątres, et çà et lĂ des arbrisseaux et quelques gros arbres noircis par le feu et entiĂšrement dĂ©pouillĂ©s de leurs feuilles se tenaient debout, bien qu'ils eussent cessĂ© de vivre. En voyant un maquis brĂ»lĂ©, on se croit transportĂ© dans un site du Nord au milieu de l'hiver, et le contraste de l'ariditĂ© des lieux que la flamme a parcourus avec la vĂ©gĂ©tation luxuriante d'alentour les fait paraĂtre encore plus tristes et dĂ©solĂ©s. Mais dans ce paysage Orso ne voyait en ce moment qu'une chose, importante, il est vrai, dans sa position la terre Ă©tant nue ne pouvait cacher une embuscade, et celui qui peut craindre Ă chaque instant de voir sortir d'un fourrĂ© un canon de fusil dirigĂ© contre sa poitrine, regarde comme une espĂšce d'oasis un terrain uni oĂÂč rien n'arrĂÂȘte la vue. Au maquis brĂ»lĂ© succĂ©daient plusieurs champs en culture, enclos, selon l'usage du pays, de murs en pierres sĂšches Ă hauteur d'appui. Le sentier passait entre ces enclos, oĂÂč d'Ă©normes chĂÂątaigniers, plantĂ©s confusĂ©ment, prĂ©sentaient de loin l'apparence d'un bois touffu. ObligĂ© par la roideur de la pente Ă mettre pied Ă terre, Orso, qui avait laissĂ© la bride sur le cou de son cheval, descendait rapidement en glissant sur la cendre; et il n'Ă©tait guĂšre qu'Ă vingt-cinq pas d'un de ces enclos en pierre Ă droite du chemin, lorsqu'il aperçut, prĂ©cisĂ©ment en face de lui, d'abord un canon de fusil, puis une tĂÂȘte dĂ©passant la crĂÂȘte du mur. Le fusil s'abaissa, et il reconnut Orlanduccio prĂÂȘt Ă faire feu. Orso fut prompt Ă se mettre en dĂ©fense, et tous les deux, se couchant en joue, se regardĂšrent quelques secondes avec cette Ă©motion poignante que le plus brave Ă©prouve au moment de donner ou de recevoir la mort. - MisĂ©rable lĂÂąche! s'Ă©cria Orso... Il parlait encore quand il vit la flamme du fusil d'Orlanduccio, et presque en mĂÂȘme temps un second coup partit Ă sa gauche, de l'autre cĂÂŽtĂ© du sentier, tirĂ© par un homme qu'il n'avait point aperçu, et qui l'ajustait postĂ© derriĂšre un autre mur. Les deux balles l'atteignirent l'une, celle d'Orlanduccio, lui traversa le bras gauche, qu'il lui prĂ©sentait en le couchant en joue; l'autre le frappa Ă la poitrine, dĂ©chira son habit, mais, rencontrant heureusement la lame de son stylet, s'aplatit dessus et ne lui fit qu'une contusion lĂ©gĂšre. Le bras gauche d'Orso tomba immobile le long de sa cuisse, et le canon de son fusil s'abaissa un instant; mais il le releva aussitĂÂŽt, et, dirigeant son arme de sa seule main droite, il fit feu sur Orlanduccio. La tĂÂȘte de son ennemi, qu'il ne dĂ©couvrait que jusqu'aux yeux, disparut derriĂšre le mur. Orso, se tournant Ă sa gauche, lĂÂącha son second coup sur un homme entourĂ© de fumĂ©e qu'il apercevait Ă peine. Ă⏠son tour, cette figure disparut. Les quatre coups de fusil s'Ă©taient succĂ©dĂ© avec une rapiditĂ© incroyable, et jamais soldats exercĂ©s ne mirent moins d'intervalle dans un feu de file. AprĂšs le dernier coup d'Orso, tout rentra dans le silence. La fumĂ©e sortie de son arme montait lentement vers le ciel; aucun mouvement derriĂšre le mur, pas le plus lĂ©ger bruit. Sans la douleur qu'il ressentait au bras, il aurait pu croire que ces hommes sur qui il venait de tirer Ă©taient des fantĂÂŽmes de son imagination. S'attendant Ă une seconde dĂ©charge, Orso fit quelques pas pour se placer derriĂšre un des arbres brĂ»lĂ©s restĂ©s debout dans le maquis. DerriĂšre cet abri, il plaça son fusil entre ses genoux et le rechargea Ă lĂ hĂÂąte. Cependant son bras gauche le faisait cruellement souffrir, et il lui semblait qu'il soutenait un poids Ă©norme. Qu'Ă©taient devenus ses adversaires? Il ne pouvait le comprendre. S'ils s'Ă©taient enfuis, s'ils avaient Ă©tĂ© blessĂ©s, il aurait assurĂ©ment entendu quelque bruit, quelque mouvement dans le feuillage. Ăâ°taient-ils donc morts, ou bien plutĂÂŽt n'attendaient-ils pas, Ă l'abri de leur mur, l'occasion de tirer de nouveau sur lui? Dans cette incertitude, et sentant ses forces diminuer, il mit en terre le genou droit, appuya sur l'autre son bras blessĂ© et se servit d'une branche qui partait du tronc de l'arbre brĂ»lĂ© pour soutenir son fusil. Le doigt sur la dĂ©tente, l'oeil fixĂ© sur le mur, l'oreille attentive au moindre bruit, il demeura immobile pendant quelques minutes, qui lui parurent un siĂšcle. Enfin, bien loin derriĂšre lui, un cri Ă©loignĂ© se fit entendre, et bientĂÂŽt un chien, descendant le coteau avec la rapiditĂ© d'une flĂšche, s'arrĂÂȘta auprĂšs de lui en remuant la queue. C'Ă©tait Brusco, le disciple et le compagnon des bandits, annonçant sans doute l'arrivĂ©e de son maĂtre; et jamais honnĂÂȘte homme ne fut plus impatiemment attendu. Le chien, le museau en l'air, tournĂ© du cĂÂŽtĂ© de l'enclos le plus proche, flairait avec inquiĂ©tude. Tout Ă coup il fit entendre un grognement sourd, franchit le mur d'un bond, et presque aussitĂÂŽt remonta sur la crĂÂȘte, d'oĂÂč il regarda fixement Orso, exprimant dans ses yeux la surprise aussi clairement que chien le peut faire; puis il se remit le nez au vent, cette fois dans la direction de l'autre enclos, dont il sauta encore le mur. Au bout d'une seconde, il reparaissait sur la crĂÂȘte, montrant le mĂÂȘme air d'Ă©tonnement et d'inquiĂ©tude; puis il sauta dans le maquis, la queue entre les jambes, regardant toujours Orso et s'Ă©loignant de lui Ă pas lents, par une marche de cĂÂŽtĂ©, jusqu'Ă ce qu'il s'en trouvĂÂąt Ă quelque distance. Alors, reprenant sa course, il remonta le coteau presque aussi vite qu'il l'avait descendu, Ă la rencontre d'un homme qui s'avançait rapidement malgrĂ© la roideur de la pente. - Ă⏠moi, Brando! s'Ă©cria Orso dĂšs qu'il le crut Ă portĂ©e de la voix. - Ho! Ors' Anton'! vous ĂÂȘtes blessĂ©! lui demanda Brandolaccio accourant tout essoufflĂ©. Dans le corps ou dans les membres?... - Au bras. - Au bras! ce n'est rien. Et l'autre? - Je crois l'avoir touchĂ©. Brandolaccio, suivant son chien, courut Ă l'enclos le plus proche et se pencha pour regarder de l'autre cotĂ© du mur. LĂ , ĂÂŽtant son bonnet - Salut au seigneur Orlanduccio, dit-il. Puis, se tournant du cĂÂŽtĂ© d'Orso, il le salua Ă son tour d'un air grave - VoilĂ , dit-il, ce que j'appelle un homme proprement accommodĂ©. - Vit-il encore? demanda Orso respirant avec peine. - Oh! il s'en garderait; il a trop de chagrin de la balle que vous lui avez mise dans l'oeil. Sang de la Madone, quel trou! Bon fusil, ma foi! Quel calibre! ĂâĄa vous Ă©carbouille une cervelle! Dites donc, Ors' Anton', quand j'ai entendu d'abord pif! pif! je me suis dit Sacrebleu! ils escofient mon lieutenant. Puis j'entends boum! boum! Ah! je dis, voilĂ le fusil anglais qui parle il riposte... Mais, Brusco, qu'est-ce que tu me veux donc? Le chien le mena Ă l'autre enclos. - Excusez! s'Ă©cria Brandolaccio stupĂ©fait. Coup double! rien que cela! Peste! on voit bien que la poudre est chĂšre, car vous l'Ă©conomisez. - Qu'y a-t-il, au nom de Dieu! demanda Orso. - Allons! ne faites donc pas le farceur, mon lieutenant! vous jetez le gibier par terre, et vous voulez qu'on vous le ramasse... En voilĂ un qui va en avoir un drĂÂŽle de dessert aujourd'hui! c'est l'avocat Barricini. De la viande de boucherie, en veux-tu, en voilĂ ! Maintenant qui diable hĂ©ritera? - Quoi! Vincentello mort aussi? - TrĂšs mort. Bonne santĂ© Ă nous autres 1! Ce qu'il y a de bon avec vous, c'est que vous ne les faites pas souffrir. Venez donc voir Vincentello, il est encore Ă genoux, la tĂÂȘte appuyĂ©e contre le mur. Il a l'air de dormir. C'est lĂ le cas de dire Sommeil de plomb. Pauvre diable! - 1 Salute Ă noi! Exclamation qui accompagne ordinairement le mot de mort, et qui lui sert comme de correctif. Orso dĂ©tourna la tĂÂȘte avec horreur. - Es-tu sĂ»r qu'il soit mort? - Vous ĂÂȘtes comme Sampiero Corso, qui ne donnait jamais qu'un coup. Voyez-vous, lĂ ... dans la poitrine, Ă gauche? tenez, comme Vincileone fut attrapĂ© Ă Waterloo. Je parierais bien que la balle n'est pas loin du coeur. Coup double! Ah! je ne me mĂÂȘle plus de tirer. Deux en deux coups!... Ă⏠balle!... Les deux frĂšres!... S'il avait eu un troisiĂšme coup, il aurait tuĂ© le papa... On fera mieux une autre fois... Quel coup, Ors' Anton'!... Et dire que cela n'arrivera jamais Ă un brave garçon comme moi de faire coup double sur des gendarmes! Tout en parlant, le bandit examinait le bras d'Orso et fendait sa manche avec son stylet. - Ce n'est rien, dit-il. VoilĂ une redingote qui donnera de l'ouvrage Ă mademoiselle Colomba... Hein! qu'est-ce que je vois? cet accroc sur la poitrine?... Rien n'est entrĂ© par lĂ ? Non, vous ne seriez pas si gaillard. Voyons, essayez de remuer les doigts... Sentez-vous mes dents quand je vous mords le petit doigt?... Pas trop?... C'est Ă©gal, ce ne sera rien. Laissez-moi prendre votre mouchoir et votre cravate... VoilĂ votre redingote perdue... Pourquoi diable vous faire si beau? Alliez-vous Ă la noce?... LĂ , buvez une goutte de vin... Pourquoi donc ne portez-vous pas de gourde? Est-ce qu'un Corse sort jamais sans gourde? Puis, au milieu du pansement, il s'interrompait pour s'Ă©crier - Coup double! tous les deux roides morts!... C'est le curĂ© qui va rire... Coup double! Ah! voici enfin cette petite tortue de Chilina. Orso ne rĂ©pondait pas. Il Ă©tait pĂÂąle comme un mort et tremblait de tous ses membres. - Chili, cria Brandolaccio, va regarder derriĂšre ce mur. Hein? L'enfant, s'aidant des pieds et des mains, grimpa sur le mur, et aussitĂÂŽt qu'elle eut aperçu le cadavre d'Orlanduccio, elle fit le signe de la croix. Ce n'est rien, continua le bandit va voir plus loin, lĂ -bas. L'enfant fit un nouveau signe de croix. - Est-ce vous, mon oncle? demanda-t-elle timidement. - Moi, est-ce que je ne suis pas devenu un vieux bon Ă rien? Chili, c'est de l'ouvrage de monsieur. Fais-lui ton compliment. - Mademoiselle en aura bien de la joie, dit Chilina, et elle sera bien fĂÂąchĂ©e de vous savoir blessĂ©, Ors' Anton'. - Allons, Ors' Anton', dit le bandit aprĂšs avoir achevĂ© le pansement, voilĂ Chilina qui a rattrapĂ© votre cheval. Montez et venez avec moi au maquis de la Stazzona. Bien avisĂ© qui vous y trouverait. Nous vous y traiterons de notre mieux. Quand nous serons Ă la croix de Sainte-Christine, il faudra mettre pied Ă terre, Vous donnerez votre cheval Ă Chilina, qui s'en ira prĂ©venir mademoiselle, et, chemin faisant, vous la chargerez de vos commissions. Vous pouvez tout dire Ă la petite, Ors' Anton' elle se ferait plutĂÂŽt hacher que de trahir ses amis. Et d'un ton de tendresse Va, coquine, disait-il, sois excommuniĂ©e, soit maudite, friponne! Brandolaccio, superstitieux comme beaucoup de bandits, craignait de fasciner les enfants en leur adressant des bĂ©nĂ©dictions ou des Ă©loges, car on sait que les puissances mystĂ©rieuses qui prĂ©sident Ă l'Annocchiatura 1 ont la mauvaise habitude d'exĂ©cuter le contraire de nos souhaits. - 1 Fascination involontaire qui s'exerce, soit par les yeux, soit par la parole. - OĂÂč veux-tu que j'aille, Brando? dit Orso d'une voix Ă©teinte. - Parbleu! vous avez Ă choisir en prison ou bien au maquis. Mais un della Rebbia ne connaĂt pas le chemin de la prison. Au maquis, Ors' Anton'. - Adieu donc toutes mes espĂ©rances! s'Ă©cria douloureusement le blessĂ©. - Vos espĂ©rances? Diantre! espĂ©riez-vous faire mieux avec un fusil Ă deux coups?... Ah çà ! comment diable vous ont-ils touchĂ©? Il faut que ces gaillards-lĂ aient la vie plus dure que les chats. - Ils ont tirĂ© les premiers, dit Orso. - C'est vrai, j'oubliais... Pif! pif! boum! boum!... coup double d'une main 1!... Quand on fera mieux, je m'irai pendre! Allons, vous voilĂ montĂ©... avant de partir, regardez donc un peu votre ouvrage. Il n'est pas poli de quitter ainsi la compagnie sans lui dire adieu. - 1 Si quelque chasseur incrĂ©dule me contestait le coup double de M. della Rebbia, je l'engagerais Ă aller Ă SartĂšne, et Ă se faire raconter comment un des habitants les plus distinguĂ©s et les plus aimables de cette ville se tira seul, et le bras gauche cassĂ©, d'une position au moins aussi dangereuse. Orso donna des Ă©perons Ă son cheval; pour rien au monde il n'eĂ»t voulu voir les malheureux Ă qui il venait de donner la mort. - Tenez, Ors' Anton', dit le bandit s'emparant de la bride du cheval, voulez-vous que je vous parle franchement? Eh bien! sans vous offenser, ces deux pauvres jeunes gens me font de la peine. Je vous prie de m'excuser... Si beaux... si forts... si jeunes!... Orlanduccio avec qui j'ai chassĂ© tant de fois... Il m'a donnĂ©, il y a quatre jours, un paquet de cigares... Vincentello, qui Ă©tait toujours de si belle humeur... C'est vrai que vous avez fait ce que vous deviez faire... et d'ailleurs le coup est trop beau pour qu'on le regrette... Mais moi, je n'Ă©tais pas dans votre vengeance... Je sais que vous avez raison; quand on a un ennemi, il faut s'en dĂ©faire. Mais les Barricini, c'Ă©tait une vieille famille... En voilĂ encore une qui fausse compagnie!... et par un coup double! c'est piquant. Faisant ainsi l'oraison funĂšbre des Barricini, Brandolaccio conduisait en hĂÂąte Orso, Chilina et le chien Brusco vers le maquis de la Stazzona. CHAPITRE XVIII. Cependant Colomba, peu aprĂšs le dĂ©part d'Orso, avait appris par ses espions que les Barricini tenaient la campagne, et, dĂšs ce moment, elle fut en proie Ă une vive inquiĂ©tude. On la voyait parcourir la maison en tous sens, allant de la cuisine aux chambres prĂ©parĂ©es pour ses hĂÂŽtes, ne faisant rien et toujours occupĂ©e, s'arrĂÂȘtant sans cesse pour regarder si elle n'apercevait pas dans le village un mouvement inusitĂ©. Vers onze heures une cavalcade assez nombreuse entra dans Pietranera; c'Ă©taient le colonel, sa fille, leurs domestiques et leur guide. En les recevant, le premier mot de Colomba fut Ă Avez-vous vu mon frĂšre? Ă» Puis elle demanda au guide quel chemin ils avaient pris, Ă quelle heure ils Ă©taient partis et, sur ses rĂ©ponses, elle ne pouvait comprendre qu'ils ne se fussent pas rencontrĂ©s. - Peut-ĂÂȘtre que votre frĂšre aura pris par le haut, dit le guide, nous, nous sommes venus par le bas. Mais Colomba secoua la tĂÂȘte et renouvela ses questions. MalgrĂ© sa fermetĂ© naturelle, augmentĂ©e encore par l'orgueil de cacher toute faiblesse Ă des Ă©trangers, il lui Ă©tait impossible de dissimuler ses inquiĂ©tudes, et bientĂÂŽt elle les fit partager au colonel et surtout Ă miss Lydia, lorsqu'elle les eut mis au fait de la tentative de rĂ©conciliation qui avait eu une si malheureuse issue. Miss Nevil s'agitait, voulait qu'on envoyĂÂąt des messagers dans toutes les directions, et son pĂšre offrait de remonter Ă cheval et d'aller avec le guide Ă la recherche d'Orso. Les craintes de ses hĂÂŽtes rappelĂšrent Ă Colomba ses devoirs de maĂtresse de maison. Elle s'efforça de sourire, pressa le colonel de se mettre Ă table, et trouva pour expliquer le retard de son frĂšre vingt motifs plausibles qu'au bout d'un instant elle dĂ©truisait elle-mĂÂȘme. Croyant qu'il Ă©tait de son devoir d'homme de chercher Ă rassurer des femmes, le colonel proposa son explication aussi. - Je gage, dit-il, que della Rebbia aura rencontrĂ© du gibier; il n'a pu rĂ©sister Ă la tentation, et nous allons le voir revenir la carnassiĂšre toute pleine. Parbleu! ajouta-t-il, nous avons entendu sur la route quatre coups de fusil. Il y en avait deux plus forts que les autres, et j'ai dit Ă ma fille je parie que c'est della Rebbia qui chasse. Ce ne peut ĂÂȘtre que mon fusil qui fait tant de bruit. Colomba pĂÂąlit, et Lydia, qui l'observait avec attention, devina sans peine quels soupçons la conjecture du colonel venait de lui suggĂ©rer. AprĂšs un silence de quelques minutes, Colomba demanda vivement si les deux fortes dĂ©tonations avaient prĂ©cĂ©dĂ© ou suivi les autres. Mais ni le colonel, ni sa fille, ni le guide, n'avaient fait grande attention Ă ce point capital. Vers une heure, aucun des messagers envoyĂ©s par Colomba n'Ă©tant encore revenu, elle rassembla tout son courage et força ses hĂÂŽtes Ă se mettre Ă table; mais, sauf le colonel, personne ne put manger. Au moindre bruit sur la place, Colomba courait Ă la fenĂÂȘtre, puis revenait s'asseoir tristement, et, plus tristement encore, s'efforçait de continuer avec ses amis une conversation insignifiante Ă laquelle personne ne prĂÂȘtait la moindre attention et qu'interrompaient de longs intervalles de silence. Tout d'un coup, on entendit le galop d'un cheval. - Ah! cette fois, c'est mon frĂšre, dit Colomba en se levant. Mais Ă la vue de Chilina montĂ©e Ă califourchon sur le cheval d'Orso - Mon frĂšre est mort! s'Ă©cria-t-elle d'une voix dĂ©chirante. Le colonel laissa tomber son verre, miss Nevil poussa un cri, tous coururent Ă la porte de la maison. Avant que Chilina pĂ»t sauter Ă bas de sa monture, elle Ă©tait enlevĂ©e comme une plume par Colomba qui la serrait Ă l'Ă©touffer. L'enfant comprit son terrible regard, et sa premiĂšre parole fut celle du choeur d'Othello Ă Il vit! Ă» Colomba cessa de l'Ă©treindre, et Chilina tomba Ă terre aussi lestement qu'une jeune chatte. - Les autres? demanda Colomba d'une voix rauque. Chilina fit le signe de la croix avec l'index et le doigt du milieu. AussitĂÂŽt une vive rougeur succĂ©da, sur la figure de Colomba, Ă sa pĂÂąleur mortelle. Elle jeta un regard ardent sur la maison des Barricini, et dit en souriant Ă ses hĂÂŽtes - Rentrons prendre le cafĂ©. L'Iris des bandits en avait long Ă raconter. Son patois, traduit par Colomba en italien tel quel, puis en anglais par miss Nevil, arracha plus d'une imprĂ©cation au colonel, plus d'un soupir Ă miss Lydia; mais Colomba Ă©coutait d'un air impassible; seulement elle tordait sa serviette damassĂ©e de façon Ă la mettre en piĂšces. Elle interrompit l'enfant cinq ou six fois pour se faire rĂ©pĂ©ter que Brandolaccio disait que la blessure n'Ă©tait pas dangereuse et qu'il en avait vu bien d'autres. En terminant, Chilina rapporta qu'Orso demandait avec instance du papier pour Ă©crire, et qu'il chargeait sa soeur de supplier une dame qui peut-ĂÂȘtre se trouverait dans sa maison, de n'en point partir avant d'avoir reçu une lettre de lui. - C'est, ajouta l'enfant, ce qui le tourmentait le plus; et j'Ă©tais dĂ©jĂ en route quand il m'a rappelĂ©e pour me recommander cette commission. C'Ă©tait pour la troisiĂšme fois qu'il me la rĂ©pĂ©tait. Ă⏠cette injonction de son frĂšre, Colomba sourit lĂ©gĂšrement et serra fortement la main de l'Anglaise, qui fondit en larmes et ne jugea pas Ă propos de traduire Ă son pĂšre cette partie de la narration. - Oui, vous resterez avec moi, ma chĂšre amie, s'Ă©cria Colomba en embrassant miss Nevil, et vous nous aiderez. Puis, tirant d'une armoire quantitĂ© de vieux linge, elle se mit Ă le couper pour faire des bandes et de la charpie. En voyant ses yeux Ă©tincelants, son teint animĂ©, cette alternative de prĂ©occupation et de sang-froid, il eĂ»t Ă©tĂ© difficile de dire si elle Ă©tait plus touchĂ©e de la blessure de son frĂšre qu'enchantĂ©e de la mort de ses ennemis. TantĂÂŽt elle versait du cafĂ© au colonel et lui vantait son talent Ă le prĂ©parer; tantĂÂŽt, distribuant de l'ouvrage Ă miss Nevil et Ă Chilina, elle les exhortait Ă coudre les bandes et Ă les rouler; elle demandait pour la vingtiĂšme fois si la blessure d'Orso le faisait beaucoup souffrir. Continuellement elle s'interrompait au milieu de son travail pour dire au colonel - Deux hommes si adroits! si terribles!... Lui seul, blessĂ©, n'ayant qu'un bras... il les a abattus tous les deux. Quel courage, colonel! N'est-ce pas un hĂ©ros? Ah! miss Nevil, qu'on est heureux de vivre dans un pays tranquille comme le vĂÂŽtre!... Je suis sĂ»re que vous ne connaissiez pas encore mon frĂšre!... Je l'avais dit l'Ă©pervier dĂ©ploiera ses ailes!... Vous vous trompiez Ă son air si doux... C'est qu'auprĂšs de vous, miss Nevil... Ah! s'il vous voyait travailler pour lui... Pauvre Orso! Miss Lydia ne travaillait guĂšre et ne trouvait pas une parole. Son pĂšre demandait pourquoi l'on ne se hĂÂątait pas de porter plainte devant un magistrat. Il parlait de l'enquĂÂȘte du coroner et de bien d'autres choses Ă©galement inconnues en Corse. Enfin il voulait savoir si la maison de campagne de ce bon M. Brandolaccio, qui avait donnĂ© des secours au blessĂ©, Ă©tait fort Ă©loignĂ©e de Pietranera, et s'il ne pourrait pas aller lui-mĂÂȘme voir son ami. Et Colomba rĂ©pondait avec son calme accoutumĂ© qu'Orso Ă©tait dans le maquis; qu'il avait un bandit pour le soigner; qu'il courait grand risque s'il se montrait avant qu'on se fĂ»t assurĂ© des dispositions du prĂ©fet et des juges; enfin qu'elle ferait en sorte qu'un chirurgien habile se rendĂt en secret auprĂšs de lui. - Surtout, monsieur le colonel, souvenez-vous bien, disait-elle, que vous avez entendu les quatre coups de fusil, et que vous m'avez dit qu'Orso avait tirĂ© le second. Le colonel ne comprenait rien Ă l'affaire, et sa fille ne faisait que soupirer et s'essuyer les yeux. Le jour Ă©tait dĂ©jĂ fort avancĂ© lorsqu'une triste procession entra dans le village. On rapportait Ă l'avocat Barricini les cadavres de ses enfants, chacun couchĂ© en travers d'une mule que conduisait un paysan. Une foule de clients et d'oisifs suivait le lugubre cortĂšge. Avec eux on voyait les gendarmes qui arrivent toujours trop tard, et l'adjoint, qui levait les bras au ciel, rĂ©pĂ©tant sans cesse Ă Que dira monsieur le prĂ©fet! Ă» Quelques femmes, entre autres une nourrice d'Orlanduccio, s'arrachaient les cheveux et poussaient des hurlements sauvages. Mais leur douleur bruyante produisait moins d'impression que le dĂ©sespoir muet d'un personnage qui attirait tous les regards. C'Ă©tait le malheureux pĂšre, qui, allant d'un cadavre Ă l'autre, soulevait leurs tĂÂȘtes souillĂ©es de terre, baisait leurs lĂšvres violettes, soutenait leurs membres dĂ©jĂ roidis, comme pour leur Ă©viter les cahots de la route. Parfois on le voyait ouvrir la bouche pour parler, mais il n'en sortait pas un cri, pas une parole. Toujours les yeux fixĂ©s sur les cadavres, il se heurtait contre les pierres, contre les arbres, contre tous les obstacles qu'il rencontrait. Les lamentations des femmes, les imprĂ©cations des hommes redoublĂšrent lorsqu'on se trouva en vue de la maison d'Orso. Quelques bergers rebbianistes ayant osĂ© faire entendre une acclamation de triomphe, l'indignation de leurs adversaires ne put se contenir. Ă Vengeance! vengeance! Ă» criĂšrent quelques voix. On lança des pierres, et deux coups de fusil dirigĂ©s contre les fenĂÂȘtres de la salle oĂÂč se trouvaient Colomba et ses hĂÂŽtes percĂšrent les contrevents et firent voler des Ă©clats de bois jusque sur la table prĂšs de laquelle les deux femmes Ă©taient assises. Miss Lydia poussa des cris affreux, le colonel saisit un fusil, et Colomba, avant qu'il pĂ»t la retenir, s'Ă©lança vers la porte de la maison et l'ouvrit avec impĂ©tuositĂ©. LĂ , debout sur le seuil Ă©levĂ©, les deux mains Ă©tendues pour maudire ses ennemis - LĂÂąches! s'Ă©cria-t-elle, vous tirez sur des femmes, sur des Ă©trangers! Etes-vous Corses? ĂÂȘtes-vous hommes? MisĂ©rables qui ne savez qu'assassiner par derriĂšre, avancez! je vous dĂ©fie. Je suis seule; mon frĂšre est loin. Tuez-moi, tuez mes hĂÂŽtes; cela est digne de vous... Vous n'osez, lĂÂąches que vous ĂÂȘtes! vous savez que nous nous vengeons. Allez, allez pleurer comme des femmes, et remerciez-nous de ne pas vous demander plus de sang! Il y avait dans la voix et dans l'attitude de Colomba quelque chose d'imposant et de terrible; Ă sa vue, la foule recula Ă©pouvantĂ©e, comme Ă l'apparition de ces fĂ©es malfaisantes dont on raconte en Corse plus d'une histoire effrayante dans les hivers. L'adjoint, les gendarmes et un certain nombre de femmes profitĂšrent de ce mouvement pour se jeter entre les deux partis; car les bergers rebbianistes prĂ©paraient dĂ©jĂ leurs armes, et l'on put craindre un moment qu'une lutte gĂ©nĂ©rale ne s'engageĂÂąt sur la place. Mais les deux factions Ă©taient privĂ©es de leurs chefs, et les Corses, disciplinĂ©s dans leurs fureurs, en viennent rarement aux mains dans l'absence des principaux auteurs de leurs guerres intestines. D'ailleurs, Colomba, rendue prudente par le succĂšs, contint sa petite garnison. - Laissez pleurer ces pauvres gens, disait-elle; laissez ce vieillard emporter sa chair. Ă⏠quoi bon tuer ce vieux renard qui n'a plus de dents pour mordre? - Giudice Barricini! souviens-toi du deux aoĂ»t! Souviens-toi du portefeuille sanglant oĂÂč tu as Ă©crit de ta main de faussaire! Mon pĂšre y avait inscrit ta dette; tes fils l'ont payĂ©e. Je te donne quittance, vieux Barricini! Colomba, les bras croisĂ©s, le sourire du mĂ©pris sur les lĂšvres, vit porter les cadavres dans la maison de ses ennemis, puis la foule se dissiper lentement. Elle referma sa porte, et rentrant dans la salle Ă manger, dit au colonel - Je vous demande bien pardon pour mes compatriotes, monsieur. Je n'aurais jamais cru que des Corses tirassent sur une maison oĂÂč il y a des Ă©trangers, et je suis honteuse pour mon pays. Le soir, miss Lydia s'Ă©tant retirĂ©e dans sa chambre, le colonel l'y suivit et lui demanda s'ils ne feraient pas bien de quitter dĂšs le lendemain un village oĂÂč l'on Ă©tait exposĂ© Ă chaque instant Ă recevoir une balle dans la tĂÂȘte, et le plus tĂÂŽt possible un pays oĂÂč l'on ne voyait que meurtres et trahisons. Miss Nevil fut quelque temps sans rĂ©pondre, et il Ă©tait Ă©vident que la proposition de son pĂšre ne lui causait pas un mĂ©diocre embarras. Enfin elle dit - Comment pourrions-nous quitter cette malheureuse jeune personne dans un moment oĂÂč elle a tant besoin de consolation? Ne trouvez-vous pas, mon pĂšre, que cela serait cruel Ă nous? - C'est pour vous que je parle, ma fille, dit le colonel; et si je vous savais en sĂ»retĂ© dans l'hĂÂŽtel d'Ajaccio, je vous assure que je serais fĂÂąchĂ© de quitter cette Ăle maudite sans avoir serrĂ© la main Ă ce brave della Rebbia. - Eh bien! mon pĂšre, attendons encore et, avant de partir, assurons-nous bien que nous ne pouvons leur rendre aucun service. - Bon coeur! dit le colonel en baisant sa fille au front. J'aime Ă te voir ainsi te sacrifier pour adoucir le malheur des autres. Restons; on ne se repent jamais d'avoir fait une bonne action. Miss Lydia s'agitait dans son lit sans pouvoir dormir. TantĂÂŽt les bruits vagues qu'elle entendait lui paraissaient les prĂ©paratifs d'une attaque contre la maison, tantĂÂŽt, rassurĂ©e pour elle-mĂÂȘme, elle pensait au pauvre blessĂ©, Ă©tendu probablement Ă cette heure sur la terre froide, sans autres secours que ceux qu'il pouvait attendre de la charitĂ© d'un bandit. Elle se le reprĂ©sentait couvert de sang, se dĂ©battant dans des souffrances horribles; et ce qu'il y a de singulier, c'est que, toutes les fois que l'image d'Orso se prĂ©sentait Ă son esprit, il lui apparaissait toujours tel qu'elle l'avait vu au moment de son dĂ©part, pressant sur ses lĂšvres le talisman qu'elle lui avait donnĂ©... Puis elle songeait Ă sa bravoure. Elle se disait que le danger terrible auquel il venait d'Ă©chapper, c'Ă©tait Ă cause d'elle, pour la voir un peu plus tĂÂŽt, qu'il s'y Ă©tait exposĂ©. Peu s'en fallait qu'elle ne se persuadĂÂąt que c'Ă©tait pour la dĂ©fendre qu'Orso s'Ă©tait fait casser le bras. Elle se reprochait sa blessure, mais elle l'en admirait davantage; et si le fameux coup double n'avait pas, Ă ses yeux, autant de mĂ©rite qu'Ă ceux de Brandolaccio et de Colomba, elle trouvait cependant que peu de hĂ©ros de roman auraient montrĂ© autant d'intrĂ©piditĂ©, autant de sang-froid dans un aussi grand pĂ©ril. La chambre qu'elle occupait Ă©tait celle de Colomba. Au-dessus d'une espĂšce de prie-Dieu en chĂÂȘne, Ă cĂÂŽtĂ© d'une palme bĂ©nite, Ă©tait suspendu Ă la muraille un portrait en miniature d'Orso en uniforme de sous-lieutenant. Miss Nevil dĂ©tacha ce portrait, le considĂ©ra longtemps et le posa enfin auprĂšs de son lit, au lieu de le remettre Ă sa place. Elle ne s'endormit qu'Ă la pointe du jour, et le soleil Ă©tait dĂ©jĂ fort Ă©levĂ© au-dessus de l'horizon lorsqu'elle s'Ă©veilla. Devant son lit elle aperçut Colomba, qui attendait immobile le moment oĂÂč elle ouvrirait les yeux. - Eh bien! mademoiselle, n'ĂÂȘtes-vous pas bien mal dans notre pauvre maison? lui dit Colomba. Je crains que vous n'ayez guĂšre dormi. - Avez-vous de ses nouvelles, ma chĂšre amie? dit miss Nevil en se levant sur son sĂ©ant. Elle aperçut le portrait d'Orso, et se hĂÂąta de jeter un mouchoir pour le cacher. - Oui, j'ai de ses nouvelles, dit Colomba en souriant. Et, prenant le portrait - Le trouvez-vous ressemblant? Il est mieux que cela. - Mon Dieu!... dit miss Nevil toute honteuse, j'ai dĂ©tachĂ©... par distraction... ce portrait... J'ai le dĂ©faut de toucher Ă tout... et de ne ranger rien... Comment est votre frĂšre? - Assez bien. Giocanto est venu ici ce matin avant quatre heures. Il m'apportait une lettre pour vous, miss Lydia; Orso ne m'a pas Ă©crit, Ă moi. Il y a bien sur l'adresse Ă⏠Colomba; mais plus bas Pour miss N... Les soeurs ne sont point jalouses. Giocanto dit qu'il a bien souffert pour Ă©crire. Giocanto, qui a une main superbe, lui avait offert d'Ă©crire sous sa dictĂ©e. Il n'a pas voulu. Il Ă©crivait avec un crayon, couchĂ© sur le dos. Brandolaccio tenait le papier. Ă⏠chaque instant mon frĂšre voulait se lever, et alors, au moindre mouvement, c'Ă©taient dans son bras des douleurs atroces. C'Ă©tait pitiĂ©, disait Giocanto. Voici sa lettre. Miss Nevil lut la lettre, qui Ă©tait Ă©crite en anglais, sans doute par surcroĂt de prĂ©caution. Voici ce qu'elle contenait Ă Mademoiselle, Une malheureuse fatalitĂ© m'a poussĂ©; j'ignore ce que diront mes ennemis, quelles calomnies ils inventeront. Peu m'importe, si vous, mademoiselle, vous n'y donnez pas crĂ©ance. Depuis que je vous ai vue, je m'Ă©tais bercĂ© de rĂÂȘves insensĂ©s. Il a fallu cette catastrophe pour me montrer ma folie; je suis raisonnable maintenant. Je sais quel est l'avenir qui m'attend, et il me trouvera rĂ©signĂ©. Cette bague que vous m'avez donnĂ©e et que je croyais un talisman de bonheur, je n'ose la garder. Je crains, miss Nevil, que vous n'ayez du regret d'avoir si mal placĂ© vos dons, ou plutĂÂŽt, je crains qu'elle me rappelle le temps oĂÂč j'Ă©tais fou. Colomba vous la remettra... Adieu, mademoiselle, vous allez quitter la Corse, et je ne vous verrai plus; mais dites Ă ma soeur que j'ai encore votre estime, et, je le dis avec assurance, je la mĂ©rite toujours. O. D. R. Ă» Miss Lydia s'Ă©tait dĂ©tournĂ©e pour lire cette lettre, et Colomba, qui l'observait attentivement, lui remit la bague Ă©gyptienne en lui demandant du regard ce que cela signifiait. Mais miss Lydia n'osait lever la tĂÂȘte, et elle considĂ©rait tristement la bague, qu'elle mettait Ă son doigt et qu'elle retirait alternativement. - ChĂšre miss Nevil, dit Colomba, ne puis-je savoir ce que vous dit mon frĂšre? Vous parle-t-il de son Ă©tat? - Mais... dit miss Lydia en rougissant, il n'en parle pas... Sa lettre est en anglais... Il me charge de dire Ă mon pĂšre... Il espĂšre que le prĂ©fet pourra arranger... Colomba, souriant avec malice, s'assit sur le lit, prit les deux mains de miss Nevil, et la regardant avec ses yeux pĂ©nĂ©trants - Serez-vous bonne? lui dit-elle. N'est-ce pas que vous rĂ©pondrez Ă mon frĂšre? Vous lui ferez tant de bien! Un moment l'idĂ©e m'est venue de vous rĂ©veiller lorsque sa lettre est arrivĂ©e, et puis je n'ai pas osĂ©. - Vous avez eu bien tort, dit miss Nevil, si un mot de moi pouvait le... - Maintenant je ne puis lui envoyer de lettres. Le prĂ©fet est arrivĂ©, et Pietranera est pleine de ses estafiers. Plus tard nous verrons. Ah! si vous connaissiez mon frĂšre, miss Nevil, vous l'aimeriez comme je l'aime... Il est si bon! si brave! songez donc Ă ce qu'il a fait! Seul contre deux et blessĂ©! Le prĂ©fet Ă©tait de retour. Instruit par un exprĂšs de l'adjoint, il Ă©tait venu accompagnĂ© de gendarmes et de voltigeurs, amenant de plus procureur du roi, greffier et le reste pour instruire sur la nouvelle et terrible catastrophe qui compliquait, ou si l'on veut qui terminait les inimitiĂ©s des familles de Pietranera. Peu aprĂšs son arrivĂ©e, il vit le colonel Nevil et sa fille, et ne leur cacha pas qu'il craignait que l'affaire ne prĂt une mauvaise tournure. - Vous savez, dit-il, que le combat n'a pas eu de tĂ©moins; et la rĂ©putation d'adresse et de courage de ces deux malheureux jeunes gens Ă©tait si bien Ă©tablie, que tout le monde se refuse Ă croire que monsieur della Rebbia ait pu les tuer sans l'assistance des bandits auprĂšs desquels on le dit rĂ©fugiĂ©. - C'est impossible, s'Ă©cria le colonel; Orso della Rebbia est un garçon plein d'honneur; je rĂ©ponds de lui. - Je le crois, dit le prĂ©fet, mais le procureur du roi ces messieurs soupçonnent toujours ne me paraĂt pas trĂšs favorablement disposĂ©. Il a entre les mains une piĂšce fĂÂącheuse pour votre ami. C'est une lettre menaçante adressĂ©e Ă Orlanduccio, dans laquelle il lui donne un rendez-vous... et ce rendez-vous lui paraĂt une embuscade. - Cet Orlanduccio, dit le colonel, a refusĂ© de se battre comme un galant homme. - Ce n'est pas l'usage ici. On s'embusque, on se tue par derriĂšre, c'est la façon du pays. Il y a bien une dĂ©position favorable; c'est celle d'une enfant qui affirme avoir entendu quatre dĂ©tonations, dont les deux derniĂšres, plus fortes que les autres, provenaient d'une arme de gros calibre comme le fusil de monsieur della Rebbia. Malheureusement cette enfant est la niĂšce de l'un des bandits que l'on soupçonne de complicitĂ©, et elle a sa leçon faite. - Monsieur, interrompit miss Lydia, rougissant jusqu'au blanc des yeux, nous Ă©tions sur la route quand les coups de fusil ont Ă©tĂ© tirĂ©s, et nous avons entendu la mĂÂȘme chose. - En vĂ©ritĂ©? VoilĂ qui est important. Et vous, colonel, vous avez sans doute fait la mĂÂȘme remarque? - Oui, reprit vivement miss Nevil; c'est mon pĂšre, qui a l'habitude des armes, qui a dit VoilĂ monsieur della Rebbia qui tire avec mon fusil. - Et ces coups de fusil que vous avez reconnus, c'Ă©taient bien les derniers? - Les deux derniers, n'est-ce pas, mon pĂšre? Le colonel n'avait pas trĂšs bonne mĂ©moire; mais en toute occasion il n'avait garde de contredire sa fille. - Il faut sur-le-champ parler de cela au procureur du roi, colonel. Au reste, nous attendons ce soir un chirurgien qui examinera les cadavres et vĂ©rifiera si les blessures ont Ă©tĂ© faites avec l'arme en question. - C'est moi qui l'ai donnĂ©e Ă Orso, dit le colonel, et je voudrais la savoir au fond de la mer... C'est-Ă -dire... le brave garçon! je suis bien aise qu'il l'ait eue entre les mains; car, sans mon Manton, je ne sais trop comment il s'en serait tirĂ©. CHAPITRE XIX. Le chirurgien arriva un peu tard. Il avait eu son aventure sur la route. RencontrĂ© par Giocanto Castriconi, il avait Ă©tĂ© sommĂ© avec la plus grande politesse de venir donner ses soins Ă un homme blessĂ©. On l'avait conduit auprĂšs d'Orso, et il avait mis le premier appareil Ă sa blessure. Ensuite le bandit l'avait reconduit assez loin, et l'avait fort Ă©difiĂ© en lui parlant des plus fameux professeurs de Pise, qui, disait-il, Ă©taient ses intimes amis. - Docteur, dit le thĂ©ologien en le quittant, vous m'avez inspirĂ© trop d'estime pour que je croie nĂ©cessaire de vous rappeler qu'un mĂ©decin doit ĂÂȘtre aussi discret qu'un confesseur. Et il faisait jouer la batterie de son fusil. Vous avez oubliĂ© le lien oĂÂč nous avons eu l'honneur de nous voir. Adieu, enchantĂ© d'avoir fait votre connaissance. Colomba supplia le colonel d'assister Ă l'autopsie des cadavres. - Vous connaissez mieux que personne le fusil de mon frĂšre, dit-elle, et votre prĂ©sence sera fort utile. D'ailleurs il y a tant de mĂ©chantes gens ici que nous courrions de grands risques si nous n'avions personne pour dĂ©fendre nos intĂ©rĂÂȘts. RestĂ©e seule avec miss Lydia, elle se plaignit d'un grand mal de tĂÂȘte, et lui proposa une promenade Ă quelques pas du village. - Le grand air me fera du bien, disait-elle. Il y a si longtemps que je ne l'ai respirĂ© ! Tout en marchant elle lui parlait de son frĂšre; et miss Lydia, que ce sujet intĂ©ressait assez vivement, ne s'apercevait pas qu'elle s'Ă©loignait beaucoup de Pietranera. Le soleil se couchait quand elle en fit l'observation et engagea Colomba Ă rentrer. Colomba connaissait une traverse qui, disait-elle, abrĂ©geait beaucoup le retour et, quittant le sentier qu'elle suivait, elle en prit un autre en apparence beaucoup moins frĂ©quentĂ©. BientĂÂŽt elle se mit Ă gravir un coteau tellement escarpĂ© qu'elle Ă©tait obligĂ©e continuellement pour se soutenir de s'accrocher d'une main Ă des branches d'arbres, pendant que de l'autre elle tirait sa compagne aprĂšs elle. Au bout d'un grand quart d'heure de cette pĂ©nible ascension, elles se trouvĂšrent sur un petit plateau couvert de myrtes et d'arbousiers, au milieu de grandes masses de granit qui perçaient le sol de tous cĂÂŽtĂ©s. Miss Lydia Ă©tait trĂšs fatiguĂ©e, le village ne paraissait pas, et il faisait presque nuit. - Savez-vous, ma chĂšre Colomba. dit-elle, que je crains que nous ne soyons Ă©garĂ©es? - N'ayez pas peur, rĂ©pondit Colomba. Marchons toujours, suivez-moi. - Mais je vous assure que vous vous trompez; le village ne peut pas ĂÂȘtre de ce cĂÂŽtĂ©-lĂ . Je parierais que nous lui tournons le dos. Tenez, ces lumiĂšres que nous voyons si loin, certainement c'est lĂ qu'est Pietranera. - Ma chĂšre amie, dit Colomba d'un air agitĂ©, vous avez raison; mais Ă deux cents pas d'ici... dans ce maquis... - Eh bien? - Mon frĂšre y est; je pourrais le voir et l'embrasser si vous vouliez. Miss Nevil fit un mouvement de surprise. - Je suis sortie de Pietranera, poursuivit Colomba, sans ĂÂȘtre remarquĂ©e, parce que j'Ă©tais avec vous... autrement on m'aurait suivie... Etre si prĂšs de lui et ne pas le voir!... Pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi voir mon pauvre frĂšre? Vous lui feriez tant de plaisir! - Mais, Colomba, ce ne serait pas convenable de ma part. - Je comprends. Vous autres femmes des villes, vous vous inquiĂ©tez toujours de ce qui est convenable; nous autres femmes de village, nous ne pensons qu'Ă ce qui est bien. - Mais il est si tard!... Et votre frĂšre que pensera-t-il de moi? - Il pensera qu'il n'est point abandonnĂ© par ses amis, et cela lui donnera du courage pour souffrir. - Et mon pĂšre, il sera si inquiet... - Il vous sait avec moi... Eh bien! dĂ©cidez-vous... Vous regardiez son portrait ce matin, ajouta-t-elle avec un sourire de malice. - Non... vraiment, Colomba, je n'ose... ces bandits qui sont lĂ ... - Eh bien ! ces bandits ne vous connaissent pas, qu'importe? Vous dĂ©siriez en voir!... - Mon Dieu! - Voyons, mademoiselle, prenez un parti. Vous laisser seule ici, je ne le puis pas; on ne sait pas ce qui pourrait arriver. Allons voir Orso, ou bien retournons ensemble au village... Je verrai mon frĂšre... Dieu sait quand... peut-ĂÂȘtre jamais... - Que dites-vous, Colomba?... Eh bien! allons! mais pour une minute seulement, et nous reviendrons aussitĂÂŽt. Colomba lui serra la main, et, sans rĂ©pondre, elle se mit Ă marcher avec une telle rapiditĂ©, que miss Lydia avait peine Ă la suivre. Heureusement Colomba s'arrĂÂȘta bientĂÂŽt en disant Ă sa compagne - N'avançons pas davantage avant de les avoir prĂ©venus; nous pourrions peut-ĂÂȘtre attraper un coup de fusil. Elle se mit alors Ă siffler entre ses doigts; bientĂÂŽt aprĂšs on entendit un chien aboyer, et la sentinelle avancĂ©e des bandits ne tarda pas Ă paraĂtre. C'Ă©tait notre vieille connaissance, le chien Brusco, qui reconnut aussitĂÂŽt Colomba, et se chargea de lui servir de guide. AprĂšs maints dĂ©tours dans les sentiers Ă©troits du maquis, deux hommes armĂ©s jusqu'aux dents se prĂ©sentĂšrent Ă leur rencontre. - Est-ce vous, Brandolaccio? demanda Colomba. OĂÂč est mon frĂšre? - LĂ -bas! rĂ©pondit le bandit. Mais avancez doucement il dort, et c'est la premiĂšre fois que cela lui arrive depuis son accident. Vive Dieu! on voit bien que par oĂÂč passe le diable une femme passe bien aussi. Les deux femmes s'approchĂšrent avec prĂ©caution, et auprĂšs d'un feu dont on avait prudemment masquĂ© l'Ă©clat en construisant autour un petit mur en pierres sĂšches, elles aperçurent Orso couchĂ© sur un tas de fougĂšre et couvert d'un pilone. Il Ă©tait fort pĂÂąle, et l'on entendait sa respiration oppressĂ©e. Colomba s'assit auprĂšs de lui, et le contempla en silence les mains jointes, comme si elle priait mentalement. Miss Lydia, se couvrant le visage de son mouchoir, se serra contre elle; mais de temps en temps elle levait la tĂÂȘte pour voir le blessĂ© par-dessus l'Ă©paule de Colomba. Un quart d'heure se passa sans que personne ouvrit la bouche. Sur un signe du thĂ©ologien, Brandolaccio s'Ă©tait enfoncĂ© avec lui dans le maquis, au grand contentement de miss Lydia, qui, pour la premiĂšre fois, trouvait que les grandes barbes et l'Ă©quipement des bandits avaient trop de couleur locale. Enfin Orso fit un mouvement. AussitĂÂŽt Colomba se pencha sur lui et l'embrassa Ă plusieurs reprises, l'accablant de questions sur sa blessure, ses souffrances, ses besoins. AprĂšs avoir rĂ©pondu qu'il Ă©tait aussi bien que possible, Orso lui demanda Ă son tour si miss Nevil Ă©tait encore Ă Pietranera, et si elle lui avait Ă©crit. Colomba, courbĂ©e sur son frĂšre, lui cachait complĂštement sa compagne, que l'obscuritĂ©, d'ailleurs, lui aurait difficilement permis de reconnaĂtre. Elle tenait une main de miss Nevil, et de l'autre elle soulevait lĂ©gĂšrement la tĂÂȘte du blessĂ©. - Non, mon frĂšre, elle ne m'a pas donnĂ© de lettre pour vous...; mais vous pensez toujours Ă miss Nevil, vous l'aimez donc bien? - Si je l'aime, Colomba!... Mais elle... elle me mĂ©prise peut-ĂÂȘtre Ă prĂ©sent! En ce moment, miss Nevil fit un effort pour retirer sa main; mais il n'Ă©tait pas facile de faire lĂÂącher prise Ă Colomba; et, quoique petite et bien formĂ©e, sa main possĂ©dait une force dont on a quelques preuves. - Vous mĂ©priser! s'Ă©cria Colomba, aprĂšs ce que vous avez fait... Au contraire, elle dit du bien de vous... Ah! Orso, j'aurais bien des choses d'elle Ă vous conter. La main voulait toujours s'Ă©chapper, mais Colomba l'attirait toujours plus prĂšs d'Orso. - Mais enfin, dit le blessĂ©, pourquoi ne pas me rĂ©pondre?... Une seule ligne, et j'aurais Ă©tĂ© content. Ă⏠force de tirer la main de miss Nevil, Colomba finit par la mettre dans celle de son frĂšre. Alors, s'Ă©cartant tout Ă coup en Ă©clatant de rire - Orso, s'Ă©cria-t-elle, prenez garde de dire du mal de miss Lydia, car elle entend trĂšs bien le corse. Miss Lydia retira aussitĂÂŽt sa main et balbutia quelques mots inintelligibles. Orso croyait rĂÂȘver. - Vous ici, miss Nevil! Mon Dieu! comment avez-vous osĂ©? Ah! que vous me rendez heureux! Et, se soulevant avec peine, il essaya de se rapprocher d'elle. - J'ai accompagnĂ© votre soeur, dit miss Lydia... pour qu'on ne pĂ»t soupçonner oĂÂč elle allait... et puis, je voulais aussi... m'assurer... HĂ©las! que vous ĂÂȘtes mal ici! Colomba s'Ă©tait assise derriĂšre Orso. Elle le souleva avec prĂ©caution et de maniĂšre Ă lui soutenir la tĂÂȘte sur ses genoux. Elle lui passa les bras autour du cou, et fit signe Ă miss Lydia de s'approcher. - Plus prĂšs! plus prĂšs! dit-elle il ne faut pas qu'un malade Ă©lĂšve trop la voix. Et comme miss Lydia hĂ©sitait, elle lui prit la main et la força de s'asseoir tellement prĂšs, que sa robe touchait Orso, et que sa main, qu'elle tenait toujours, reposait sur l'Ă©paule du blessĂ©. - Il est trĂšs bien comme cela, dit Colomba d'un air gai. N'est-ce pas, Orso, qu'on est bien dans le maquis, au bivouac, par une belle nuit comme celle-ci? - Oh oui! la belle nuit! dit Orso. Je ne l'oublierai jamais! - Que vous devez souffrir! dit miss Nevil. - Je ne souffre plus, dit Orso, et je voudrais mourir ici. Et sa main droite se rapprochait de celle de miss Lydia, que Colomba tenait toujours emprisonnĂ©e. - Il faut absolument qu'on vous transporte quelque part oĂÂč l'on pourra vous donner des soins, monsieur della Rebbia, dit miss Nevil. Je ne pourrai plus dormir, maintenant que je vous ai vu si mal couchĂ©... en plein air... - Si je n'eusse craint de vous rencontrer, miss Nevil, j'aurais essayĂ© de retourner Ă Pietranera, et je me serais constituĂ© prisonnier. - Et pourquoi craigniez-vous de la rencontrer, Orso? demanda Colomba. - Je vous avais dĂ©sobĂ©i, miss Nevil... et je n'aurais pas osĂ© vous voir en ce moment. - Savez-vous, miss Lydia, que vous faites faire Ă mon frĂšre tout ce que vous voulez? dit Colomba en riant. Je vous empĂÂȘcherai de le voir. - J'espĂšre, dit miss Nevil, que cette malheureuse affaire va s'Ă©claircir, et que bientĂÂŽt vous n'aurez plus rien Ă craindre... Je serai bien contente si, lorsque nous partirons, je sais qu'on vous a rendu justice et qu'on a reconnu votre loyautĂ© comme votre bravoure. - Vous partez, miss Nevil! Ne dites pas encore ce mot-lĂ . - Que voulez-vous... mon pĂšre ne peut pas chasser toujours... Il veut partir. Orso laissa retomber sa main qui touchait celle de miss Lydia, et il y eut un moment de silence. - Bah! reprit Colomba, nous ne vous laisserons pas partir si vite. Nous avons encore bien des choses Ă vous montrer Ă Pietranera... D'ailleurs, vous m'avez promis de faire mon portrait,. et vous n'avez pas encore commencĂ©... Et puis je vous ai promis de vous faire une serenata en soixante et quinze couplets... Et puis... Mais qu'a donc Brusco Ă grogner?... VoilĂ Brandolaccio qui court aprĂšs lui... Voyons ce que c'est. AussitĂÂŽt elle se leva, et posant sans cĂ©rĂ©monie la tĂÂȘte d'Orso sur les genoux de miss Nevil, elle courut auprĂšs des bandits. Un peu Ă©tonnĂ©e de se trouver ainsi soutenant un beau jeune homme, en tĂÂȘte Ă tĂÂȘte avec lui au milieu d'un maquis, miss Nevil ne savait trop que faire, car, en se retirant brusquement, elle craignait de faire mal au blessĂ©. Mais Orso quitta lui-mĂÂȘme le doux appui que sa sĂ
âur venait de lui donner, et, se soulevant sur son bras droit - Ainsi, vous partez bientĂÂŽt, miss Lydia? je n'avais jamais pensĂ© que vous dussiez prolonger votre sĂ©jour dans ce malheureux pays, ... et pourtant..., depuis que vous ĂÂȘtes venue ici, je souffre cent fois plus en songeant qu'il faut vous dire adieu... Je suis un pauvre lieutenant, ... sans avenir, ... proscrit maintenant... Quel moment, miss Lydia, pour vous dire que je vous aime... mais c'est sans doute la seule fois que je pourrai vous le dire, et il me semble que je suis moins malheureux, maintenant que j'ai soulagĂ© mon cĂ
âur. Miss Lydia dĂ©tourna la tĂÂȘte, comme si l'obscuritĂ© ne suffisait pas pour cacher sa rougeur - Monsieur della Rebbia, dit-elle d'une voix tremblante, serais-je venue en ce lieu si... Et, tout en parlant, elle mettait dans la main d'Orso le talisman Ă©gyptien. Puis, faisant un effort violent pour reprendre le ton de plaisanterie qui lui Ă©tait habituel - C'est bien mal Ă vous, monsieur Orso, de parler ainsi... Au milieu du maquis, entourĂ©e de vos bandits, vous savez bien que je n'oserais jamais me fĂÂącher contre vous. Orso fit un mouvement pour baiser la main qui lui rendait le talisman; et comme miss Lydia la retirait un peu vite, il perdit l'Ă©quilibre et tomba sur son bras blessĂ©. Il ne put retenir un gĂ©missement douloureux. - Vous vous ĂÂȘtes fait mal, mon ami? s'Ă©cria-t-elle en le soulevant; c'est ma faute! pardonnez-moi... Ils se parlĂšrent encore quelque temps Ă voix basse, et fort rapprochĂ©s l'un de l'autre. Colomba, qui accourait prĂ©cipitamment, les trouva prĂ©cisĂ©ment dans la position oĂÂč elle les avait laissĂ©s. - Les voltigeurs! s'Ă©cria-t-elle. Orso, essayez de vous lever et de marcher, je vous aiderai. - Laissez-moi, dit Orso. Dis aux bandits de se sauver... qu'on me prenne, peu m'importe; mais emmĂšne miss Lydia au nom de Dieu, qu'on ne la voie pas ici! - Je ne vous laisserai pas, dit Brandolaccio qui suivait Colomba. Le sergent des voltigeurs est un filleul de l'avocat; au lieu de vous arrĂÂȘter, il vous tuera, et puis il dira qu'il ne l'a pas fait exprĂšs. Orso essaya de se lever, il fit mĂÂȘme quelques pas; mais, s'arrĂÂȘtant bientĂÂŽt - Je ne puis marcher, dit-il. Fuyez, vous autres. Adieu, miss Nevil; donnez-moi la main, et adieu! - Nous ne vous quitterons pas! s'Ă©criĂšrent les deux femmes. - Si vous ne pouvez marcher, dit Brandolaccio, il faudra que je vous porte. Allons, mon lieutenant, un peu de courage; nous aurons le temps de dĂ©camper par le ravin, lĂ derriĂšre. Monsieur le curĂ© va leur donner de l'occupation. - Non, laissez-moi, dit Orso en se couchant Ă terre. Au nom de Dieu, Colomba, emmĂšne miss Nevil! - Vous ĂÂȘtes forte, mademoiselle Colomba, dit Brandolaccio; empoignez-le par les Ă©paules, moi je tiens les pieds; bon! en avant, marche! Ils commencĂšrent Ă le porter rapidement, malgrĂ© ses protestations; miss Lydia les suivait, horriblement effrayĂ©e, lorsqu'un coup de fusil se fit entendre, auquel cinq ou six autres rĂ©pondirent aussitĂÂŽt. Miss Lydia poussa un cri, Brandolaccio une imprĂ©cation, mais il redoubla de vitesse, et Colomba, Ă son exemple, courait au travers du maquis, sans faire attention aux branches qui lui fouettaient la figure ou qui dĂ©chiraient sa robe. - Baissez-vous, baissez-vous, ma chĂšre, disait-elle Ă sa compagne, une balle peut vous attraper. On marcha ou plutĂÂŽt on courut environ cinq cents pas de la sorte, lorsque Brandolaccio dĂ©clara qu'il n'en pouvait plus, et se laissa tomber Ă terre, malgrĂ© les exhortations et les reproches de Colomba. - OĂÂč est miss Nevil? demandait Orso. Miss Nevil, effrayĂ©e par les coups de fusil, arrĂÂȘtĂ©e Ă chaque instant par l'Ă©paisseur du maquis, avait bientĂÂŽt perdu la trace des fugitifs, et Ă©tait demeurĂ©e seule en proie aux plus vives angoisses. - Elle est restĂ©e en arriĂšre, dit Brandolaccio, mais elle n'est pas perdue, les femmes se retrouvent toujours. Ăâ°coutez donc, Ors' Anton', comme le curĂ© fait du tapage avec votre fusil. Malheureusement on n'y voit goutte, et l'on ne se fait pas grand mai Ă se tirailler de nuit. - Chut! s'Ă©cria Colomba; j'entends un cheval, nous sommes sauvĂ©s. En effet, un cheval qui passait dans le maquis, effrayĂ© par le bruit de la fusillade, s'approchait de leur cĂÂŽtĂ©. - Nous sommes sauvĂ©s! rĂ©pĂ©ta Brandolaccio. Courir au cheval, le saisir par les crins, lui passer dans la bouche un nĂ
âud de corde en guise de bride, fut pour le bandit, aidĂ© de Colomba, l'affaire d'un moment. - PrĂ©venons maintenant le curĂ©, dit-il. Il siffla deux fois; un sifflet Ă©loignĂ© rĂ©pondit Ă ce signal, et le fusil de Manton cessa de faire entendre sa grosse voix. Alors Brandolaccio sauta sur le cheval. Colomba plaça son frĂšre devant le bandit, qui d'une main le serra fortement, tandis que de l'autre il dirigeait sa monture. MalgrĂ© sa double charge, le cheval, excitĂ© par deux bons coups de pied dans le ventre, partit lestement et descendit au galop un coteau escarpĂ© oĂÂč tout autre qu'un cheval corse se serait tuĂ© cent fois. Colomba revint alors sur ses pas, appelant miss Nevil de toutes ses forces, mais aucune voix ne rĂ©pondait Ă la sienne... AprĂšs avoir marchĂ© quelque temps Ă l'aventure, cherchant Ă retrouver le chemin qu'elle avait suivi, elle rencontra dans un sentier deux voltigeurs qui lui criĂšrent Ă Qui vive? Ă» - Eh bien! messieurs, dit Colomba d'un ton railleur, voilĂ bien du tapage. Combien de morts? - Vous Ă©tiez avec les bandits, dit un des soldats, vous allez venir avec nous. - TrĂšs volontiers, rĂ©pondit-elle; mais j'ai une amie ici, et il faut que nous la trouvions d'abord. - Votre amie est dĂ©jĂ prise, et vous irez avec elle coucher en prison. - En prison? c'est ce qu'il faudra voir; mais, en attendant, menez-moi auprĂšs d'elle. Les voltigeurs la conduisirent alors dans le campement des bandits, oĂÂč ils rassemblaient les trophĂ©es de leur expĂ©dition, c'est-Ă -dire le pilone qui couvrait Orso, une vieille marmite et une cruche pleine d'eau. Dans le mĂÂȘme lieu se trouvait miss Nevil, qui, rencontrĂ©e par les soldats, Ă demi morte de peur, rĂ©pondait par des larmes Ă toutes leurs questions sur le nombre des bandits et la direction qu'ils avaient prise. Colomba se jeta dans ses bras et lui dit Ă l'oreille Ă Ils sont sauvĂ©s. Ă» Puis, s'adressant au sergent des voltigeurs - Monsieur, lui dit-elle, vous voyez bien que mademoiselle ne sait rien de ce que vous lui demandez. Laissez-nous revenir au village, oĂÂč l'on nous attend avec impatience. - On vous y mĂšnera, et plus tĂÂŽt que vous ne le dĂ©sirez, ma mignonne, dit le sergent, et vous aurez Ă expliquer ce que vous faisiez dans le maquis Ă cette heure avec les brigands qui viennent de s'enfuir. Je ne sais quel sortilĂšge emploient ces coquins, mais ils fascinent sĂ»rement les filles, car partout oĂÂč il y a des bandits on est sĂ»r d'en trouver de jolies. - Vous ĂÂȘtes galant, monsieur le sergent, dit Colomba, mais vous ne ferez pas mal de faire attention Ă vos paroles. Cette demoiselle est une parente du prĂ©fet, et il ne faut pas badiner avec elle. - Parente du prĂ©fet! murmura un voltigeur Ă son chef; en effet, elle a un chapeau. - Le chapeau n'y fait rien, dit le sergent. Elles Ă©taient toutes les deux avec le curĂ©, qui est le plus grand enjĂÂŽleur du pays, et mon devoir est de les emmener. Aussi bien, n'avons-nous plus rien Ă faire ici. Sans ce maudit caporal Taupin, ... l'ivrogne de Français s'est montrĂ© avant que je n'eusse cernĂ© le maquis... sans lui, nous les prenions comme dans un filet. - Vous ĂÂȘtes sept? demanda Colomba. Savez-vous, messieurs, que si par hasard les trois frĂšres Gambini, Sarocchi et ThĂ©odore Poli se trouvaient Ă la croix de Sainte-Christine avec Brandolaccio et le curĂ©, ils pourraient vous donner bien des affaires. Si vous devez avoir une conversation avec le Commandant de la campagne 1 je ne me soucierais pas de m'y trouver. Les balles ne connaissent personne la nuit. - 1 C'Ă©tait le titre que prenait ThĂ©odore Poli. La possibilitĂ© d'une rencontre avec les redoutables bandits que Colomba venait de nommer parut faire impression sur les voltigeurs. Toujours pestant contre le caporal Taupin, le chien de Français, le sergent donna l'ordre de la retraite, et sa petite troupe prit le chemin de Pietranera, emportant le pilone et la marmite. Quant Ă la cruche, un coup de pied en fit justice. Un voltigeur voulut prendre le bras de miss Lydia, mais Colomba le repoussant aussitĂÂŽt - Que personne ne la touche! dit-elle. Croyez-vous que nous ayons envie de nous enfuir? Allons, Lydia, ma chĂšre, appuyez-vous sur moi, et ne pleurez pas comme un enfant. VoilĂ une aventure, mais elle ne finira pas mal; dans une demi-heure nous serons Ă souper. Pour ma part, j'en meurs d'envie. - Que pensera-t-on de moi? disait tout bas miss Nevil. - On pensera que vous vous ĂÂȘtes Ă©garĂ©e dans le maquis, voilĂ tout. - Que dira le prĂ©fet ?... que dira mon pĂšre surtout ? - Le prĂ©fet? vous lui rĂ©pondrez qu'il se mĂÂȘle de sa prĂ©fecture. Votre pĂšre?... Ă la maniĂšre dont vous causiez avec Orso, j'aurais cru que vous aviez quelque chose Ă dire Ă votre pĂšre. Miss Nevil lui serra le bras sans rĂ©pondre. - N'est-ce pas, murmura Colomba dans son oreille, que mon frĂšre mĂ©rite qu'on l'aime? Ne l'aimez-vous pas un peu? - Ah! Colomba, rĂ©pondit miss Nevil souriant malgrĂ© sa confusion, vous m'avez trahie, moi qui avais tant de confiance en vous! Colomba lui passa un bras autour de la taille, et l'embrassant sur le front - Ma petite sĂ
âur, dit-elle bien bas, me pardonnez-vous? - Il le faut bien, ma terrible sĂ
âur, rĂ©pondit Lydia en lui rendant son baiser. Le prĂ©fet et le procureur du roi logeaient chez l'adjoint de Pietranera, et le colonel, fort inquiet de sa fille, venait pour la vingtiĂšme fois leur en demander des nouvelles, lorsqu'un voltigeur, dĂ©tachĂ© en courrier par le sergent, leur fit le rĂ©cit du terrible combat livrĂ© contre les brigands, combat dans lequel il n'y avait eu, il est vrai, ni morts ni blessĂ©s, mais oĂÂč l'on avait pris une marmite, un pilone et deux filles qui Ă©taient, disait-il, les maĂtresses ou les espionnes des bandits. Ainsi annoncĂ©es comparurent les deux prisonniĂšres au milieu de leur escorte armĂ©e. On devine la contenance radieuse de Colomba, la honte de sa compagne, la surprise du prĂ©fet, la joie et l'Ă©tonnement du colonel. Le procureur du roi se donna le malin plaisir de faire subir Ă la pauvre Lydia une espĂšce d'interrogatoire qui ne se termina que lorsqu'il lui eut fait perdre toute contenance. - Il me semble, dit le prĂ©fet, que nous pouvons bien mettre tout le monde en libertĂ©. Ces demoiselles ont Ă©tĂ© se promener, rien de plus naturel par un beau temps; elles ont rencontrĂ© par hasard un aimable jeune homme blessĂ©, rien de plus naturel encore. Puis, prenant Ă part Colomba - Mademoiselle, dit-il, vous pouvez mander Ă votre frĂšre que son affaire tourne mieux que je ne l'espĂ©rais. L'examen des cadavres, la dĂ©position du colonel, dĂ©montrent qu'il n'a fait que riposter, et qu'il Ă©tait seul au moment du combat. Tout s'arrangera, mais il faut qu'il quitte le maquis au plus vite et qu'il se constitue prisonnier. Il Ă©tait prĂšs de onze heures lorsque le colonel, sa fille et Colomba se mirent Ă table devant un souper refroidi. Colomba mangeait de bon appĂ©tit, se moquant du prĂ©fet, du procureur du roi et des voltigeurs. Le colonel mangeait, mais ne disait mot, regardant toujours sa fille qui ne levait pas les yeux de dessus son assiette. Enfin, d'une voix douce, mais grave - Lydia, lui dit-il en anglais, vous ĂÂȘtes donc engagĂ©e avec della Rebbia? - Oui, mon pĂšre, depuis aujourd'hui, rĂ©pondit-elle en rougissant, mais d'une voix ferme. Puis elle leva les yeux, et, n'apercevant sur la physionomie de son pĂšre aucun signe de courroux, elle se jeta dans ses bras et l'embrassa, comme les demoiselles bien Ă©levĂ©es font en pareille occasion. - Ă⏠la bonne heure, dit le colonel, c'est un brave garçon; mais, par Dieu! nous ne demeurerons pas dans son diable de pays! ou je refuse mon consentement. - Je ne sais pas l'anglais, dit Colomba, qui les regardait avec une extrĂÂȘme curiositĂ©; mais je parie que j'ai devinĂ© ce que vous dites. - Nous disons, rĂ©pondit le colonel, que nous vous mĂšnerons faire un voyage en Irlande. - Oui, volontiers, et je serai la sorella Colomba. Est-ce fait, colonel? Nous frappons-nous dans la main? - On s'embrasse dans ce cas-lĂ , dit le colonel. CHAPITRE XX. Quelques mois aprĂšs le coup double qui plongea la commune de Pietranera dans la consternation comme dirent les journaux, un jeune homme, le bras gauche en Ă©charpe, sortit Ă cheval de Bastia dans l'aprĂšs-midi, et se dirigea vers le village de Cardo, cĂ©lĂšbre par sa fontaine, qui, en Ă©tĂ©, fournit aux gens dĂ©licats de la ville une eau dĂ©licieuse. Une jeune femme, d'une taille Ă©levĂ©e et d'une beautĂ© remarquable, l'accompagnait montĂ©e sur un petit cheval noir dont un connaisseur eĂ»t admirĂ© la force et l'Ă©lĂ©gance, mais qui malheureusement avait une oreille dĂ©chiquetĂ©e par un accident bizarre. Dans le village, la jeune femme sauta lestement Ă terre, et, aprĂšs avoir aidĂ© son compagnon Ă descendre de sa monture, dĂ©tacha d'assez lourdes sacoches attachĂ©es Ă l'arçon de sa selle. Les chevaux furent remis Ă la garde d'un paysan, et la femme chargĂ©e des sacoches qu'elle cachait sous son mezzaro, le jeune homme portant un fusil double, prirent le chemin de la montagne en suivant un sentier fort raide et qui ne semblait conduire Ă aucune habitation. ArrivĂ©s Ă un des gradins Ă©levĂ©s du mont Quercio, ils s'arrĂÂȘtĂšrent, et tous les deux s'assirent sur l'herbe. Ils paraissaient attendre quelqu'un, car ils tournaient sans cesse les yeux vers la montagne, et la jeune femme consultait souvent une jolie montre d'or, peut-ĂÂȘtre autant pour contempler un bijou qu'elle semblait possĂ©der depuis peu de temps que pour savoir si l'heure d'un rendez-vous Ă©tait arrivĂ©e. Leur attente ne fut pas longue. Un chien sortit du maquis, et, au nom de Brusco prononcĂ© par la jeune femme, il s'empressa de venir les caresser. Peu aprĂšs parurent deux hommes barbus, le fusil sous le bras, la cartouchiĂšre Ă la ceinture, le pistolet au cĂÂŽtĂ©. Leurs habits dĂ©chirĂ©s et couverts de piĂšces contrastaient avec leurs armes brillantes et d'une fabrique renommĂ©e du continent. MalgrĂ© l'inĂ©galitĂ© apparente de leur position, les quatre personnages de cette scĂšne s'abordĂšrent familiĂšrement et comme de vieux amis. - Eh bien! Ors' Anton', dit le plus ĂÂągĂ© des bandits au jeune homme, voilĂ votre affaire finie. Ordonnance de non-lieu. Mes compliments. Je suis fĂÂąchĂ© que l'avocat ne soit plus dans l'Ăle pour le voir enrager. Et votre bras ? - Dans quinze jours, rĂ©pondu le jeune homme, on me dit que je pourrai quitter mon Ă©charpe. - Brando, mon brave, je vais partir demain pour l'Italie, et j'ai voulu te dire adieu, ainsi qu'Ă monsieur le curĂ©. C'est pourquoi je vous ai priĂ©s de venir. - Vous ĂÂȘtes bien pressĂ©, dit Brandolaccio; vous ĂÂȘtes acquittĂ© d'hier et vous partez demain? - On a des affaires, dit gaiement la jeune femme. Messieurs, je vous ai apportĂ© Ă souper mangez, et n'oubliez pas mon ami Brusco. - Vous gĂÂątez Brusco, mademoiselle Colomba, mais il est reconnaissant. Vous allez voir. Allons, Brusco, dit-il, Ă©tendant son fusil horizontalement, saute pour les Barricini. Le chien demeura immobile, se lĂ©chant le museau et regardant son maĂtre. - Saute pour les della Rebbia! Et il sauta deux pieds plus haut qu'il n'Ă©tait nĂ©cessaire. - Ăâ°coutez, mes amis, dit Orso, vous faites un vilain mĂ©tier; et s'il ne vous arrive pas de terminer votre carriĂšre sur cette place que nous voyons lĂ -bas 1, le mieux qui vous puisse advenir, c'est de tomber dans un maquis sous la balle d'un gendarme. - 1 La place oĂÂč se font les exĂ©cutions Ă Bastia. - Eh bien! dit Castriconi, c'est une mort comme une autre, et qui vaut mieux que la fiĂšvre qui vous tue dans un lit, au milieu des larmoiements plus ou moins sincĂšres de vos hĂ©ritiers. Quand on a, comme nous, l'habitude du grand air, il n'y a rien de tel que de mourir dans ses souliers, comme disent nos gens de village. - Je voudrais, poursuivit Orso, vous voir quitter ce pays... et mener une vie plus tranquille. Par exemple, pourquoi n'iriez-vous pas vous Ă©tablir en Sardaigne, ainsi qu'ont fait plusieurs de vos camarades? Je pourrais vous en faciliter les moyens. - En Sardaigne! s'Ă©cria Brandolaccio. Islos Sardos! que le diable les emporte avec leur patois. C'est trop mauvaise compagnie pour nous. - Il n'y a pas de ressource en Sardaigne, ajouta le thĂ©ologien. Pour moi, je mĂ©prise les Sardes. Pour donner la chasse aux bandits, ils ont une milice Ă cheval; cela fait la critique Ă la fois des bandits et du pays 1. Fi de la Sardaigne! C'est une chose qui m'Ă©tonne, monsieur della Rebbia, que vous, qui ĂÂȘtes un homme de goĂ»t et de savoir, vous n'ayez pas adoptĂ© notre vie du maquis, en ayant goĂ»tĂ© comme vous avez fait. - 1 Je dois cette observation critique sur la Sardaigne Ă un ex-bandit de mes amis, et c'est Ă lui seul qu'en appartient la responsabilitĂ©. Il veut dire que des bandits qui se laissent prendre par des cavaliers sont des imbĂ©ciles, et qu'une milice qui poursuit Ă cheval les bandits n'a guĂšre de chances de les rencontrer. - Mais, dit Orso en souriant, lorsque j'avais l'avantage d'ĂÂȘtre votre commensal, je n'Ă©tais pas trop en Ă©tat d'apprĂ©cier les charmes de votre position, et les cĂÂŽtes me font mal encore quand je me rappelle la course que je fis une belle nuit, mis en travers comme un paquet sur un cheval sans selle que conduisait mon ami Brandolaccio. - Et le plaisir d'Ă©chapper Ă la poursuite, reprit Castriconi, le comptez-vous pour rien? Comment pouvez-vous ĂÂȘtre insensible au charme d'une libertĂ© absolue sous un beau climat comme le nĂÂŽtre? Avec ce porte-respect il montrait son fusil, on est roi partout, aussi loin qu'il peut porter la balle. On commande, on redresse les torts... C'est un divertissement trĂšs moral, monsieur, et trĂšs agrĂ©able, que nous ne nous refusons point. Quelle plus belle vie que celle de chevalier errant, quand on est mieux armĂ© et plus sensĂ© que don Quichotte? Tenez, l'autre jour, j'ai su que l'oncle de la petite Lilla Luigi, le vieux ladre qu'il est, ne voulait pas lui donner une dot; je lui ai Ă©crit, sans menaces, ce n'est pas ma maniĂšre; eh bien! voilĂ un homme Ă l'instant convaincu; il l'a mariĂ©e. J'ai fait le bonheur de deux personnes. Croyez-moi, monsieur Orso, rien n'est comparable Ă la vie de bandit. Bah! vous deviendriez peut-ĂÂȘtre des nĂÂŽtres sans une certaine Anglaise que je n'ai fait qu'entrevoir, mais dont ils parlent tous, Ă Bastia, avec admiration. - Ma belle-soeur future n'aime pas le maquis, dit Colomba en riant, elle y a eu trop peur. - Enfin, dit Orso, voulez-vous rester ici? Soit. Dites-moi si je puis faire quelque chose pour vous? - Rien, dit Brandolaccio, que de nous conserver un petit souvenir. Vous nous avez comblĂ©s. VoilĂ Chilina qui a une dot, et qui, pour bien s'Ă©tablir, n'aura pas besoin que mon ami le curĂ© Ă©crive des lettres sans menaces. Nous savons que votre fermier nous donnera du pain et de la poudre en nos nĂ©cessitĂ©s ainsi, adieu. J'espĂšre vous revoir en Corse un de ces jours. - Dans un moment pressant, dit Orso, quelques piĂšces d'or font grand bien. Maintenant que nous sommes de vieilles connaissances, vous ne me refuserez pas cette petite cartouche qui peut vous servir Ă vous en procurer d'autres. - Pas d'argent entre nous, lieutenant, dit Brandolaccio d'un ton rĂ©solu. - L'argent fait tout dans le monde, dit Castriconi; mais dans le maquis on ne fait cas que d'un coeur brave et d'un fusil qui ne rate pas. - Je ne voudrais pas vous quitter, reprit Orso, sans vous laisser quelque souvenir. Voyons, que puis-je te laisser, Brando? Le bandit se gratta la tĂÂȘte, et, jetant sur le fusil d'Orso un regard oblique - Dame, mon lieutenant... si j'osais... mais non, vous y tenez trop. - Qu'est-ce que tu veux? - Rien... la chose n'est rien... il faut encore la maniĂšre de s'en servir. Je pense toujours Ă ce diable de coup double et d'une seule main... Oh! cela ne se fait pas deux fois. - C'est ce fusil que tu veux?... je te l'apportais; mais sers-t'en le moins que tu pourras. - Oh! je ne vous promets pas de m'en servir comme vous; mais, soyez tranquille, quand un autre l'aura, vous pourrez bien dire que Brando Savelli a passĂ© l'arme Ă gauche. - Et vous, Castriconi, que vous donnerai-je? - Puisque vous voulez absolument me laisser un souvenir matĂ©riel de vous, je vous demanderai sans façon de m'envoyer un Horace du plus petit format possible. Cela me distraira et m'empĂÂȘchera d'oublier mon latin. Il y a une petite qui vend des cigares, Ă Bastia, sur le port; donnez-le-lui, et elle me le remettra. - Vous aurez un Elzevir, monsieur le savant; il y en a prĂ©cisĂ©ment un parmi les livres que je voulais emporter. - Eh bien! mes amis, il faut nous sĂ©parer. Une poignĂ©e de main. Si vous pensez un jour Ă la Sardaigne, Ă©crivez-moi; l'avocat N. vous donnera mon adresse sur le continent. - Mon lieutenant, dit Brando, demain, quand vous serez hors du port, regardez sur la montagne, Ă cette place; nous y serons, et nous vous ferons signe avec nos mouchoirs. Ils se sĂ©parĂšrent alors; Orso et sa soeur prirent le chemin de Cardo, et les bandits, celui de la montagne. CHAPITRE XXI. Par une belle matinĂ©e d'avril, le colonel sir Thomas Nevil, sa fille, mariĂ©e depuis peu de jours, Orso et Colomba, sortirent de Pise en calĂšche pour aller visiter un hypogĂ©e Ă©trusque, nouvellement dĂ©couvert, que tous les Ă©trangers allaient voir. Descendus dans l'intĂ©rieur du monument, Orso et sa femme tirĂšrent des crayons et se mirent en devoir d'en dessiner les peintures; mais le colonel et Colomba, l'un et l'autre assez indiffĂ©rents pour l'archĂ©ologie, les laissĂšrent seuls et se promenĂšrent aux environs. - Ma chĂšre Colomba, dit le colonel, nous ne reviendrons jamais Ă Pise Ă temps pour notre luncheon. Est-ce que vous n'avez pas faim? VoilĂ Orso et sa femme dans les antiquitĂ©s; quand ils se mettent Ă dessiner ensemble, ils n'en finissent pas. - Oui, dit Colomba, et pourtant ils ne rapportent pas un bout de dessin. - Mon avis serait, continua le colonel, que nous allassions Ă cette petite ferme lĂ -bas. Nous y trouverons du pain, et peut-ĂÂȘtre de l'alealico, qui sait? mĂÂȘme de la crĂšme et des fraises, et nous attendrons patiemment nos dessinateurs. - Vous avez raison, colonel. Vous et moi, qui sommes les gens raisonnables de la maison, nous aurions bien tort de nous faire les martyrs de ces amoureux, qui ne vivent que de poĂ©sie. Donnez-moi le bras. N'est-ce pas que je me forme? Je prends le bras, je mets des chapeaux, des robes Ă la mode; j'ai des bijoux; j'apprends je ne sais combien de belles choses; je ne suis plus du tout une sauvagesse. Voyez un peu la grĂÂące que j'ai Ă porter ce chĂÂąle... Ce blondin, cet officier de votre rĂ©giment, qui Ă©tait au mariage... mon, Dieu! je ne puis pas retenir son nom; un grand frisĂ©, que je jetterais par terre d'un coup de poing... - Chatworth? dit le colonel. - Ă⏠la bonne heure! mais je ne le prononcerai jamais. Eh bien! il est amoureux fou de moi. - Ah! Colomba, vous devenez bien coquette. Nous aurons dans peu un autre mariage. - Moi! me marier? Et qui donc Ă©lĂšverait mon neveu... quand Orso m'en aura donnĂ© un? qui donc lui apprendrait Ă parler corse?... Oui, il parlera corse, et je lui ferai un bonnet pointu pour vous faire enrager. - Attendons d'abord que vous ayez un neveu; et puis vous lui apprendrez Ă jouer du stylet, si bon vous semble. - Adieu les stylets, dit gaiement Colomba; maintenant j'ai un Ă©ventail, pour vous en donner sur les doigts quand vous direz du mal de mon pays. Causant ainsi, ils entrĂšrent dans la ferme, oĂÂč ils trouvĂšrent vin, fraises et crĂšme. Colomba aida la fermiĂšre Ă cueillir des fraises pendant que le colonel buvait de l'alealico. Au dĂ©tour d'une allĂ©e, Colomba aperçut un vieillard assis au soleil sur une chaise de paille, malade, comme il semblait; car il avait les joues creuses, les yeux enfoncĂ©s; il Ă©tait d'une maigreur extrĂÂȘme, et son immobilitĂ©, sa pĂÂąleur, son regard fixe, le faisaient ressembler Ă un cadavre plutĂÂŽt qu'Ă un ĂÂȘtre vivant. Pendant plusieurs minutes, Colomba le contempla avec tant de curiositĂ© qu'elle attira l'attention de la fermiĂšre. - Ce pauvre vieillard, dit-elle, c'est un de vos compatriotes, car je connais bien Ă votre parler que vous ĂÂȘtes de la Corse. mademoiselle. Il a eu des malheurs dans son pays; ses enfants sont morts d'une façon terrible. On dit, je vous demande pardon, mademoiselle, que vos compatriotes ne sont pas tendres dans leurs inimitiĂ©s. Pour lors, ce pauvre monsieur, restĂ© seul, s'en est venu Ă Pise, chez une parente Ă©loignĂ©e, qui est la propriĂ©taire de cette ferme. Le brave homme est un peu timbrĂ©; c'est le malheur et le chagrin... C'est gĂÂȘnant pour madame, qui reçoit beaucoup de monde; elle l'a donc envoyĂ© ici. Il est bien doux, pas gĂÂȘnant; il ne dit pas trois paroles par jour. Par exemple, la tĂÂȘte a dĂ©mĂ©nagĂ©. Le mĂ©decin vient toutes les semaines, et il dit qu'il n'en a pas pour longtemps. - Ah! il est condamnĂ©? dit Colomba. Dans sa position, c'est un bonheur d'en finir. - Vous devriez, mademoiselle, lui parler un peu corse; cela le ragaillardirait peut-ĂÂȘtre d'entendre le langage de son pays. - Il faut voir, dit Colomba avec un sourire ironique. Et elle s'approcha du vieillard jusqu'Ă ce que son ombre vĂnt lui ĂÂŽter le soleil. Alors le pauvre idiot leva la tĂÂȘte et regarda fixement Colomba, qui le regardait de mĂÂȘme, souriant toujours. Au bout d'un instant, le vieillard passa la main sur son front, et ferma les yeux comme pour Ă©chapper au regard de Colomba. Puis il les rouvrit, mais dĂ©mesurĂ©ment; ses lĂšvres tremblaient; il voulait Ă©tendre les mains; mais, fascinĂ© par Colomba, il demeurait clouĂ© sur sa chaise, hors d'Ă©tat de parler ou de se mouvoir. Enfin de grosses larmes coulĂšrent de ses yeux, et quelques sanglots s'Ă©chappĂšrent de sa poitrine. - VoilĂ la premiĂšre, fois que je le vois ainsi, dit la jardiniĂšre. Mademoiselle est une demoiselle de votre pays; elle est venue pour vous voir, dit-elle au vieillard. - GrĂÂące! s'Ă©cria celui-ci d'une voix rauque; grĂÂące! n'es-tu pas satisfaite? Cette feuille... que j'avais brĂ»lĂ©e... comment as-tu fait pour la lire? Mais pourquoi tous les deux?... Orlanduccio, tu n'a rien pu lire contre lui... Il fallait m'en laisser un... un seul... Orlanduccio... tu n'as pas lu son nom... - Il me les fallait tous les deux, lui dit Colomba Ă voix basse et dans le dialecte corse. Les rameaux sont coupĂ©s; et, si la souche n'Ă©tait pas pourrie, je l'eusse arrachĂ©e. Va, ne te plains pas; tu n'as pas longtemps Ă souffrir. Moi, j'ai souffert deux ans! Le vieillard poussa un cri, et sa tĂÂȘte tomba sur sa poitrine. Colomba lui tourna le dos, et revint Ă pas lents vers la maison en chantant quelques mots incomprĂ©hensibles d'une ballata Ă Il me faut la main qui a tirĂ©, l'oeil qui a visĂ©, le coeur qui a pensĂ©... Ă» Pendant que la jardiniĂšre s'empressait Ă secourir le vieillard, Colomba, le teint animĂ© l'oeil en feu, se mettait Ă table devant le colonel. - Qu'avez-vous donc? dit-il, je vous trouve l'air que vous aviez Ă Pietranera, ce jour oĂÂč, pendant notre dĂner, on nous envoya des balles. - Ce sont des souvenirs de la Corse qui me sont revenus en tĂÂȘte. Mais voilĂ qui est fini. Je serai marraine, n'est-ce pas? Oh! quels beaux noms je lui donnerai Ghilfuccio-Tomaso-Orso-Leone! La jardiniĂšre rentrait en ce moment. - Eh bien! demanda Colomba du plus grand sang-froid, est-il mort, ou Ă©vanoui seulement? - Ce n'Ă©tait rien, mademoiselle; mais c'est singulier comme votre vue lui a fait de l'effet. - Et le mĂ©decin dit qu'il n'en a pas pour longtemps ? - Pas pour deux mois, peut-ĂÂȘtre. - Ce ne sera pas une grande perte, observa Colomba. - De qui diable parlez-vous? demanda le colonel. - D'un idiot de mon pays, dit Colomba d'un air d'indiffĂ©rence, qui est en pension ici. J'enverrai savoir de temps en temps de ses nouvelles. Mais, colonel Nevil, laissez donc des fraises pour mon frĂšre et pour Lydia. Lorsque Colomba sortit de la ferme pour remonter dans la calĂšche, la fermiĂšre la suivit des yeux quelque temps. - Tu vois bien cette demoiselle si jolie, dit-elle Ă sa fille, eh bien je suis sĂ»re qu'elle a le mauvais oeil. 1840.
Quels sont les bienfaits de lâeau thermale sur les affections rhumatologiques ? Lâindication du thermalisme Les eaux minĂ©rales souterraines agissent de façon naturelle sur lâorganisme. Leurs propriĂ©tĂ©s thĂ©rapeutiques dĂ©pendent du lieu et de la tempĂ©rature dâĂ©mergence ainsi que de la composition â riche â en minĂ©raux et oligo-Ă©lĂ©ments. Le passage transcutanĂ© de ces derniers, associĂ© Ă la chaleur et Ă la puissance variable dâapplication bains, jets, etc., vient rĂ©guler la sĂ©crĂ©tion dâhormones et de neuromĂ©diateurs ; la circulation sanguine et le processus inflammatoire ; les systĂšmes immunitaire, neurologique, cardio-vasculaire et respiratoire ; la mobilitĂ© musculo-squelettique. Ce traitement global favorise dâautant plus la guĂ©rison quâil se dĂ©roule dans un environnement propice Ă la dĂ©tente ! TrĂšs apprĂ©ciĂ©s par les patients afin dâapaiser les rhumatismes, ses effets sont mis en lumiĂšre par plusieurs Ă©tudes scientifiques dans la prise en charge de lâarthrose. Vos articulations du genou, des doigts ou des lombaires vous font souffrir ? La mĂ©decine thermale peut particuliĂšrement vous aider en rĂ©duisant les douleurs articulaires mĂ©caniques chroniques et inflammatoires aiguĂ«s ; les contractures musculaires ; lâankylose et la gĂȘne fonctionnelle ; le besoin et donc la prise de mĂ©dicaments antalgiques et dâAINS. Toutes articulations confondues, les affections rhumatismales arthrose, arthrite, polyarthrite rhumatoĂŻde, etc. reprĂ©sentent prĂšs de 80 % des prescriptions de cures. Ce qui illustre bien lâincidence croissante de ces maladies, considĂ©rĂ©e comme un rĂ©el problĂšme de santĂ© publique. Un petit point dâhistoire ? Les eaux de source sont utilisĂ©es Ă des fins thĂ©rapeutiques depuis lâAntiquitĂ©, oĂč les thermes romains Ă©taient dĂ©jĂ trĂšs populaires ! Câest Ă la Renaissance que le principe de cure se dĂ©veloppe en Occident pour ensuite sâinscrire rĂ©solument dans une dĂ©marche thĂ©rapeutique en France au cours du XVIIIe siĂšcle. Lâengouement pour la mĂ©decine thermale au XIXe siĂšcle sera quant Ă lui Ă lâorigine de lâampleur des stations contemporaines. Les diffĂ©rents soins thermaux Ă destination des articulations Dans le cas de lâarthrose, comment fonctionne une cure thermale ? Elle repose sur lâassociation de plusieurs pratiques de crĂ©nothĂ©rapie thĂ©rapie par lâeau de source bains et cataplasmes de boue ; pulvĂ©risations et bains dâeau chaude ; douches tĂ©rĂ©benthinĂ©es avec de lâextrait de pin pour son action contre la douleur et lâinflammation ; massages ; pĂ©didouches et manodouches douches pour les pieds et les mains ; mobilisations en piscine balnĂ©othĂ©rapie. Sây ajoutent des sĂ©ances de kinĂ©sithĂ©rapie ainsi que des programmes dâĂ©ducation thĂ©rapeutique alimentation, activitĂ© physique, etc., autres traitements naturels de lâarthrose, complĂ©mentaires et efficaces. En parallĂšle, la plupart des complexes thermaux proposent aussi des soins et des activitĂ©s de confort », tels le yoga, le spa, lâaquagym, les cours de cuisine, les randonnĂ©es, etc. La cure thermale est nĂ©anmoins dĂ©conseillĂ©e, voire contre-indiquĂ©e dans certains cas nâhĂ©sitez pas Ă demander conseil Ă votre mĂ©decin. La crĂ©nothĂ©rapie peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e Ă des fins non mĂ©dicales, comme une thalassothĂ©rapie, Ă lâinitiative et aux frais du curiste et donc sans ordonnance. Mais son indication thĂ©rapeutique reconnue lui permet dâĂȘtre remboursĂ©e ou avancĂ©e par la SĂ©curitĂ© sociale, notamment dans le cas de lâarthrose. Il vous donc en parler avec votre gĂ©nĂ©raliste ou votre rhumatologue afin de constituer le dossier faisant office de prescription et de demande de prise en charge. Il vous conseillera sur les thermes les plus adaptĂ©s Ă votre situation, quâil vous faudra ensuite rĂ©server de votre cĂŽtĂ©. Mais quel est le remboursement dâune cure thermale ? La demande de prise en charge par lâAssurance maladie Elle nâest possible que si la station choisie est agréée et conventionnĂ©e par la SĂ©curitĂ© sociale. Elle passe alors par la constitution dâun dossier qui se compose de deux documents le formulaire cerfa 11139*03 coordonnĂ©es, affection, cure sĂ©lectionnĂ©e, etc. Ă remplir par votre mĂ©decin prescripteur ; la dĂ©claration de ressources qui conditionne le remboursement des frais de transport et dâhĂ©bergement ainsi que les indemnitĂ©s journaliĂšres sauf cas spĂ©cial de la maladie professionnelle. La prise en charge dâune cure correspond soit Ă la dispense dâavance soit au remboursement des frais mĂ©dicaux Ă hauteur de 70 % sur la base dâun tarif conventionnĂ©. Ils couvrent les soins de crĂ©nothĂ©rapie, la surveillance et les consultations avec le mĂ©decin thermal. Le reste Ă charge, ou ticket modĂ©rateur, sâajoute aux prix des activitĂ©s de confort et aux Ă©ventuels frais complĂ©mentaires appliquĂ©s selon les structures. Le remboursement des frais non pris en charge par lâAssurance maladie dĂ©pend du contrat de complĂ©mentaire santĂ© que vous avez souscrit. Il varie entre 0 % et 100 % selon les cas nâhĂ©sitez pas Ă utiliser un comparateur afin de savoir quelles sont les meilleures mutuelles pour les cures thermales. La rĂ©servation et le choix de la cure LâidĂ©al est de rĂ©aliser votre rĂ©servation par courrier, en ligne ou par tĂ©lĂ©phone au plus tard le trimestre prĂ©cĂ©dant le dĂ©but de votre cure, en trois Ă©tapes rĂ©server la cure choisie en accord avec votre mĂ©decin prescripteur ; louer votre hĂ©bergement, qui peut ĂȘtre situĂ© soit dans la structure soit en dehors ; prendre rendez-vous avec le mĂ©decin thermal de votre choix dĂšs votre premier jour. Mais oĂč faire une cure thermale pour lâarthrose ? Cela dĂ©pend des eaux minĂ©rales utilisĂ©es lâeau chlorurĂ©e des sources du Jura et des PyrĂ©nĂ©es, riche en calcium, est intĂ©ressante en vue de soulager les articulations douloureuses ; lâeau sulfurĂ©e qui Ă©merge dans les PyrĂ©nĂ©es et les Alpes Aix-les-Bains, Allevard-les-Bains, trĂšs concentrĂ©e en soufre et en acide sulfhydrique, est aussi particuliĂšrement indiquĂ©e pour son action sur les rhumatismes. Dâautres thermes proposent aussi aux curistes des programmes adaptĂ©s Ă la rhumatologie, comme Ă Dax ou Ă Balaruc-les-Bains dans le sud de la France, ou encore Ă Bains-les-Bains dans les Vosges. Les affaires et les documents Ă prendre avec vous Vous ĂȘtes sur le point de partir ? Nâoubliez pas de glisser dans votre valise au moins deux maillots de bain les shorts sont interdits pour ces messieurs ! ; un bonnet de bain ; vos papiers importants carte vitale, carte de mutuelle, dossier de prise en charge administrative remis par la CPAM, dossier mĂ©dical ; vos mĂ©dicaments ainsi que vos complĂ©ments alimentaires pour lâarthrose si vous en prenez. Peignoir et serviettes sont mis Ă disposition du patient pendant sa cure. Le dĂ©roulement du sĂ©jour Combien de temps dure une cure thermale ? La prise en charge par lâAssurance maladie est convenue pour une durĂ©e de dix-huit jours de traitement, se dĂ©roulant du lundi au samedi. Ă votre arrivĂ©e, vous rencontrerez votre mĂ©decin thermal qui vous prescrira votre programme. Vous bĂ©nĂ©ficierez au total de soixante-douze soins de thermalisme Ă raison de quatre par jour â soit entre 1 h 30 et 2 h 30 de traitement quotidien â dont certains commencent parfois tĂŽt, dĂšs 7 h 30 ! Lâimportante sollicitation de lâorganisme provoque parfois une crise thermale » fatigue, courbatures, douleurs, etc.. Il ne faut pas vous en inquiĂ©ter, cela est tout Ă fait normal et concerne prĂšs de 20 % des curistes entre le 8e et le 12e jour de cure ! Elle sâestompe gĂ©nĂ©ralement assez vite. Le retour Ă domicile Ă lâissue dâune cure thermale pour soigner lâarthrose, il importe de se mĂ©nager ! Le repos est ici tout indiquĂ© et permet de limiter lâĂ©ventuelle recrudescence des douleurs chroniques ou inflammatoires et de la fatigue, temporaire. Les bienfaits peuvent parfois mettre quelques semaines avant dâĂȘtre ressentis, mais peuvent durer jusquâĂ six Ă neuf mois aprĂšs la fin de la cure ! Votre sĂ©jour vous a plu et vous a aidĂ© Ă rĂ©duire vos symptĂŽmes ? Si cela vous est possible, il est en gĂ©nĂ©ral conseillĂ© de faire une cure chaque annĂ©e, rythme favorable Ă la stabilisation des effets du thermalisme. Quand partir en cure quand on a de lâarthrose ? Quatre points sont Ă considĂ©rer afin de savoir quel est le meilleur moment pour faire une cure thermale la crĂ©nothĂ©rapie doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e en cas dâinflammation, alors nâhĂ©sitez pas Ă dĂ©caler votre sĂ©jour si une poussĂ©e inflammatoire survient juste avant de partir ; les douleurs mĂ©caniques articulaires peuvent ĂȘtre majorĂ©es par la chute des tempĂ©ratures, les cures en dĂ©but ou fin dâhiver sont donc particuliĂšrement recommandĂ©es en cas de rhumatismes ; la rĂ©gion de la station choisie importe aussi climat de bord de mer ou de montagne ; le pic dâaffluence des thermes est compris entre mai et juin ainsi quâentre aoĂ»t et octobre. Les cures thermales pour l'arthrose reprĂ©sentent un bon moyen dâen pallier les symptĂŽmes et dâamĂ©liorer votre confort au quotidien ainsi que votre qualitĂ© de vie ! Envie dâen savoir plus sur la prise en charge de cette pathologie ? Nous vous proposons de prolonger votre lecture en dĂ©couvrant les diffĂ©rents traitements de cette arthropathie. Sources
1Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 1 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â COMPTE-RENDU DE LA VISIOCONFĂRENCE DU JEUDI 17 SEPTEMBRE 2020 MAUX DâHIVER PROTEGER LES AUTRES, LE GESTE SOLIDAIRE POUR REDUIRE LA VIRALITE proposĂ©e par les Thermes de Saint-Gervais Mont Blanc spĂ©cialisĂ©s dans le traitement des pathologies ORL et voies respiratoires et des affections dermatologiques. AnimĂ©e par - Hubert Bigot, oto rhino laryngologiste aux Thermes de Saint-Gervais - Marie-Dominique Bouvet, responsable du pĂŽle santĂ© des Thermes de Saint-Gervais - Elodie Lombardot, directrice marketing Thermes Saint-Gervais Revoir la visioconfĂ©rence en cliquant ici Docteur BIGOT, quels sont les points communs entre la grippe, le rhume ou encore la bronchite ? Dr BIGOT le premier point commun entre les diffĂ©rents maux dâhiver, câest lâhiver. La saison froide favorise la transmission de certains germes. Elle soumet nos organismes Ă une ambiance climatique qui nâest pas celle de lâĂ©tĂ©. Cela nĂ©cessite une adaptation Ă lâenvironnement climatique et chaque personne rĂ©siste plus ou moins bien. Il y a aussi les germes, les virus, les microbes, qui se promĂšnent dâavantage lâhiver alors quâils ne rĂ©sistent pas Ă la chaleur et Ă la sĂ©cheresse de lâĂ©tĂ©. Lâhiver les personnes vivent plus confinĂ©es entre elles Ă lâintĂ©rieur des habitations et sont moins Ă lâextĂ©rieur. Tous ces facteurs expliquent les Ă©pidĂ©mies dâhiver. Le deuxiĂšme point commun est leur viralitĂ©. Il existe une grande quantitĂ© de virus. Certains sont bien identifiĂ©s tels le coryza rhume, la grippe, la COVID car on en parle. Mais il existe une multitude de virus que lâon ne connaĂźt pas et que lâon ne cherche mĂȘme pas Ă connaĂźtre car ils correspondent Ă des pathologies bĂ©nignes tels la pharyngite, la rhinite. Comme ils ne posent pas de problĂšme de santĂ© grave, on ne cherche pas trop Ă sâen prĂ©munir dans la mesure oĂč ils mutent constamment. En effet mĂȘme si câest le mĂȘme virus, une fois que lâon a Ă©tĂ© immunisĂ© contre celui-ci, il revient lâannĂ©e suivante ou quelques mois plus tard et on nâest plus immunisĂ© parce quâil sâest modifiĂ©. En rĂ©sumĂ©, ces maux dâhiver ce sont des virus qui se transmettent et qui donnent des rhinites, des bronchites, des sinusites, des pharyngites, des angines virales. Ils se transmettent davantage lâhiver. Si on leur rĂ©siste mal câest souvent dĂ» Ă lâenvironnement Ă la fois climatique, social et psychologique. Quâest-ce quâune infection virale ? Dr BIGOT une infection virale nâest pas une bactĂ©rie, un microbe comme le staphylocoque dorĂ© par exemple. Ce nâest mĂȘme pas une cellule, on se demande mĂȘme si câest vivant. Câest un petit truc qui se promĂšne et qui profite de notre matĂ©riel gĂ©nĂ©tique pour se multiplier dans notre corps. Au passage il donne des symptĂŽmes parce quâil produit des rĂ©actions cellulaires auxquelles lâorganisme doit rĂ©agir. Câest souvent la rĂ©action immunitaire qui provoque les symptĂŽmes. Cela correspond Ă de la fiĂšvre principalement et dâautres symptĂŽmes dus Ă lâorgane que le virus a impactĂ©. Quand câest une bronchite, on tousse. Quand câest une rhinite, on a le nez bouchĂ©, on se mouche et on Ă©ternue. Quand câest une pharyngite, on a mal Ă la gorge. Dans les trois cas, on a souvent un peu de fiĂšvre. Parfois ces virus intĂ©ressent les trois Ă©tages Ă la fois. On peut trĂšs bien avoir en mĂȘme temps un rhume, une pharyngite et une bronchite. Une fois le virus prĂ©sent, il facilite lâinstallation des bactĂ©ries. La sinusite est une complication dâun rhume viral. Lâangine est souvent une complication dâune pharyngite virale. La pneumopathie, la pneumonie sont des complications bactĂ©riennes dâune bronchite virale. Les bactĂ©ries ne sont pas elles-mĂȘmes responsables des Ă©pidĂ©mies mais elles les compliquent. Elles sâinstallent dans un terrain qui est fragilisĂ© par lâĂ©pisode viral. 2Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 2 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â DĂ©crivez-nous le mĂ©canisme de transmission des maladies dâhiver ? Existe-t-il des diffĂ©rences de transmission dâune maladie Ă lâautre ? Dr BIGOT les mĂ©canismes de transmissions sont identiques. Il sâagit de virus qui se transmettent par les gouttelettes propulsĂ©es Ă lâextĂ©rieur des personnes en parlant, en toussant, en respirant. Par le contact avec des objets que lâon touche les uns et les autres qui peuvent ĂȘtre contaminĂ©s. La contamination est toujours la mĂȘme, maintes fois Ă©voquĂ©es avec la COVID et il nây a aucune diffĂ©rence. AprĂšs, au niveau de chaque virus, il existe des diffĂ©rences mais qui sont minimes. Cela concerne la durĂ©e de leur survie Ă lâair libre, la durĂ©e de la pĂ©riode dâincubation par exemple, certains symptĂŽmes diffĂ©rent selon la maladie. Reste que le mode de contamination pour les maux dâhiver, est toujours le mĂȘme les gouttelettes aĂ©riennes et le contact. Pourquoi devient-on enrhumĂ© en marchant sur du carrelage froid, lâhiver. Quel rapport avec le fait que lâon sâenrhume? Dr BIGOT on dit souvent jâai pris froid ». En rĂ©alitĂ©, lorsquâon prend froid, on a dĂ©jĂ attrapĂ© le virus depuis plusieurs jours. Cette sensation correspond Ă la fin de lâincubation qui marque le dĂ©but de la maladie elle-mĂȘme. On constate souvent une petite poussĂ©e de fiĂšvre qui passe parfois inaperçue et câest cette poussĂ©e de fiĂšvre et le frisson qui lâaccompagne que lâon appelle prendre froid ». Mais câest une impression, ce nâest pas prendre froid. Ce ne sont pas les pieds sur le sol qui provoquent le rhume. Simplement cela coĂŻncide avec le dĂ©but des symptĂŽmes et câest souvent une impression de froid effectivement. Mais câest une fausse impression. Quâest-ce qui fait que tel sujet aura la grippe, tel autre un rhume ou encore une bronchite ? Est-ce que câest le hasard ? Une prĂ©disposition ? Dr BIGOT dâabord le hasard de la contamination Ă©videmment. Si on reste chez soi et que lâon ne rencontre personne, on nâa aucune chance dâattraper quoi que ce soit. Donc ce sont toutes des maladies de la vie en sociĂ©tĂ©. Et puis il existe dâun sujet Ă lâautre des diffĂ©rences importantes de dĂ©fenses, de protections immunitaires. Prenons lâexemple de la COVID. On a vu que les jeunes Ă©taient moins atteints que les personnes plus ĂągĂ©es. Pourquoi ? Parce que lâon sâest aperçu que les jeunes disposaient dâun Ă©quipement dâanticorps dans le nez, en particulier des IgA. Ils ne sont pas spĂ©cifiques Ă ce virus, ils sâattaquent Ă tous les virus. Si vous ĂȘtes en contact avec un virus, mais que vous bĂ©nĂ©ficiez dâun bon Ă©quipement dâIgA dans le nez alors il est neutralisĂ© immĂ©diatement, sans provoquer de maladie. On constate des diffĂ©rences dâĂ©quipements immunitaires selon les sujets, selon lâĂąge, parce quâon a vu des COVID graves chez les jeunes et on a vu des sujets ĂągĂ©s qui Ă©taient contaminĂ©s et qui nâattrapaient rien. Et tout ça est dĂ» Ă des diffĂ©rences individuelles dâĂ©quipements et de rĂ©sistances aux virus liĂ©es Ă des anticorps que lâon possĂšde ou pas, pour des raisons obscures que lâon ne connaĂźt pas bien en rĂ©alitĂ©. Nous pensons que les soins thermaux sont de nature Ă influer positivement sur ce type de dĂ©fenses individuelles. Comment renforcer son immunitĂ© ? Dr BIGOT on renforce son immunitĂ© dâabord en Ă©tant malade. Une fois que lâon a attrapĂ© un virus on nâest plus sensible Ă ce virus. Câest ainsi que se constitue lâimmunitĂ© de tous les enfants. En tombant malades, ils se renforcent et entraĂźnent leur systĂšme immunitaire Ă se dĂ©fendre. Sinon comment renforcer ses dĂ©fenses immunitaires ? En Ă©tant en bonne santĂ©. Câest pour cela que nous dispensons la cure thermale ORL et voies respiratoires aux Thermes de Saint-Gervais. On pense que lâun des moyens de renforcer ces dĂ©fenses immunitaires, ou en tout cas de se prĂ©munir davantage, est dâĂȘtre dans un meilleur Ă©tat de 3Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 3 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â rĂ©ceptivitĂ© ou de non rĂ©ceptivitĂ© aux virus en fonction de nombreux facteurs. Notre activitĂ© thermale aide Ă prodiguer des soins qui sont prĂ©ventifs. Ils apportent aux personnes une meilleure santĂ© globale et une plus grande rĂ©sistance, en particulier Ă tout ce qui est respiratoire. Alors aprĂšs, comment ne pas ĂȘtre contaminĂ© ? En se protĂ©geant aussi et en protĂ©geant les autres. A partir de combien dâĂ©pisodes infectieux par an doit-on sâinquiĂ©ter au plan immunitaire ? Dr BIGOT Câest trĂšs individuel. Au plan immunitaire, on ne soigne pas des gens qui ont de rĂ©els dĂ©ficits immunitaires au sens mĂ©dical du terme. On a affaire Ă des sujets qui ont une immunitĂ© normale mais qui nâest pas assez efficace pour les maux au quotidien. Dans lâĂ©tablissement thermal, on croise des gens qui ont une immunitĂ© absolument normale au sens clinique du terme. Quand on fait des tests immunitaires, ils ne sont pas du tout perturbĂ©s. Mais ils ont une immunitĂ© qui est moins efficace pour tout un tas de raisons. Ensuite, Ă partir de combien dâĂ©pisodes il faut sâinquiĂ©ter, câest trĂšs individuel. Certains ne supportent pas dâĂȘtre souvent malades et dâautres le supportent bien. Les personnes viennent en cure thermale quand ils passent de mauvais hivers, fatiguĂ©s par les Ă©pisodes infectieux rĂ©pĂ©tĂ©s et quâils Ă©prouvent le besoin dâagir pour leur santĂ©. Le port du masque peut-il limiter la transmission dâun rhume ? Peut-on penser quâil y aura moins de rhinites cet hiver grĂące aux gestes barriĂšres mis en place pour la COVID ? Dr BIGOT la rĂ©ponse est oui aux deux questions. Le port du masque empĂȘche la dissĂ©mination des gouttelettes potentiellement contaminantes que chaque individu produit. La contamination est trĂšs rĂ©duite quand on porte un masque, câest clair. Et puis, dâautres habitudes que lâon nous a enseignĂ©es avec la COVID comme se laver les mains, ne pas rentrer en contact, ne pas serrer les mains, ne pas sâembrasser, porter un masque, etc⊠Tous ces gestes limitent la circulation du virus COVID et de tous les autres. Si on continue ces prĂ©cautions cet hiver, on aura beaucoup moins de contaminations. Ce sera probablement le cas pour la grippe saisonniĂšre. Une question se pose toutefois est-on prĂȘt Ă subir toutes ces contraintes pour ne pas sâenrhumer ? Sans doute non. Mais pour le cas dâune Ă©pidĂ©mie virale plus grave, les mesures barriĂšres sont Ă©videmment plus pertinentes. Dans le cadre dâune cure thermale, nous avons lâhabitude de prendre ces prĂ©cautions depuis toujours et bien avant la COVID. En effet les gens qui viennent se faire soigner pendant trois semaines sont parfois fragiles et supportent trĂšs mal dâavoir un Ă©pisode respiratoire viral aigu. Nous les protĂ©geons et nous faisons en sorte quâils protĂšgent aussi les autres en mettant en oeuvre les mĂȘmes mesures qui sont mises en avant actuellement. Le masque peut-il protĂ©ger des allergies saisonniĂšres ? Dr BIGOT oui, mais en thĂ©orie seulement, car il faudrait un masque parfaitement Ă©tanche et filtrant. Ce qui nâest pas le cas des masques que nous portons actuellement qui sont conçus essentiellement pour protĂ©ger les autres en retenant les particules Ă©mises. Si on voulait un masque capable se protĂ©ger soi-mĂȘme, des allergies mais aussi des virus, il faudrait un masque Ă©tanche avec un filtre, type masque Ă gaz ! Alors Ă©videmment il nây a plus dâallergies mais câest insupportable. Les masques FFP2 remplissent une partie de ces fonctions notamment Ă lâĂ©gard des agents infectieux. Une fois que lâon a contractĂ© un virus faut-il rĂ©agir vite, pour soi, pour les autres ? 4Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 4 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â Dr BIGOT une fois que lâon a attrapĂ© un virus dâhiver, câest fichu ! Il est lĂ et les antibiotiques ne sont pas actifs. On peut soulager les symptĂŽmes mais on ne peut pas raccourcir la durĂ©e de la maladie, ni la de contagiositĂ©. Il faut se soigner, câest-Ă -dire prendre des mĂ©dicaments ou pas, se soigner Ă sa maniĂšre pour ne pas trop souffrir, ne pas trop avoir de fiĂšvre, ne pas trop avoir mal, limiter aussi la frĂ©quence des surinfections bactĂ©riennes. Surtout il faut aussi protĂ©ger les autres, autrement dit porter un masque et limiter les contacts pour Ă©viter de contaminer son entourage. A partir de quand ces maux dâhiver deviennent-ils chroniques ? Et lĂ encore, existe-t-il des prĂ©dispositions liĂ©es Ă lâenvironnement ? Des modes de vies favorables ? Dr BIGOT Sauf pour des pathologies particuliĂšres, ce sont les modes de vies qui sont les principaux responsables du passage Ă la chronicitĂ©. Le tabagisme en premier lieu. Une bronchite chronique affecte rarement une personne qui ne fume pas, ou qui nâest pas exposĂ©e Ă des poussiĂšres ou des polluants. Toutefois la bronchite chronique du tabac est provoquĂ©e par une succession de surinfections aussi. Le passage dâune pathologie aiguĂ« rĂ©pĂ©titive Ă une pathologie chronique est due Ă la succession des Ă©pisodes qui finissent par dĂ©grader lâorgane en question. Lorsquâon souffre dâune bronchite chronique câest que les bronches rĂ©agissent de moins en moins bien Ă force dâagressions rĂ©pĂ©tĂ©es. MĂȘme remarque pour les sinusites Ă rĂ©pĂ©tition. Plusieurs rhinites aiguĂ«s de suite par hiver mettront Ă mal le systĂšme respiratoire nasal et sinusien qui conservera une inflammation qui ne passe pas. En fait ce nâest pas le virus qui devient chronique, ce sont les sĂ©quelles et les complications inflammatoires qui accompagnent les virus qui deviennent chroniques. Le virus lui sâen va au bout de quelques jours, comme Ă chaque fois, comme nâimporte quel virus saisonnier. Il ne reste jamais. Quelles sont les diffĂ©rences de symptĂŽmes entre la COVID et les maux dâhiver ? Dr BIGOT Il existe trĂšs peu de diffĂ©rences justement. Cela explique pourquoi les laboratoires biologiques actuellement sont pris dâassaut par des gens qui veulent se faire tester pour des tas de symptĂŽmes tels la fiĂšvre, le nez bouchĂ©, la toux... On a identifiĂ© certains symptĂŽmes spĂ©cifiques de la COVID comme la perte de lâodorat. Mais on sâaperçoit que la vague actuelle de la COVID se traduit par moins de perte de lâodorat que la premiĂšre vague. Donc les diffĂ©rences spĂ©cifiques de la COVID restent la fatigue, la fiĂšvre importante. Ces diffĂ©rences ne sautent pas aux yeux parce quâelles sont trĂšs variables. On peut trĂšs bien avoir la COVID sans fiĂšvre. Pour protĂ©ger les autres, faut-il adopter des attitudes diffĂ©rentes selon que lâon est le malade ou la personne qui visite le malade ? Ou qui est au contact du malade ? Dr BIGOT Le masque et les gestes barriĂšres sont dâabord destinĂ©s Ă protĂ©ger les autres. Quand on visite un patient, un lieu de soins en gĂ©nĂ©ral ou un lieu de collectivitĂ© dâailleurs, pas forcĂ©ment rĂ©servĂ© Ă des malades, on porte un masque, afin de ne pas contaminer au cas oĂč lâon serait porteur de quelque chose. Et pour le patient malade câest pareil. Il porte un masque non pas pour se protĂ©ger lui-mĂȘme mais pour protĂ©ger son entourage. Par exemple, dans notre activitĂ© thermale qui accueille des gens fragiles, lorsque quâun curiste se rĂ©vĂšle porteur dâun virus pendant sa cure thermale, on lui demande de la suspendre pour ne pas contaminer les autres personnes. Le premier rĂ©flexe Ă avoir, câest quand mĂȘme lâisolement. Lorsquâon est obligĂ© dâavoir des contacts, on se protĂšge soi-mĂȘme, on se lave les mains, on utilise des vĂȘtements que lâon essaye de ne pas contaminer, on les remplace. On fait attention au contact et Ă lâatmosphĂšre. Quand on est malade, on ne continue pas ses activitĂ©s si on peut lâĂ©viter. 5Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 5 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â Vous dites il faut amĂ©liorer la relation avec son environnement social et aĂ©rien⊠et la cure thermale le permet⊠». Expliquez-nous Dr BIGOT Oui, câest lâesprit mĂȘme de la cure thermale. Quand on suit une cure thermale, on vient absorber des minĂ©raux qui sont contenus dans de lâeau. Ces minĂ©raux ont une certaine action que lâon constate notamment Ă travers une certaine fatigue ressentie par les curistes. Mais en rĂ©alitĂ©, on ne sait pas exactement de quelle façon ces soins agissent. On en observe pourtant les bienfaits. La cure thermale ce nâest sans doute pas seulement de la chimie. En venant en cure thermale les personnes se sĂ©parent de leur milieu quotidien, familial et professionnel, de leur rythme de vie habituel. Ils sâaccordent un moment privilĂ©giĂ© pour eux et cela dure trois semaines. Lâeffort est triple financier, social, professionnel. On choisit de rĂ©aliser un effort pour sâoccuper de soi-mĂȘme. Mais on ne sâoccupe pas uniquement de son corps physique. On prend aussi en charge son corps psychique, son corps spirituel. On se repose, on se cultive et la cure thermale permet de regrouper tout ça. Une cure, câest mettre en pratique la solidaritĂ© que se doivent entre elles les diffĂ©rentes composantes de notre individu. Car ĂȘtre solide, câest ĂȘtre solidaire. Ainsi, les bienfaits reçus par notre corps physique bĂ©nĂ©ficient Ă notre individu dans sa totalitĂ©. Câest cette solidaritĂ© intĂ©rieure que lâon dĂ©veloppe lorsque lâon fait une cure thermale et câest trĂšs important. En quelque sorte, ce temps de cure permet de rassembler les diffĂ©rentes parties de son soi-mĂȘme et de retrouver une certaine unitĂ©. On peut, Ă titre dâimage, transposer cela au niveau social. Nous nous devons, entre individus partageant et vivant dans une sociĂ©tĂ©, la mĂȘme solidaritĂ©. Nous ne formons une sociĂ©tĂ© solide que si nous sommes solidaires. La pratique de la cure thermale donne aussi lâoccasion de travailler la solidaritĂ© sociale. Ce temps de cure est aussi celui dâune Ă©ducation relationnelle entre les uns et les autres qui a pour effet de respecter les fragilitĂ©s de chacun. Se retrouver ensemble dans une cure thermale nous donne lâoccasion de prendre conscience de notre responsabilitĂ© sociale. En tant que professionnel thermal, on a une fonction dâenseignement et dâapprentissage Ă certains comportements de vie. Nous sommes toujours trĂšs satisfaits quand les curistes repartent de chez nous en disant quâils ont pris des habitudes quâils vont conserver, notamment vis-Ă -vis de leur entourage. Peut-on raccourcir la durĂ©e de la cure thermale justement pour ĂȘtre compatible avec le mode de vie actuel ? Dr BIGOT dâun point de vue mĂ©dical on sâest aperçu que les gens qui viennent moins longtemps que trois semaines en tirent un bĂ©nĂ©fice. Certes deux jours ne suffisent pas bien sĂ»r. Il faut y passer un peu de temps, ne serait-ce que pour vivre le changement de rythme. Le problĂšme câest que la SĂ©curitĂ© Sociale ne rembourse pas les soins sâils durent moins de trois semaines. LâinconvĂ©nient câest que ça prive un certain nombre de venir en cure. Il est possible suivre une cure thermale dâune durĂ©e moins longue, mais sans bĂ©nĂ©ficier de prise en charge. Les patients peuvent rarement se le permettre, en tous cas, ils ne font pas souvent cet effort. Sans compter le fait quâil faut se dĂ©placer de chez soi, se loger. Si, en plus, il faut payer des soins qui ne sont pas remboursĂ©s, ce nâest pas possible pour de nombreuses personnes. Marie-Dominique BOUVET, responsable du pĂŽle mĂ©dical des Thermes de Saint-Gervais Ă propos du coĂ»t de la cure ORL/voies respiratoires, le tarif conventionnĂ© par la SĂ©curitĂ© Sociale revient Ă environ 470 ⏠pour les trois semaines de soins. 6Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 6 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â Lâeau thermale de Saint-Gervais a des vertus particuliĂšres. Expliquez-nous son cheminement et comment elle se charge en minĂ©raux. Elodie LOMBARDOT, responsable marketing des Thermes de Saint-Gervais Nous savons aujourdâhui que lâeau de Saint-Gervais effectue un voyage dâenviron 6 500 ans dans les roches du Massif du Mont-Blanc. Pendant ce pĂ©riple, elle se charge en diffĂ©rents minĂ©raux de chaque strate traversĂ©e. Cette eau arrive de façon assez naturelle puisque câest une eau de pluie qui ruisselle, sâancre dans la glace puis sâinfiltre dans les diffĂ©rentes strates de roches. Elle descend jusquâĂ -3 km sous la terre, oĂč elle va puiser sa chaleur pour atteindre une tempĂ©rature dâenviron 100°C. Câest cette chaleur qui provoque la remontĂ©e jusquâĂ la surface dans le parc thermal et son refroidissement. Câest lĂ quâon la puise Ă une tempĂ©rature naturelle de 39°C. Cette eau est trĂšs fortement minĂ©ralisĂ©e. Quand on la compare Ă une eau classique, de table, on constate quâelle est trente fois plus minĂ©ralisĂ©e. On la boit uniquement sur prescription mĂ©dicale. Câest ce que font nos curistes tous les jours. Câest notamment sa charge minĂ©rale en soufre, qui la rend apaisante et anti-inflammatoire. Son odeur trĂšs particuliĂšre trĂšs puissante surprend quand on pĂ©nĂštre dans le bĂątiment et encore plus dans les espaces de soins. Elle est Ă©galement trĂšs riche en manganĂšse au pouvoir cicatrisant. Elle est lâune des neuf eaux thermales reconnues par lâAcadĂ©mie de MĂ©decine pour ses propriĂ©tĂ©s apaisantes, cicatrisantes et anti-inflammatoires. Le parcours de soin du curiste obĂ©it Ă un ordre assez prĂ©cis. Expliquez-nous pourquoi. Marie-Dominique BOUVET oui, nous privilĂ©gions un ordre de soins prĂ©cis pour les voies respiratoires. On dĂ©bute le parcours par les deux Ă©tapes de lavage, du nez et de la gorge. On commence par un lavage de la fosse nasale douche nasale. On remplit un bocal en verre avec de lâeau thermale Ă 39°C qui arrive directement Ă cette tempĂ©rature du forage, et qui nâest donc pas stockĂ©e. Le patient place un embout nasal dans lâune des narines, on ouvre lâarrivĂ©e dâeau thermale et le circuit va passer dans la narine puis dans la fosse nasale et sâĂ©vacue par lâautre narine infĂ©rieure. On utilise un demi-litre dans ce sens-lĂ et Ă mi-parcours, le patient change de narine et retourne sa tĂȘte de lâautre cĂŽtĂ© et fait le circuit inverse. Câest un soin hyper efficace. Le patient peut ressentir des sensations de brĂ»lures dans le cerveau ou avoir les yeux qui coulent mais ce lavage est extrĂȘmement efficace. Le patient enchaĂźne avec le lavage du fond de la gorge avec le gargarisme. Le curiste remplit un verre dâeau thermale et se gargarise jusquâĂ ce que son verre soit vide. AprĂšs ces deux Ă©tapes de lavage, on passe aux soins dâhumage. On utilise un abaisse-langue et lâeau thermale pulvĂ©risĂ©e trĂšs finement vient tapisser le fond de la gorge. La personne inspire par le nez et souffle par la bouche. Autre soin du parcours, le bol humage⊠Marie-Dominique BOUVET LĂ on pulvĂ©rise de lâeau thermale sous forme de gouttelettes fines contre les parois du bol. On inspire et expire cette ambiance trĂšs humide, alternativement par le nez ou la bouche selon sa pathologie. Le parcours de soin quotidien sâachĂšve avec lâaĂ©rosol. On utilise un nĂ©buliseur rempli dâeau thermale et on met cet appareil aĂ©rosol en position sonique. Cette vibration sonique va permette aux composants de lâeau thermale dâatteindre les bronches les plus Ă©troites et les sinus. La personne va respirer cette brume thermale autant par le nez que par la bouche et permettre aux actifs de lâeau thermale de cheminer au plus profond de lâappareil respiratoire pour pĂ©nĂ©trer jusquâaux bronches les plus fines. Deux autres soins sont spĂ©cifiques et dispensĂ©s par les mĂ©decins Oto-rhino⊠7Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 7 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â Marie-Dominique BOUVET oui la douche pharyngĂ©e Ă©voquĂ©e par le Docteur Bigot. Il sâagit de trois petits jets dirigĂ©s sur le fond de la gorge, les amygdales dont le mĂ©decin gĂšre la pression. Quand je suis arrivĂ©e aux Thermes, je souffrais dâangines lâĂ©tĂ© et elles ont disparu grĂące aux douches pharyngĂ©es. Dr BIGOT un autre soin dispensĂ© par un mĂ©decin est le lavage de ProĂ«tz, inventĂ© voici des dĂ©cennies par le Docteur ProĂ«tz qui lui a donnĂ© son nom. Il a compris que les sinus Ă©taient un organe plein dâair mais dans lequel on ne peut pas faire pĂ©nĂ©trer de lâeau. Il a trouvĂ© une astuce pour y arriver. On crĂ©e une aspiration dans la fosse nasale, elle- mĂȘme est remplie dâeau au dĂ©part. Lâaspiration fait sortir de lâair des sinus par la dĂ©tente de lâair. Et quand on relĂąche lâaspiration, lâeau thermale rentre dans les sinus. Câest un soin qui est vraiment fantastique surtout pour les personnes qui souffrent de rhinites, et particuliĂšrement de sinusites, de polypes des sinus et des fosses nasales. Quel est lâintĂ©rĂȘt des soins thermaux ? Dr BIGOT ces diffĂ©rents soins permettent dâappliquer de lâeau thermale Ă divers endroits selon la pathologie. On insiste sur les soins au niveau du nez pour quelquâun qui souffre de rhinite, au niveau de la gorge pour quelquâun qui souffre de pharyngite ou dâangine, etc⊠Lâeau thermale agit par trois mĂ©canismes. Dâabord par la chimie, grĂące aux minĂ©raux quâelle contient. Ensuite par lâaction de lavage des sĂ©crĂ©tions muqueuses souvent irritantes lorsquâil y a inflammation. Et puis câest lâaction mĂ©canique, la puissance plus ou moins rĂ©glĂ©e, plus ou moins modulĂ©e du jet et lâendroit oĂč on lâapplique. Cela crĂ©e un massage des tissus concernĂ©s. Quand on fait une douche pharyngĂ©e, le jet masse les amygdales et le pharynx en mĂȘme temps quâil les lave, dĂ©pose des minĂ©raux bĂ©nĂ©fiques et stimule la vitalitĂ© les muqueuses. En rĂ©sumĂ©, pour soulager un organe, on essaye dâappliquer de lâeau thermale grĂące Ă ces trois Ă©lĂ©ments la chimie, le lavage et le massage. Les mĂ©decins prescrivent-ils des cures aux enfants et pour quelles affections en prioritĂ© ? Dr BIGOT il y a 50 ans, on accueillait une quantitĂ© incroyable dâenfants en cure thermale parce que les antibiotiques nâĂ©taient pas encore Ă la mode. A cette Ă©poque câĂ©tait plus compliquĂ© dâenlever les vĂ©gĂ©tations, de mettre des diabolos, parce que lâaccĂšs aux soins nâĂ©tait pas le mĂȘme quâaujourdâhui. Bien que la cure se rĂ©vĂšle toujours aussi bĂ©nĂ©fique pour les enfants, leur nombre a chutĂ©. On vit dans une sociĂ©tĂ© qui laisse beaucoup moins de loisirs quâautrefois, de sâarrĂȘter de travailler, de se dĂ©placer, de venir en cure. Les parents sont tellement occupĂ©s quâils ne peuvent pas venir trois semaines avec leurs enfants. On ne peut pas leur faire rater lâĂ©cole, câest vraiment trĂšs compliquĂ©. On a effectivement des mĂ©decins qui prescrivent la cure Ă leurs jeunes patients mais ce sont surtout des spĂ©cialistes, des oto-rhinos, parce quâils savent trĂšs bien que la cure thermale permet de soigner les otites par le biais de la limitation des rhino-pharyngites. La cure thermale renforce les dĂ©fenses immunitaires, si bien que les enfants contractent moins de rhino-pharyngites et de bronchites. Or sâil y a moins de rhinos, il y a moins dâotites aussi. Et en limitant ces infections, on limite le recours Ă lâintervention dâablation des vĂ©gĂ©tations et de mise en place de diabolos »⊠Et puis enfin la cure thermale donne lâoccasion, et câest surtout le cas des enfants justement, de faire des insufflations tubaires. Ce soin est rĂ©alisĂ© par un mĂ©decin oto-rhino. On pulvĂ©rise un petit jet dâair au fond du nez Ă travers la trompe dâEustache pour envoyer de lâair dans les oreilles et dĂ©coller les tympans. Câest une alternative Ă la mise en place de diabolos, des aĂ©rateurs trans-tympaniques. A propos des pathologies allergiques, on reçoit beaucoup dâenfants qui souffrent dâeczĂ©ma et dâasthme allergique. Ils suivent une cure double orientation, dermatologie et voies respiratoires, parce que leurs pathologies provoquent des symptĂŽmes sur les deux plans. 8Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 8 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â Une personne qui vient en cure thermale plusieurs fois de suite obtiendra-t-elle des effets durables ? Dr BIGOT câest une question quâil vaudrait mieux poser aux curistes eux-mĂȘmes ! Leur demander si la cure leur a apportĂ© un bienfait au cours de lâhiver qui a suivi. La rĂ©ponse est souvent oui et câest trĂšs gratifiant pour nous comme activitĂ© car la plupart du temps des gens reviennent en disant quâils vont beaucoup mieux, quâils ont moins pris dâantibiotiques, quâils ont Ă©tĂ© moins malades, ils ont eu moins dâabsentĂ©isme et puis ils sont plus sereins. Ils sont plus heureux. Il y a une rĂ©elle harmonie qui se dĂ©gage de tout ça. En rĂ©alitĂ©, nous ne demandons jamais aux patients de revenir pour une seconde ou troisiĂšme cure thermale. Câest leur mĂ©decin traitant qui prescrit la cure suivante, souvent sur la demande du patient lui-mĂȘme aprĂšs une premiĂšre cure bĂ©nĂ©fique. Existe-t-il une pĂ©riode idĂ©ale pour suivre une cure voies respiratoires/ORL ? Dr BIGOT Non toutes sont propices, sauf pour soigner lâallergie. Dans ce dernier cas il est bon, dans la mesure du possible, dâeffectuer la cure en dehors de la pĂ©riode de poussĂ©e allergique saisonniĂšre. Les allergiques qui souffrent dâallergie au printemps viennent faire la cure plutĂŽt Ă lâautomne et inversement. Et lâhiver pourrait donner lâoccasion aux allergiques de venir faire une cure en dehors de la pĂ©riode pollinique et ça serait sans doute une bonne chose pour eux, effectivement, il faut le prĂ©ciser. Est-ce quâun lavage du nez rĂ©gulier sert Ă quel chose ? Dr BIGOT Oui, un lavage rĂ©gulier est intĂ©ressant mĂȘme quand on nâest pas malade. Quand les curistes repartent de Saint-Gervais, nous leur remettons notre recette de lavage de nez. Certes elle ne comporte pas de lâeau thermale car notre eau nâest pas transportable, une partie des minĂ©raux qui sont contenus dans notre eau sâĂ©liminent aprĂšs quelques heures donc on ne peut lâutiliser que sur place. En fait, on leur donne une recette qui comporte de lâeau, du sel, du bicarbonate dans des proportions indiquĂ©es. Ils utilisent chez eux pour laver leur nez et y trouvent une action prĂ©ventive intĂ©ressante voir recette en fin de document. Quand on est malade, le lavage du nez est Ă©videmment utile parce quâil permet dâĂ©liminer toutes les sĂ©crĂ©tions muqueuses qui contiennent des substances nocives, et beaucoup de virus, dâĂ©vacuer les globules blancs qui produisent des anticorps qui sont agressifs pour la muqueuse elle-mĂȘme. En effet le processus de dĂ©fense contre le virus est lui-mĂȘme agressif pour la muqueuse, si bien que le lavage du nez a une importance Ă©norme. Dâautre part, dans les pathologies comme la polypose nasale ou comme lâallergie, on utilise des pulvĂ©risations, des sprays nasaux qui traitent ces maladies. On conseille Ă juste titre de faire un lavage de nez avant de les utiliser parce quâils sont toujours beaucoup plus efficaces quand le nez a Ă©tĂ© lavĂ© auparavant. Enfin le lavage du nez provoque une dĂ©congestion du nez qui soulage et amĂšne une libĂ©ration qui dure un certain temps et que les gens recherchent. Quelle eau pour effectuer un lavage du nez ? Dr BIGOT le mĂ©lange doit ĂȘtre isotonique, câest dâailleurs une des caractĂ©ristiques de lâeau thermale de Saint- Gervais. Si vous utilisez soit de lâeau douce, soit une eau trop salĂ©e eau de mer ça fera mal dans le nez. Donc il faut doser dans lâeau de lavage les minĂ©raux avec la mĂȘme concentration que le milieu intĂ©rieur du corps. Lâeau ne doit pas non plus contenir de produits irritants. Le sĂ©rum physiologique peut ĂȘtre utilisĂ© car câest de lâeau qui contient du 9Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 9 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â sel dans des proportions qui font quâelle est isotonique, câest-Ă -dire quâelle nâa pas dâagression pour les surfaces muqueuses. Il existe dans le commerce des solutions de lavage qui contiennent en outre divers produits actifs selon les besoins, notamment du soufre. Le lavage du nez Ă©tait au dĂ©part contre-indiquĂ© pour la COVID car on pensait quâil ramenait des virus plus profondĂ©ment dans lâarbre respiratoire. Quelle est la position actuelle ? Dr BIGOT la COVID Ă©tait une maladie nouvelle. Au dĂ©but, on a pris plusieurs prĂ©cautions empiriques dont la plupart nâĂ©tait pas justifiĂ©e. On sâen est rendu compte seulement aprĂšs. Le lavage du nez, comme pour tous les virus, je suis convaincu quâil apporte quelque chose. Le virus est prĂ©sent dans lâensemble de lâorganisme. Il ne fait que se concentrer Ă lâendroit pour lequel il est programmĂ©. Quand on absorbe un virus et quâon nâest pas encore malade, il se rĂ©pand dans tout lâorganisme. AprĂšs une certaine durĂ©e dâincubation, il sâexprime Ă lâendroit oĂč il doit sâexprimer. Le virus qui donne un rhume, sâexprime par le nez. Pour la COVID câest la mĂȘme chose. Donc affirmer quâun lavage de nez envoie du virus dans les bronches nâest pas vraisemblable du point de vue biologique. En rĂ©alitĂ©, Ă part les particules en suspension qui sont produites quoi quâon fasse, rien ne pĂ©nĂštre dans les bronches. Cela dit, le lavage de nez nĂ©cessite lâutilisation dâaccessoires propres et dĂ©sinfectĂ©s aprĂšs chaque lavage. En bonus, la recette du lavage de nez donnĂ©e Ă lâissue de la cure thermale par lâĂ©quipe des Thermes de Saint- Gervais Mont Blanc. La recette dâeau salĂ©e hypertonique des Thermes de Saint-Gervais Mont Blanc Laver soigneusement, puis rincer un rĂ©cipient en verre d'environ 1 litre. Le remplir avec de l'eau du robinet ou d'une bouteille d'eau minĂ©rale. Inutile de la faire bouillir. Ajouter 2 Ă 3 grosses cuillĂšres Ă cafĂ© de gros sel de cuisine. Ne pas utiliser du sel de table, qui peut comporter des additifs indĂ©sirables. Ajouter une grosse cuillerĂ©e Ă cafĂ© de bicarbonate de soude. Remuer ou secouer la solution avant chaque usage. La conserver Ă la tempĂ©rature de la piĂšce. Chaque semaine, jeter ce qui reste et refaire une nouvelle solution. Si le mĂ©lange parait trop fort, utiliser moins de sel essayer avec 1,5 ou 2 cuillerĂ©es Ă cafĂ© de sel. Chez l'enfant, il est prĂ©fĂ©rable de commencer avec une solution moins concentrĂ©e, puis d'augmenter progressivement jusqu'Ă 2 ou 3 cuillerĂ©es si lâenfant accepte. Lavage du nez, mode dâemploi Lavages de nez, 1 Ă 3 fois par jour. - Utiliser une poire Ă lavage d'oreille, une seringue de 20 ml ou un Rhinohorn. Verser un peu de la solution d'eau salĂ©e dans un rĂ©cipient propre. - On peut la rĂ©chauffer Ă la tempĂ©rature du corps dans un four Ă micro-ondes. S'assurer avant usage qu'elle n'est pas trop chaude, et remplir la poire ou la seringue avec le contenu du rĂ©cipient. - Ne pas puiser directement dans le rĂ©cipient de rĂ©serve, afin de ne pas contaminer le reste de la solution. - Se tenir au-dessus d'un lavabo ou dans la douche, et injecter la solution dans chaque narine. Diriger le jet horizontalement, vers l'arriĂšre de la tĂȘte et non vers son sommet. - Recracher ce qui arrive dans la bouche, il n'est toutefois pas grave d'en avaler un peu. - Certains patients signalent une lĂ©gĂšre sensation de brĂ»lure au cours des premiĂšres instillations, disparaissant le plus souvent en quelques jours. 10Marie-Claude PrĂ©vitali â Fabien Dominguez â Pauline Genoni Page 10 sur 10 04 76 86 84 00 â 06 08 98 74 13 contact â - Pour les jeunes enfants, on peut utiliser un flacon nĂ©buliseur du commerce comme ceux qui sont utilisĂ©s pour des pulvĂ©risations de corticoĂŻdes, en effectuant plusieurs pulvĂ©risations dans chaque fosse nasale, sur l'enfant assis ou debout, mais pas allongĂ©. - Au cours d'un traitement par corticoĂŻdes locaux, type BĂ©conase ou Nasalide, il faut toujours faire un lavage nasal Ă l'eau salĂ©e avant l'instillation du corticoĂŻde car ces produits agissent mieux lorsqu'ils sont pulvĂ©risĂ©s sur une muqueuse propre et dĂ©congestionnĂ©e par l'eau salĂ©e, ce qui leur permet de pĂ©nĂ©trer plus profondĂ©ment dans le nez et les sinus. A propos des mesures sanitaires prise par les Thermes de Saint-Gervais Toutes les mesures de sĂ©curitĂ© sont prises sans nuire Ă lâefficacitĂ© des soins thermaux Ă orientation dermatologique comme voies respiratoires prise de tempĂ©rature Ă lâarrivĂ©e curistes comme soignants, port du masque dans lâĂ©tablissement, distanciation physique, marquage au sol, nettoyage et dĂ©sinfection des mains, limitation de la frĂ©quentation dans les locaux et dans les bassins, renforcement du protocole de nettoyage et de dĂ©sinfection des Ă©quipements entre chaque curiste. Toutes les Ă©quipes, quelle que soit leur spĂ©cialitĂ©, ont Ă©tĂ© formĂ©es Ă lâapplication des mesures de sĂ©curitĂ©. fin
cure ou l on se soigner grace aux eaux minerales